Coucou! Il est minuit, et à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité: JEAN-BAPTISTE DEL AMO

QUOI DE PLUS CHAOS QUE JEAN-BAPTISTE DEL AMO? On peut être l’un des plus beaux stylistes de langue française aujourd’hui et proposer une littérature discrètement déviante. Tel est le pari de Jean-Baptiste Del Amo, découvert il y a une dizaine d’années avec l’impressionnant Une Éducation libertine, maintes fois comparé au Parfum de Patrick Süskind, qui lui valut le Goncourt du premier roman. Également auteur des controversés Le Sel et Pornographia, ce garçon de trente-cinq ans livre en cette rentrée littéraire l’une des œuvres et les plus ambitieuses de ces dernières années : Règne animal (Gallimard). Dans cette fresque traversant le siècle, il raconte l’histoire de plusieurs générations d’une même famille d’éleveurs de porcs et l’évolution de cette exploitation. Au-delà de l’évocation brutale des souffrances faites à l’animal, Jean-Baptiste Del Amo s’interroge sur la répétition de l’Histoire et la barbarie humaine – le tout dans une langue sidérante de beauté, qui renvoie à leurs chères études pas mal de lauréats du Renaudot… Par ailleurs, ce garçon discret est un amoureux du cinéma d’horreur des années 70 et a deux cochons chinois pour animaux domestiques, baptisés John et Simone… Et ça, c’est définitivement so Chaos…

Quel est votre rapport au cinéma ?
Jean-Baptiste Del Amo: Mon regard sur le cinéma reste essentiellement un regard d’enfant, émerveillé. Comme la photographie, le cinéma me passionne par la charge émotionnelle et esthétique brute qu’il peut délivrer. J’attends de lui qu’il me touche, me dérange, me pousse dans mes retranchements et qu’il me bouleverse, mais je ne boude jamais la simple joie du divertissement.

Vous souvenez-vous du premier film que vous avez vu ? Si oui, lequel ?
Jean-Baptiste Del Amo: Mon premier souvenir de cinéma est sans doute Jason et les Argonautes de Don Chaffey. Je me souviens avoir été très impressionné par la bataille contre l’armée de squelettes. Dans cette même période, j’ai aussi été marqué par Les oiseaux de Hitchcock.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images ?
Jean-Baptiste Del Amo: Il y en a tant… La traversée du marécage de Requiem pour un massacre, l’errance du petit Danny à vélo dans les couloirs de l’Overlook dans Shining, de nombreux plans séquences des films de Belà Tarr, la mort de John Merrick dans Elephant man, la fuite des enfants par la rivière dans La nuit du chasseur, Saló de Pasolini… Je pourrais aussi citer les films de Pialat, de Lars Von trier, d’Urich Seidl, de Michael Haneke, d’Andrei Zviaguintsev, de Reygadas… Enfin, le cinéma de genre des années 70 à 90 qui a marqué mon enfance et mon imaginaire.

Un film que vous n’aviez pas envie de voir et qui a été une révélation ?
Jean-Baptiste Del Amo: La maman et la putain, que je redoutais pour son statut de film culte.

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un « avant » et un « après » un film ?
Jean-Baptiste Del Amo: Festen, peut-être. Je me souviens du choc émotionnel et esthétique.

Le film que vous emmenez sur une île déserte ?
Jean-Baptiste Del Amo: L’intégrale de Six Feet Under.

En 2050, pensez-vous que l’on fera encore du cinéma ?
Jean-Baptiste Del Amo: Sans doute sous une forme bien différente.

Votre dernier coup de cœur (le dernier film vu et aimé) ?
Jean-Baptiste Del Amo: Dernier train pour Busan.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film : Le cheval de Turin (Belà Tarr, 2011).
Une histoire d’amour : Nous ne vieillirons pas ensemble (Maurice Pialat, 1972).
Un sourire : Celui de Béatrice Dalle.
Un regard : Keir Dullea dans 2001, Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968).
Un acteur : Brad Davis dans Midnight Express(Alan Parker, 1978).
Une actrice : Anna Thompson dans Sue perdue dans Manhattan (Amos Kollek, 1997) et Isabelle Huppert dans La Pianiste (Michael Haneke, 2001).
Un clown triste : Robin Williams.
Un début : Melancholia (Lars Von Trier, 2011).
Une fin : Mysterious skin (Gregg Araki, 2004).
Un coup de théâtre : Seven (David Fincher, 1995).
Un générique : le générique de fin de Manderlay (Lars Von Trier, 2004).
Un fou rire : Yolande Moreau et le renard à perruque dans Louise-Michel (Gustave Kervern et Benoît Délépine, 2008).
Un film (de) malade : Vase de noces (Thierry Zeno, 1974)
Un rêve : Eternal sunshine of the spotless mind (Michel Gondry, 2004)
Une mort : Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991)
Une scène de cul : Shortbus (John Cameron Mitchell, 2006)
Une réplique: « Your mother sucks cocks in hell ! ».
Un plan séquence : la scène de l’hôpital dans Les Harmonies Werckmeister (Belà Tarr, 2000)
Un artiste sous-estimé : Ulrich Seidl
Un traumatisme : Requiem for a dream (Darren Aronofsky, 2000)
Un souvenir de cinéma qui hante : Freddy Krueger.
Un film français : L’enfance nue (Maurice Pialat, 1968)
Un réalisateur : Belà Tarr.
Allez, un second : Andreï Zviaguintsev.
Un fantasme : Michael Fassbinder.
Une bande son : Philip Glass pour The Hours (Stephen Daldry, 2002)
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Streets of Philadelphia de Springsteen.
Un somnifère : le cinéma de Tarkovski.
Un frisson : It follows (David Robert Mitchell, 2014)
Un monstre : Alien.
Un torrent de larmes : le final de Six Feet Under (Alan Ball, 2001-2005)

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