QUOI DE PLUS CHAOS QUE ADRIAN SITARU? Parce que réalisateur roumain du très chaos Illégitime (en salles le 8 juin). Histoire très Festen: lors d’un repas de famille, quatre frères et sœurs découvrent le passé polémique que leur père leur a caché. Tandis que cette révélation divise la famille, un autre scandale surgit: Romi et Sasha, frère et sœur jumeaux, entretiennent secrètement un amour fusionnel et physique. Moins vous en savez avant de le découvrir, mieux c’est…

Quel est votre rapport au cinéma?
Adrian Sitaru:
Le cinéma m’aide à comprendre qui je suis. De façon métaphysique, j’essaye d’apprendre sur moi au fur et à mesure que je réalise. En même temps, je suis curieux de savoir si le cinéma me comprend et finalement m’accepte. Et qu’est-ce qui se passe alors si le cinéma ne m’accepte pas? Réponse: rien.

Quelle est votre définition du cinéma?
Adrian Sitaru:
Le cinéma est une addiction dont nous avons besoin pour survivre, comme toutes les autres addictions (les drogues, les cigarettes, l’alcool, le chocolat etc.). Une interface entre notre monde intérieur et notre monde réel. Un univers virtuel et parallèle que nous avons besoin de créer dans nos esprits, où vous n’avez pas besoin de substance chimique pour y pénétrer mais qui peut être défini comme une drogue. Une drogue qui, parfois, vous aide à voir de manière claire, à définir plus clairement qui vous êtes. Dans un film, ce que je préfère, c’est m’oublier et me perdre; ce qui n’est pas toujours facile.

Quel est le premier film que vous avez vu?
Adrian Sitaru :
Dur à dire. Peut-être quelques Charlie Chaplin, peut-être quelques westerns Z, peut-être un film musical… J’ai un mélange de tout ça dans mes souvenirs…

Quels sont les films ayant marqué votre parcours de cinéphile?
Adrian Sitaru : Superman
(dans ma jeunesse), Stalker, Solaris, 2001, l’odyssée de l’espace. Mais je pense que chaque excellent film a une intensité incroyable.

Est-ce qu’il y a déjà eu un avant et un après avec un film?
Adrian Sitaru : Solaris
. Avant, je voulais devenir musicien. Après, je voulais devenir cinéaste. Festen a également été une révélation. Avant, je pensais que j’avais besoin de beaucoup d’argent pour réaliser un long métrage. Après, j’ai réalisé à quel point on pouvait réaliser de manière simple, vite, sans argent. Ces conditions de tournage ont inspiré mon premier long métrage, Picnic ainsi que Illégitime, très proche de Picnic dans son approche. A chaque fois, ce qui me donne envie de cinéma, ce n’est pas juste une super histoire, un super jeu d’acteur, mais quelque chose qui me dirait «je n’ai jamais vu quelque chose comme ça avant». C’est le challenge que je veux relever avec mes films: produire quelque chose qui ne ressemble à rien de déjà-vu.

Pensez-vous que l’on fera du cinéma en 2050?
Adrian Sitaru :
Bien sûr. J’ai des doutes concernant la durée. Mon sentiment, c’est que même si les films font la même durée que ceux qui sortent aujourd’hui en salles, il y aura plus de climax, peut-être même un climax dans chaque scène. Nous sommes déjà tous morts d’ennui si rien ne se passe dans une vidéo sur YouTube ou Facebook. Par ailleurs, la « réalité virtuelle » jouera un grand rôle dans ce que nous appelons « cinéma ». Je ne sais pas encore comment ça serait compatible mais j’y crois réellement. En fait, mes deux premiers longs métrages sont entièrement tournés du point de vue de mes personnages, dans un seul et unique but: leur coller aux basques.

Votre dernier film vu et adoré?
Adrian Sitaru: Le fils de Saul
(László Nemes, 2015)

QUIZ CHAOS DU CINEPHILE
Un film: Solaris
. C’est grâce à ce film que j’ai décidé de devenir cinéaste.
Une histoire d’amour : Illégitime. Parce que c’est tellement impossible…
Un sourire : Celui de Mona Lisa. Personne ne sait pourquoi elle sourit
Un acteur : Marcello Mastroianni. Simple mais génial.
Un clown triste : Donald Trump. Beaucoup de gens le prennent trop au sérieux.
Un début : Lumière Silencieuse de Carlos Reygadas. Joliment poétique.
Une fin : Stalker. Soudain, j’ai compris ce que pouvait être le cinéma.
Un twist : Fight Club. Impressionnant.
Une scène clé : La première scène d’Andrei Roublev de Andrei Tarkovski. Une clef qui devrait être la même pour tous.
Un plaisir coupable : Predator. Je ne sais pas pourquoi.
Une révélation : Roy Andersson.
Une blague : Arizona Dream. Plein de blagues visuelles.
Un rire : Charlie Chaplin. Parce que génie.
Un film malade : Kill Bill. Memorable mais fou.
Un rĂŞve : Ceux de Kurosawa
Une rencontre d’acteurs : Stan & Bran.
Un silence : Hic. L’intégralité du film.
Un artiste sous-estimé : Pas moi, s’il vous plaît…
Un souvenir qui hante : Breaking the waves.
Un film français : Delicatessen. Si différent pour du cinéma français.
Un réalisateur : Lars von Trier. Courageux et lançant des challenges au spectateur.
Allez, un second : Quentin Tarantino.
Un fantasme: Alejandro Jodorowsky. Ce n’est que ça.
Un baiser : Autant en emporte le vent. Mes parents ne me laissaient pas le regarder.
Une bande-son : Leaving Las Vegas.
Une chanson parfaite pour le cinéma (mais jamais utilisée dans un film) : Une chanson de Sigur Ros. N’importe quelle chanson de ce groupe sera formidable dans un film.
Une chanson qui n’a jamais été aussi bien que dans un film : Lust for Life de Iggy Pop dans Trainspotting.
Un somnifère : Liverpool de Lisandro Alonso. Je me suis endormi à de nombreuses reprises en le regardant mais j’ai tenu jusqu’au bout.

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