L’habit ne fait pas Michel Lemoine: “Le manoir aux louves” et “Les désaxées” en Blu-ray

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Il y a quelques mois, le distributeur Le chat qui fume avait extirpé Les week-ends maléfiques du Comte Zaroff de sa tombe, bisserie savoureuse où Michel Lemoine, derrière et devant la caméra, faisait défiler les conquêtes apeurées dans son château de l’horreur. Le reste de la filmo de Lemoine suit enfin, du moins toute la partie avant son escapade dans le cinéma porno! Coquins que nous sommes, on s’est beaucoup rapproché de deux titres, Les désaxées et Le manoir aux louves, accessoirement les plus sulfureux et les plus sombres du lot. La collection accueille également Les petites saintes y touchent, Tire pas sur mon collant et Les confidences d’un lit trop accueillant. Avis donc aux fans de sexploitation à la française!

Une chose est certaine, c’est que Lemoine aimait se mettre en scène, et encore plus dans des situations tout à fait avantageuses. Dans Les désaxées, il filme le quotidien d’un couple libertin (dont il incarne le mari) qui tâtonne dans les couloirs du désir. Dans Le manoir aux louves, un vagabond (Michel again) s’invite chez une châtelaine perverse. Si toutes les actrices sont splendides et que Lemoine en profite allégrement, c’est sa propre épouse, l’impressionnante Janyne Renaud, qui dévore souvent l’écran par sa présence. Si Les désaxées explore à sa manière la révolution sexuelle et son explosion du couple traditionnel, Le manoir aux louves joue plutôt la carte de la fable sadienne hors du temps. Celui-ci prépare d’ailleurs lit des Week-ends maléfiques du Comte Zaroff, avec une atmosphère déjà aux frontières du gothique. Mais on peut être déçu, hormis une conclusion fort cruelle, par les situations très clichés d’un genre qui, rappelons-le, s’installait à pas de loup: lolita en socquettes, partouze dans le foin, soirées de l’ambassadeur, viol en guise d’arme de séduction, saphisme décoratif, baise au coin du feu… Mais il faut prendre le film de Lemoine pour ce qu’il est: le témoin d’un érotisme d’un autre âge mais dont les images ne manquent pas de charme (Nathalie Zeiger sur ses canapés gonflables, titillant le garde-chasse défiguré: on aime bien). Les désaxées lui, se rattrape par sa mélancolie surprise: Lemoine lui-même n’hésite pas à mettre en valeur son regard de rapace fou, en particulier lors d’un long plan d’introduction dont le sens ne sera révélé qu’à la toute fin.

Sorti en toute discrétion autrefois par LCJ sous son second titre Les chiennes, Le manoir aux louves retrouve son titre original moins racoleur et gagne une restauration 4K, tout comme son camarade. Les galettes des deux films partagent le même bonus: une longue interview d’1h20 de Michel Lemoine face à François Cognard. Assez de temps pour laisser le réalisateur/acteur de sonder sa carrière avec une joie communicative. L’autre bonus, à ne pas négliger, du Manoir aux louves, se révèle être une longue scène coupée, hélas muette, où l’ensemble plongeait explicitement dans le fantastique. Un mélange des genres que le producteur sucra hélas… mais qui ne faisait que confirmer le capital sympathie et la passion qui animaient son réalisateur. J.M.

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