Lia donne sa liste des films Ă  voir pendant le đŸ˜·

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Parce que le Chaos est avec vous pendant la Coronapocalypse, voici notre sĂ©lection de films (pas forcĂ©ment anxiogĂšnes) Ă  regarder pendant que vous ĂȘtes chez vous.

Twin Peaks: The Return (David Lynch, 2017)
Parce que comme le dit si bien Jim Jarmusch, cette série monstre de David Lynch représente le meilleur du cinéma américain de la décennie. Splendide série de 18 heures dont vous ne regretterez pas une seule minute.
Conseil d’ami: enchainez avec Satantango de Bela Tarr (1994 – 7h30). Tiens, prends ton pavĂ©.

Safe (Todd Haynes, 1995)
Une femme au foyer bourgeoise qui partage son temps entre les sĂ©ances d’aĂ©robic, la cuisine et les achats pour sa maison, dĂ©veloppe du jour au lendemain une allergie Ă  ce qui l’entoure. Une bombe nuclĂ©aire peu de temps avant le bug de l’an 2000. On a rarement vu un film aussi opaque et aussi Ă©vident, traduisant un mal, un virus fin de siĂšcle, sans le dire ou le nommer. Toutes les options sont ouvertes. Film rare qui fait peur, Safe rend fou parce qu’on ne sait rien. Todd Haynes n’a pas fait mieux par la suite.
Conseil d’ami: enchainez avec Bug de William Friedkin (2006).

La poursuite impitoyable (Arthur Penn, 1965)
RĂ©cit d’une flambĂ©e de violence collective dans une petite bourgade du Texas Ă  l’annonce de l’évasion d’un jeune prisonnier blanc dont plusieurs notables de la ville ont de bonnes raisons de craindre le retour et la vengeance. Au milieu des flammes, il y a Marlon Brando, shĂ©rif impĂ©rial qui protĂšge le voyou Redford victime d’une atroce chasse Ă  l’homme. Tout y est juste, rĂ©voltant, dĂ©chirant. IncomprĂ©hensible qu’Arthur Penn ait passĂ© toute sa vie Ă  renier cette merveille, rĂ©alisĂ©e un an avant Bonnie & Clyde.
Conseil d’ami: enchainez avec Queimada de Gillo Pontecorvo (1969).

Voyage au bout de l’enfer (Michael Cimino, 1978)
Cinq ouvriers sidĂ©rurgistes de Pennsylvanie, d’origine lituanienne, sont envoyĂ©s au Vietnam. ConfrontĂ©s Ă  l’extrĂȘme brutalitĂ© de la guerre, les survivants en resteront marquĂ©s Ă  jamais. De l’ivresse de la cĂ©rĂ©monie de mariage aux horreurs de la captivitĂ© pendant la guerre avant la quĂȘte des survivants, un film d’une ampleur Ă©pique sidĂ©rante dans le cinĂ©ma hollywoodien d’alors.
Conseil d’ami: enchainez avec DĂ©livrance de John Boorman (1972).

Apportez-moi la tĂȘte d’Alfredo Garcia (Sam Peckinpah, 1974)
Au Mexique, la fille d’un riche propriĂ©taire terrien tombe enceinte aprĂšs une aventure avec un certain Alfredo Garcia. La tĂȘte de celui-ci est aussitĂŽt mise Ă  prix. AllĂ©chĂ© par la rĂ©compense, un loser magnifique (Warren Oates) fera tout ce qu’il peut pour retrouver Alfredo Garcia. Jusqu’au final inoubliable. En apparence, le sentier semble trĂšs balisĂ© avec sa cohorte d’archĂ©types, ce serait sous-estimer la dimension tragique, humaine, dans cette marche funĂšbre sous un soleil noir, d’une telle densitĂ© qu’on pourrait marcher dessus. Peckinpah y a mis beaucoup de lui, avec ce qu’il faut d’ironie, de noirceur et de rouille humaine. Et puis Warren Oates… Si vous ne l’aimez pas, je ne peux plus rien pour vous.
Conseil d’ami: enchainez avec Macadam Ă  deux voies de Monte Hellman (1971)

