Un sommet du cinéma fantastique belge, où la mythique Delphine Seyrig parade, vampire pour le meilleur et glamour à mort

De la Hammer (Countess Dracula, Les sĂ©vices de Dracula, The Vampire Lover, Lust for a vampire), en passant par Jean Rollin et jusqu’à l’Espagne (La mariĂ©e sanglante, Vampyres, CĂ©rĂ©monie Sanglante, Vampyros Lesbos…), la femme vampire mordait vigoureusement l’Europe des annĂ©es 70, la bouche pleine de dents, Ă  la fois image libĂ©rĂ©e et cauchemardĂ©e de la femme (lesbienne de prĂ©fĂ©rence). Mais Harry KĂĽmel, qui suivait le courant d’un nouveau cinĂ©ma belge, s’en fichait au fond de tout ça  : en voyant le portrait d’Elizabeth Bathory sur la couverture d’une revue historique, il a l’idĂ©e de porter les exactions de la sanglante Comtesse Ă  l’Ă©cran. Trop onĂ©reuse pour des producteurs en quĂŞte d’une rĂ©crĂ©ation rapide et pas chère, l’idĂ©e se dĂ©gonfle pour en rester Ă  un faux huis-clos plus moderne oĂą la vampire aux mille vierges continuait de dĂ©ambuler Ă  travers l’Europe en quĂŞte de victimes.

Au premier plan, un couple de jeunes mariĂ©s comme on aime les dĂ©tester, ouvrant le film sur une baise brutale dans un wagon lit : elle est fragile et un peu niaise, et lui est faussement aimable et secret. Pour leur noce dĂ©goulinante, ils trouvent refuge sous le ciel bas d’Ostende, dans un hĂ´tel tout droit sorti d’une toile de Chirico. Palace vide, gigantesque tombeau et parfait refuge pour l’immortelle Bathory, accompagnĂ©e d’une compagne pulpeuse Ă  souhait. Étoile au firmament, Delphine Seyrig dĂ©ambule comme le doppelgänger rouge sang de la bonne fĂ©e de Peau d’âne, sirotant des cocktails bleus comme la mort et racontant avec une sensualitĂ© perverse – et un plaisir Ă  peine dissimulĂ© – ces faits d’armes sanguinaires. Tout est affaire de sĂ©duction dans ce mĂ©nage Ă©trange oĂą deux vampires agitent la lune de fiel de deux tourtereaux pas si irrĂ©prochables. Nuits bleues et couloirs dĂ©serts, KĂĽmel transforme un film d’exploitation bloody/sexy en escapade art-dĂ©co, oĂą mĂŞme la violence prend un tour de collage surrĂ©aliste : un dos glisse, Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale, sur un rasoir ; une cloche en verre devient soudainement mortelle.

Les raccourcis parfois fâcheux de l’époque, en particulier une homosexualité intimement liée à la violence (le personnage de Stephen se révèle être un homme violent et frustré harcelé par un michou langoureux) ou au vampirisme, s’estompent par la tonalité savoureusement camp : Delphine Bathory, fantôme des années 30 échappé du Hollywood Babylon, dont la moindre action, du tricotage à l’allumage de bougies noires, fait merveille. Le vampirisme rend glam, et sauvera même l’héroïne diaphane, qui prendra le relais à son tour, frôlant la nuit de ses ailes dans un (très) beau dernier mouvement hanté par la musique de François de Roubaix.

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