Boaz Yakin, rĂ©alisateur du culte Fresh (1994), s’essaye au film fantastique au fort potentiel chaos avec L’internat. On l’a testĂ© pour vous: il sort le 18 fĂ©vrier 2019 en DVD/Blu-Ray.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Ne l’oubliez pas: wannabe chaos is not chaos. Exemple avec Boaz Yakin, Ă  qui l’on doit le remarquĂ© Fresh (1994) mais aussi de la bonne tambouille acadĂ©mique comme Le plus beau des combats (2000), qui revient subitement d’entre les morts pour nous sortir ce Boarding School de derrière les fagots, curieux film qui se rĂŞverait comme une production A24 (devenu l’ambassade du cinĂ©ma d’horreur exigeant pour le meilleur et pour le pire); ce qu’il n’est malheureusement pas.

Invisible en festival, la chose a atterri telle une comète en direct-to-video sous le titre L’internat, soit LE titre casse-gueule par excellence. Une belle manière de rappeler que le film d’internat/pensionnat/école hanté fait partie des sous-genres interdits en 2019, ce dont semble se foutre tout autant Down a Dark Hall, aperçu cette année à Gerardmer. Mais bonne nouvelle, Boarding School, non content de ne pas être réellement un film de cette trempe, se relève assez original pour ne pas ressembler au tout-venant.

Suite Ă  une sĂ©rie de malencontreux Ă©vĂ©nements dĂ©clenchĂ©s par la mort de sa grand-mère maternelle (tiens, ça fait penser Ă  quelque chose…), le petit Jacob est envoyĂ© dans une Ă©trange Ă©cole spĂ©cialisĂ©e qui semble parquer une poignĂ©e d’enfants indĂ©sirables (agressifs, chapardeurs, dĂ©figurĂ©s…). Le tout tenu par un couple de tromblons vĂ©nĂ©rant la Bible et entendant bien «purifier» ces chers enfants. A l’écran, on ne sait pas oĂą veut nous emmener Boarding School, troquant le gothic loop habituellement empruntĂ© contre une froideur baroque, le rendant de ce fait Ă©minemment sympathique. LĂ  oĂą le bat blesse, c’est l’ambition de la chose, qui jongle avec des thèmes brĂ»lants et passionnants avec un sĂ©rieux manque d’assurance: on y parle de bullying, des relations conflictuelles entre adultes et enfants, du deuil, de la Shoah, de la rĂ©incarnation, de la folie, du fanatisme, de l’androgynie… l’envie y est, indubitablement, mais l’exĂ©cution, balourde, plombe ce drame quelque peu dĂ©viant dĂ©guisĂ© en film d’horreur. Les allusions Ă  Bava trop littĂ©rales (et si on regardait Les trois visages de la peur Ă  la tĂ©lĂ©?), les atours de contes mal dĂ©grossis, l’interprĂ©tation sans grande finesse (Will Patton encore dans un rĂ´le de mĂ©chant? Vraiment?), les facilitĂ©s scĂ©naristiques… au milieu du gruyère, se trouve donc un film qui se dĂ©mène pour ne pas sombrer dans le ronron du bouh fais moi peur, et surtout un personnage principal promenant sa fĂ©minitĂ© comme une parure, un pouvoir, et non comme un gag ou un affront. Un peu de queer pas trop bĂŞte dans un film de genre, c’est toujours bon Ă  prendre.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here