Georgia (Arthur Penn, 1982)
Encore un Arthur Penn dans cette sĂ©lection! un cinĂ©aste dont il importe d’Ă©puiser la filmographie. Le trĂšs rare Georgia est aussi trĂšs trĂšs aimĂ© par une frange de la cinĂ©phile française, Ă  raison: c’est typiquement un film dont on peut tomber amoureux. Une chronique-fresque qui raconte des vies, au dĂ©but des annĂ©es 60, celles de trois lycĂ©ens amoureux de la mĂȘme fille, la Georgia du titre, belle comme le rĂȘve amĂ©ricain, et qui Ă©voluent avec elle, en la regardant choisir l’un puis l’autre, s’Ă©loigner, revenir. Le temps passe avec les espoirs déçus, les beautĂ©s ruinĂ©es, les certitudes devenues caduques, la joie qui se teinte d’amertume et les choses de la vie qui rassemblent comme sĂ©parent. Georgia (Jodi Thelen) et Danilo (Craig Wasson), un des trois amoureux transis, se croiseront ainsi tout au long du film, ballottĂ©s entre leurs dĂ©sillusions et les Ă©chos Ă©touffĂ©s du temps, l’assassinat de Kennedy, la guerre du ViĂȘt-nam, deux ou trois pas sur la Lune. Avec plein de trucs qui sont arrivĂ©s Ă  tout le monde mais que chacun tait par pudeur. La mĂ©lancolie de Georgia pourrait nous faire chuter, mais son humanisme, sa douceur, son attention Ă  l’autre nous font avancer.
Conseil d’ami: enchainez avec Nous nous sommes tant aimĂ©s de Ettore Scola (1974).

Le club de la chance (Wayne Wang, 1993)
A travers une sĂ©rie de flashbacks, quatre Chinoises, nĂ©es aux Etats-Unis, et leurs mĂšres respectives, originaires de la Chine fĂ©odale, partent Ă  la recherche de leur passĂ©. VoilĂ  du sacrĂ© mĂ©lo, adaptation d’un roman de Amy Tan par le futur rĂ©alisateur de Smoke et Brooklyn Boogie, qui rĂ©ussit pleinement sa fonction (arracher toutes les larmes) mais qui, assez bizarrement, le fait de façon subtile, sensible, parfois mĂȘme drĂŽle, Ă  travers un entrelacs d’histoires cruelles, amusantes ou tragiques, explorant toute la complexitĂ© des liens filiaux et des gĂ©nĂ©rations qui n’arrivent pas toujours Ă  communiquer entre elles. En gros, chaque maman raconte son histoire sur le mode “ah ma fille, si tu savais ce que j’ai connu par le passĂ©”, chaque fille ressent le poids du passĂ© sans tout comprendre sur le mode “j’essaye de te faire plaisir mais tu es trop sĂ©vĂšre pour voir ce que je fais pour toi”. Dans une scĂšne poignante oĂč elle ne parvient pas Ă  comprendre ce que pense sa mĂšre Ă  l’Ă©gard de son fiancĂ©, une des filles sanglote auprĂšs de sa mĂšre: “Tu ne te rends pas compte, tu n’imagines pas le pouvoir que tu as sur moi. Il te suffit d’un mot ou d’un regard. Et voilĂ , j’ai quatre ans et je tombe de sommeil tellement je pleure.”
Conseil d’ami: enchainez avec Yi Yi de Edward Yang (2000).

