Parce qu’un clip, c’est lorsque la musique commence, et que l’image – et donc le cinéma – prend le relais. Parce qu’un clip c’est un court, contez le son, voilà le chaos en quelques minutes.

Brune triste puis rousse coquine, elle arriva tel un boulet de canon (nan pas de flipper). Fantôme qui chuchote, scandale ambulant, mystère programmé. Mylene, c’était quelque chose. Un truc un peu jamais vu, catalogué dans le désespoir de Kate Bush française (ce qui peut paraître franchement con et pas si absurde avec le recul). Mais parlons plutôt de son mentor, son double, son âme damnée (ou était-ce l’inverse?), Laurent Boutonnat. Lolo quoi. Un réalisateur dont le cinéma n’a pas voulu (son incroyable Giorgino, grosse plantade morbide fascinante), et c’est pas peu dire: à 17 ans, son premier film La ballade de la féconductrice passe dans une section parallèle à Cannes et se fait gerber dessus: meurtres d’enfants, zoophilie, délires bunuelien. Du chaos 100 % invisible, qu’on rêverait de voir bien évidemment. Alors Lolo fera de la musique et surtout du clip pour l’ange roux (qui n’était pas roux): en France, on exulte, on n’avait jamais vu ça. Il fallait voir débarquer toute une génération enchaînant des clips vaguement cinématographique, avec la mention «un film de» et du scope. Toute une époque.
Projeté en son temps sur les Champs-Élysées, Libertine dure une dizaine de minutes et ne fait rien, mais alors rien, à moitié: une histoire de rivalité connasse, à mi-chemin entre Laclos et Barry Lindon, très influencé aussi par Les duellistes. Du catfight sanglant, des décors somptueux; et la star s’offre un plan de nu frontal, l’air de rien. Même Mado a attendu bien plus tard pour y céder. À la fin, la Libertine finira dégommée avec son amant, figée dans un tableau romantique. Gonflé de chez gonflé.
1988, let’s do it again : Mylene est devenue une star, et tout le monde attend ses clips comme le Messie parce qu’on sait que ce sera tordu, friqué et un peu sexe. Et puis bizarre, et violent. La suite de Libertine arrive : le dossier de presse scande «She’s Alive! ». Vendu comme Libertine II, Pourvu qu’elles soient douces fait encore plus fort: plus long, plus ambitieux, plus cul, plus tout. La rousse ensanglantée, pêchée par des anglais (on est en pleine guerre) vit une romance tumultueuse avec un officier fouetteur aux faux airs de Udo Kier. Mais la méchante Sophie revient, soudoyant les soldats anglais par une partouze nocturne. Des centaines de figurants, des seins, une scène de duel au beau milieu d’une bataille: 18 minutes d’épopée qui ferait frémir Angélique marquise des anges et un tube causant sodomie finissant par devenir presque accessoire. À t-on fait mieux depuis en France? Réponse: non. Jamais.

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