Cette réussite porno hélas méconnue montre à quel point Radley Metzger est définitivement sous-estimé.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Clic Clac, chlic chlac, ticket chic et ticket choc : le SM était si tendance dans le cinéma d’auteur et d’exploitation 70’s qu’il fallait bien qu’il fasse un bond par la case porno. Zone grise maybe, les cas sont plus rares, plus complexes : pour un fabuleux Story of Joanna (le vrai Histoire d’O), on peut croiser aussi des nanars comme Orgie en Cuir noir. Mais si on veut du vrai SM, du quatre étoiles, il faut se tourner vers The Image, aka L’esclave en français, pourtant tourné un an avant l’horreur de Just Jaeckin. Étrangement, le film ne s’est pas assis instantanément dans son statut de classique, allez savoir pourquoi.

On connaît le regretté Radley Metzger comme un pornographe de luxe, mais c’est aussi un véritable cinéaste qui a beaucoup tablé sur la révolution sexuelle du couple américain. Des titres savoureux et émoustillants où on baise tous ensemble dans l’allégresse (Score, The opening of misty Beethoven ou encore Barbara Broadcast), maîtrisés, calibrés, parfois hilarants, et pas involontairement. Après s’être déjà frotté gentiment au SM avec le plutôt gentil Camille 2000, Metzger prend un bain d’encre noire avec The Image, adaptation de L’image, roman de Catherine Robbe-Grillet (qu’elle a écrit sous le pseudo de Jean de Berg), femme de Alain, prêtresse SM littéraire et pas que.

Pendant près d’une demi-heure, The image a la saveur surannée mais un peu ringarde des ero-soft de son époque, partagé entre son décor de carte postal (ici Paris) et sa mise en scène démago (la voix-off du héros, insupportable, raconte tout ce qui se passe à l’écran). On y suit un séducteur du dimanche entraîné par une ancienne maîtresse et son esclave, une jolie mannequin qui doit se plier à toutes les volontés de la vilaine bourgeoise sadique. La réalisation impeccable et fétichiste de Metzger, dans un 35 mm de rêve, donne tout sauf l’impression de regarder un simple hard. Une classe qui s’explique aussi par la présence de Robert Lefebvre, un des plus importants chef-op français ayant planché, entre autres, sur Casque d’or.

À Metzger de nous prendre presque par surprise, le temps d’une séquence suffisant à renverser la vapeur, à savoir une scène de triolisme sado-maso à deux doigts de cramer la pellicule. Une sorte de pivotement où les héros décident enfin d’aller plus loin que les petits humiliations de rigueur. «You’re going in a moist paradise». Impression d’assister à quelque chose qui ne triche pas, comme si on était, comme si on le vivait : par devant, par derrière, au milieu. Une expérience sensationnelle dont ne se relève pas toujours le film, jusqu’à son final piquant et impitoyable, où l’on retrouve cette impression de se faire lécher par les flammes de l’enfer.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici