L’INVITE DE MINUIT: BEN WHEATLEY

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Coucou! Il est minuit, et à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité: BEN WHEATLEY!

QUOI DE PLUS CHAOS QUE BEN WHEATLEY? Parce que Ben Wheatley a d’abord œuvré à la télévision tout en se faisant repérer grâce à des courts métrages, des bandes dessinées et des publicités qu’il diffuse sur son site internet. Parce qu’une poignée de films marquants et controversés: Down Terrace, Kill List, Touristes!, English Revolution et maintenant High Rise (en salles le 6 avril prochain), adaptation chaos d’un roman de J.G. Ballard. Prolifique, il a déjà fini un nouveau film, Free Fire, guerre des gangs dans le Boston des années 70 avec, entre autres, Cillian Murphy. Quand il ne tourne pas, il rend visite au chaos.

Quelle est votre définition du cinéma?
Ben Wheatley: J’aime bien cette définition du cinéma selon laquelle ce doit être un équilibre parfait entre l’image, le mouvement et le son. Je pervertirais cette règle en affirmant que pour moi, le cinéma, c’est l’équilibre entre la musique, le son et l’image dans un simple but: provoquer des émotions chez celui qui regarde un film. Pour résumer, je dirai que le cinéma est un rêve éveillé collectif.

Que préférez-vous au cinéma en général?
Ben Wheatley: Mes films préférés sont extrêmes. Je n’ai jamais aimé la tiédeur. J’aime les films singuliers et durs qui cherchent à provoquer une sidération. Je veux regarder des Requiem pour un massacre (Elem Klimov, 1985) tous les jours. Quand j’ai découvert Mulholland Drive (David Lynch, 2000), c’était au-delà du cinéma. Comme pour Requiem pour un massacre, je n’arrivais pas à décrire ce que je ressentais, j’étais dans un état second. C’est du cinéma essentiel qu’il faut défendre, soutenir, protéger. Mais je ne suis pas non sectaire. Je ne suis pas fermé à d’autres genres de cinéma, comme un divertissement rollercoaster. J’aime l’expérience de la salle et devant un film dans une salle, je veux être pris par l’originalité de la narration mais aussi la puissance d’une mise en scène.

Quel est le premier film que vous avez vu?
Ben Wheatley: Au cinéma, c’était Le Livre de la jungle de Disney (1967). Je me souviens même du lieu; je l’avais vu, émerveillé, à l’Odéon de Basildon. Je vous réponds de manière spontanée parce que je m’en souviens très très bien. Je devais avoir 5-6 ans et cette expérience m’a marquée à vie. A la télévision, c’était l’introduction de James Bond 007 contre Dr No (Terrence Young, 1962). Ça aussi, j’en suis sûr à 100%.

Est-ce qu’il y a déjà eu un « avant » et un « après » avec un film?
Ben Wheatley: Sans la moindre hésitation, Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976).

Dans High Rise, certaines scènes renvoient à ce cinéma-là (Stanley Kubrick, Brian de Palma, Dario Argento, Nicolas Roeg, Ken Russell). De même que Jeremy Irons en démiurge de la tour assure le haut patronage de Cronenberg…
Ben Wheatley: Bien sûr. Mais ce sont moins des références que des échos, d’empreintes, de vagues réminiscences. Personne ne peut y échapper. En fait, je ne veux pas limiter mes influences au cinéma. Elles viennent aussi du jeu vidéo, du comic book, de la télévision. Pour High Rise, je me suis inspiré de mes souvenirs d’enfance dans les années 70. La plupart du temps, je ne compose pas des plans ou des mouvements de caméra en reproduisant ce que j’ai vu ailleurs ou me disant que c’est forcément une référence à Stanley Kubrick ou une référence à Nicolas Roeg. De toute façon, la reproduction hommage, s’il s’agit d’un péché véniel dans l’industrie actuelle, amène à mon sens des problèmes et à part son propre plaisir… Pour donner un exemple concret, sur Kill List (2011), les spectateurs me citaient souvent The Wicker Man mais toute cette trouille venait de mes propres peurs enfantines. Petit, j’ai vécu dans une maison à côté des bois et dès lors, il était possible d’imaginer des horreurs, des sacrifices, des meurtres. Toute la dernière partie était le produit de visions effrayantes. De même, on me parlait souvent de Ken Loach ou de Mike Leigh pour toute la partie disons sociale de Kill Listmais je préférais citer Alan Clarke, dont le travail, plus en accord avec ma sensibilité, a eu plus d’impact. High Rise a des allures de film-monstre, comme un maelstrom, reposant sur différentes informations et différentes cultures de différentes périodes pour donner quelque chose de kaléidoscopique.

Vous aimez les films qui demandent à être vus à répétition?
Ben Wheatley: Oui, ce sont souvent des films cultes pour beaucoup, d’ailleurs… Je ne pense pas seulement aux films de David Lynch. Mais Shining, de Stanley Kubrick, est un film que je redécouvre à chaque fois que je le visionne. Cosmopolis de David Cronenberg et Bug de William Friedkin restent des chocs: je ne comprends pas toujours ce que me veulent ces films mais je veux les revoir pour me les approprier. Je me souviens d’un film totalement abscons comme Primer (Shane Carruth, 2004). Je mets au défi quiconque de m’expliquer de quoi ça parle. Je suis un spectateur masochiste: j’aime que les situations me dépassent et ne pas tout comprendre. J’aime les coups de théâtre aussi…

Quels sont les coups de théâtre qui vous ont marqué?
Ben Wheatley: Vous allez rire mais pour celui de Kill List, Amy Jump et moi nous sommes inspirés de Scoubidou. Oui, oui, Scoubidou. Ce qu’il y avait de bien dans cette série animée, c’est qu’à la fin de chaque épisode il y a un méchant qui retire son masque et révèle son identité. La plupart du temps, les enfants se font avoir parce que cette personne était supposée sympathique et aidante pendant tout l’épisode. Dans Kill List, on révèle les méchants à la fin mais on ne les soupçonne pas nécessairement au prime abord. C’est en voyant le film plusieurs fois que l’on réalise tous les indices disséminés et que l’on peut recomposer le puzzle. Hors de question que le spectateur sorte de la salle avec l’esprit tranquille. Il faut qu’il se demande comment on en est arrivé là.

En 2050, pensez-vous que l’on fera encore du cinéma?
Ben Wheatley: Oui. Et peu importe la forme. La technologie sera au service de l’histoire. Parce que, quoiqu’il arrive, on continuera de raconter des histoires. Et la structure narrative, avec le début, le milieu et la fin, perdurera. Bien sûr, de nouvelles formes apparaitront. Je pense à l’Oculus Rift, aux casques de Réalité Virtuelle et 3D Gaming. Je pense aussi aux jeux vidéo, créant une incroyable immersion comme, par exemple, un survival sur des îles désertes. Dans ces jeux, vous avez l’impression d’être au cœur d’une histoire et c’est très impressionnant parce que vous devez gérer avec d’autres personnes dans des conditions extrêmes. C’est un peu comme dans High Rise, d’ailleurs. Mais pour que l’on vous conte une histoire, vous devez vous rendre au cinéma, vous devez regarder un film.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film : Taxi Driver
Un choc : Requiem pour un massacre
Une vision : Un chien andalou
Un début : Orange Mécanique
Une révélation : La Bataille d’Alger
Un cinéaste : Akira Kurosawa

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