[L’ESCLAVE] Radley Metzger, 1975

Cette réussite porno hélas méconnue montre à quel point Radley Metzger est définitivement sous-estimé.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Clic Clac, chlic chlac, ticket chic et ticket choc : le SM Ă©tait si tendance dans le cinĂ©ma d’auteur et d’exploitation 70’s qu’il fallait bien qu’il fasse un bond par la case porno. Zone grise maybe, les cas sont plus rares, plus complexes : pour un fabuleux Story of Joanna (le vrai Histoire d’O), on peut croiser aussi des nanars comme Orgie en Cuir noir. Mais si on veut du vrai SM, du quatre Ă©toiles, il faut se tourner vers The Image, aka L’esclave en français, pourtant tournĂ© un an avant l’horreur de Just Jaeckin. Étrangement, le film ne s’est pas assis instantanĂ©ment dans son statut de classique, allez savoir pourquoi.

On connaĂ®t le regrettĂ© Radley Metzger comme un pornographe de luxe, mais c’est aussi un vĂ©ritable cinĂ©aste qui a beaucoup tablĂ© sur la rĂ©volution sexuelle du couple amĂ©ricain. Des titres savoureux et Ă©moustillants oĂą on baise tous ensemble dans l’allĂ©gresse (Score, The opening of misty Beethoven ou encore Barbara Broadcast), maĂ®trisĂ©s, calibrĂ©s, parfois hilarants, et pas involontairement. Après s’ĂŞtre dĂ©jĂ  frottĂ© gentiment au SM avec le plutĂ´t gentil Camille 2000, Metzger prend un bain d’encre noire avec The Image, adaptation de L’image, roman de Catherine Robbe-Grillet (qu’elle a Ă©crit sous le pseudo de Jean de Berg), femme de Alain, prĂŞtresse SM littĂ©raire et pas que.

Pendant près d’une demi-heure, The image a la saveur surannĂ©e mais un peu ringarde des ero-soft de son Ă©poque, partagĂ© entre son dĂ©cor de carte postal (ici Paris) et sa mise en scène dĂ©mago (la voix-off du hĂ©ros, insupportable, raconte tout ce qui se passe Ă  l’écran). On y suit un sĂ©ducteur du dimanche entraĂ®nĂ© par une ancienne maĂ®tresse et son esclave, une jolie mannequin qui doit se plier Ă  toutes les volontĂ©s de la vilaine bourgeoise sadique. La rĂ©alisation impeccable et fĂ©tichiste de Metzger, dans un 35 mm de rĂŞve, donne tout sauf l’impression de regarder un simple hard. Une classe qui s’explique aussi par la prĂ©sence de Robert Lefebvre, un des plus importants chef-op français ayant planchĂ©, entre autres, sur Casque d’or.

Ă€ Metzger de nous prendre presque par surprise, le temps d’une sĂ©quence suffisant Ă  renverser la vapeur, Ă  savoir une scène de triolisme sado-maso Ă  deux doigts de cramer la pellicule. Une sorte de pivotement oĂą les hĂ©ros dĂ©cident enfin d’aller plus loin que les petits humiliations de rigueur. «You’re going in a moist paradise». Impression d’assister Ă  quelque chose qui ne triche pas, comme si on Ă©tait, comme si on le vivait : par devant, par derrière, au milieu. Une expĂ©rience sensationnelle dont ne se relève pas toujours le film, jusqu’Ă  son final piquant et impitoyable, oĂą l’on retrouve cette impression de se faire lĂ©cher par les flammes de l’enfer.

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