Charles Vanel, Denise Grey, Jacqueline Maillan, Jean-Pierre Bacri, Bernadette Lafont, StĂ©phane Audran… tous rĂ©unis dans cette comĂ©die qui passait jadis avec un carrĂ© blanc en bas de l’Ă©cran, rappelant Ă  quel point ce cher Jean-Pierre Mocky a rĂ©gulièrement eu le cinĂ©ma français Ă  ses pieds.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Woody Allen, Raoul Ruiz, Clint Eastwood, Manoel De Oliveira… ces hommes-lĂ  tournent (ou tournaient…) dès qu’ils peuvent, comme ils peuvent, comme dans une course contre la mort, Ă  en perdre haleine. Un film par an, parfois deux. Le cinĂ©ma comme une survie, un besoin. Chaos obviously. Jean-Pierre Mocky en est un des fières reprĂ©sentants, tournant coĂ»te que coĂ»te, et tant pis si tout le monde s’en fout : deux films en 2017, deux en 2016, trois en 2015. Pour qui ? Pourquoi ? Comment ? Et il en a fait des conneries le Mocky, succulentes mĂŞme parfois. Pour ceux qui n’ont pas tout suivi, Les saisons du plaisir est peut-ĂŞtre le dernier qui a le plus marquĂ© les esprits. Le plus diffusĂ© aussi.

Les affiches, ravissantes et obscènes, avec des fruits charnus et aguicheurs donnaient le ton. Tout sera cul et tout sera prétexte, à commencer par l’intrigue elle-même: le centenaire (Charles Vanel !) à la tête d’un empire du parfum réunit plusieurs de ses employés pour choisir son successeur. Mais le vieux s’en fout, et voudrait juste renvoyer tout le monde, ce que les concernés ne savent pas évidemment. Ainsi, dans un château du Sud de la France, de grandes gueules se bousculent, l’esprit échauffé tant par l’appât du gain que par leur libido. Des plus jeunes aux plus vieux, ils ne pensent qu’à ça. Et alors là, quelle galerie!

Un parfumeur célibataire tente d’amadouer des conquêtes par l’argent, un couple de libertins empêche leur fille de vivre son amourette de vacances, des tourtereaux qui s’engueulent quand ils ne se sautent pas dessus, une lesbienne mariée à un vieux cochon émoustillée par la pilosité d’un femme de chambre, un mari voyeur jetant sa femme dans les bras de plus jeunes garçons… Tout le croustillant réside dans le casting, où chacun connaît son moment de gloire : Stéphane Audran et Sylvie Joly regardent des pornos avec Richard Bohringer et Bernard Menez, Jacqueline Maillant se fait surprendre au téléphone rose par sa Denise Grey de Maman («Mais Maman, que va devenir crapaud pervers??»), Darry Cowl tente de draguer sans succès un jardinier, Bernadette Lafont se fait prendre par le soupirant de sa fille : un best-of goguenard et irrésistible où l’on se fiche bien finalement du fil rouge (suffit de voir d’ailleurs comment le film se termine : n’importe comment !). Détail insolite : le film se montre totalement avare en chair, sans doute bien pour signifier qu’on est pas devant un porno, ce qu’il aurait pu tout à fait être !

Pas de main dans le pantalon : nous voilà devant une farce ensoleillée, une réunion polissonne vaporisée de parfum bon marché et de petite fuite nucléaire, où l’on savoure les badineries et la connerie humaine avec une belle cuillère à soupe. Aujourd’hui, on imaginerait mal d’aussi grands talents (en reste t-il d’ailleurs ?) se vautrer avec autant de légèreté dans la paillardise, et surtout sans moral cucul ou idées nauséabondes. Chiche?

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