Et lĂ -bas quelle heure est-il? (Tsai Ming-Liang, 2003)
Le hĂ©ros est un vendeur de montres, son pĂšre meurt, sa mĂšre devient dĂ©vote. Faisant une fixette sur le temps, il remet littĂ©ralement les pendules Ă  l’heure parisienne parce qu’il a vendu une montre Ă  une jeune femme, partie en vacances en France. Ne vous fiez Ă  rien, laissez-vous avoir par ce film qui cherche du chaud dans le froid. DerriĂšre son minimalisme et sa rhĂ©torique du plan qui dure, c’est un film de miracles permanents (LĂ©aud, apparaissant en Antoine Doinel dans un extrait des 400 coups de Truffaut que le hĂ©ros regarde en boucle et qui apparaĂźt pour de vrai au cimetiĂšre Montparnasse). Un chaos de fuseaux horaires, d’horloges intĂ©rieures, de gens qui disjonctent et vivent avec des fantasmes. On s’imagine qu’un patriarche dĂ©funt s’est rĂ©incarnĂ© en poisson blanc dans un aquarium, on croit aux promesses de dĂ©sir et d’amour contenues dans un Ă©change de regards, lancĂ© d’un quai Ă  l’autre, dans une station de mĂ©tro, on se paume dans des bras d’inconnu(e)s pour se sentir vivants face Ă  la mort, on Ă©puise du dĂ©sir dans le vide, on pisse dans des bouteilles plastiques parce que flemme et peut-ĂȘtre qu’Ă  force de chercher, dans le tragique comme dans le grotesque, on finit par trouver. C’est consolateur comme vous n’avez pas idĂ©e, un film qui vous ressemble Ă  100%, qui traduit une solitude abyssale tout en ramenant vers l’autre (Ă  l’image de cette main tendue Ă  la fin de The Hole du mĂȘme Tsai Ming-Liang), avec les autres. Et qui donne Ă  voir la vie autrement. Et qui donne envie d’en finir avec les voyages immobiles.
Conseil d’ami: enchainez avec La double vie de VĂ©ronique (Krzysztof Kieslowski, 1991).

Les bruits de Recife (Kleber Mendonça Filho, 2011)
Je pourrais parler pendant des heures de ce qui Ă©blouit un peu plus Ă  chaque visionnage dans ce premier long mĂ©trage du rĂ©alisateur de Aquarius et Bacurau, radiographie de la classe moyenne Ă  Recife dĂ©crite Ă  raison comme un soap-opera filmĂ© par John Carpenter. Il y a cette intelligence de cinĂ©ma qui autorise Kleber Mendonça Filho Ă  frĂ©quenter avec un naturel dĂ©sarmant tous les genres existants (comĂ©die, fantastique, drame, film noir, western), Ă  suggĂ©rer beaucoup avec peu (une porte de bagnole rayĂ©e et tout est dit sur la violence larvĂ©e des diffĂ©rences de classe), Ă  jouer sur toutes les tensions (horrifique, Ă©rotique, sociale) et, le temps d’une scĂšne, Ă  passer d’un sommet d’érotisme (une femme emmĂšne un vigile dans une maison vide) en un sommet d’angoisse (des coups de tĂ©lĂ©phone insistants et soudain, un garçon court Ă  l’arriĂšre-plan et s’échappe dans le couloir) ou encore Ă  nous balancer Ă  la fin une rĂ©vĂ©lation vertigineuse; une violence du passĂ© contre laquelle personne ne peut rien, que l’on ne peut pas endormir, qui confronte brutalement archaĂŻsme et modernitĂ©. C’est le bĂąton de dynamite qui, soudain, explose. Tout vole en Ă©clat et cette dĂ©tonation tient du jaillissement de l’Histoire, de la consĂ©quence rĂ©elle des actes mais aussi de l’orgasme libĂ©rateur.
Conseil d’ami: enchainez avec ce petit film que vous n’avez pas vu en salles (sorti sur deux copies dans toute la France) et qui vient de sortir en DVD: Koko-di Koko-da (Johannes Nyholm, 2009).

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