Projeté dans bon nombre de festivals en 2019, The Pool est ce genre de série B (Z ?) dont le concept peut séduire sur le papier, d’autant plus lorsqu’il est accompagné d’un visuel laissant poindre les dents aiguisées d’un crocodile bien vénère. On peut même parler d’excitation (probablement perverse) lorsqu’on comprend que le personnage principal va se retrouver coincé avec l’animal dans une piscine vide, bien évidemment sans aucun moyen d’en sortir. Comme si cela ne suffisait pas, sa petite amie a le malheur de tomber à son tour dans le bassin, se fracturant méchamment le crâne. Et en plus elle est enceinte. Et en plus le héros est atteint de diabète. Et en plus il s’est tordu un ongle…

Bon, on va pas se mentir, ce cher Ping Lumpraploeng a dû lire une fiche sur la loi de Murphy, et s’est dit qu’il tenait là une idée dramaturgique essentielle. Encore faut-il ne pas trop radicaliser le concept, afin d’éviter de tomber dans l’invraisemblance. Rassurez-vous, le film plonge dedans la tête la première, sans même prendre le temps de mettre son pince-nez. C’est bien simple, les deux moteurs du récit sont d’une part la stupidité des personnages, et d’autre part leur gros «manque de bol». On pourrait faire une liste longue comme un crocodile (qui par ailleurs change souvent de taille d’un plan à l’autre) de toutes les béances narratives que ces deux choix imposent. Pour le plaisir, prenons l’exemple de la scène au début du film où un type balance un rouleau de ruban adhésif au héros sans aucune raison, avant que celui-ci ne se rende compte vingt minutes plus tard (le temps d’être dans la mouise) que cet objet est EXACTEMENT ce qu’il lui faut pour panser la blessure de sa compagne. Problème: le crocodile le tient dans sa gueule béante. Parce que oui, les crocos, ça aime le ruban adhésif, qui d’ailleurs peut être facilement confondu avec… aucun animal connu à ce jour.

Le pire reste que le ton adopté ne joue jamais complètement la carte de l’humour, si bien que le film nous force à rire de lui, et non pas avec lui. La turbo-débilité du récit se double également d’un discours potentiellement nauséabond sur la nécessité de souffrir pour devenir «un homme, un vrai». Dès lors, vous n’aurez plus honte d’avoir des enfants, et vous ne serez plus tenté par le «péché» (mot utilisé dans le film) de l’avortement. Bonne ambiance!

Usant d’un cruauté confondante, le film est déterminé à vouloir drainer son personnage principal de la douce légèreté qui le caractérisait au début. Systématiquement ridicule dans sa quête de gravité, l’histoire se conclut sur une apothéose de mauvais goût, pour le coup franchement hilarante, car toujours à la frontière d’un premier degré assez éhonté. On n’en dira pas plus, si ce n’est que le chien du héros, oublié depuis trente bonnes minutes, arrive finalement à se rendre «utile».

La mise en scène n’est pas honteuse, parfois même «maîtrisée» (toute proportion gardée), ce qui permet aux spectateurs de tenir le coup. Mais dès que le crocodile s’approche à moins d’un mètre du héros (ce qui arrive plus d’une fois), on comprend que les dieux du DTV numérique des années 2000 sont avec nous : la caméra bouge tout le temps, les plans serrés abondent, les zooms sont dégainés, et la photo vomit son beige délavé avec délectation. À croire qu’il n’y a pas que le chlore qui pique les yeux.

D’une durée prudente (1h30), The Pool a au moins le mérite de nous tenir en haleine jusqu’au bout, espérant même nous faire croire qu’une femme enceinte au crâne fracturé peut survivre après être restée inconsciente sous l’eau pendant dix minutes. À tous ceux qui seraient éventuellement tentés par un visionnage, sachez que voir ce film entre amis est la condition sine qua non pour avoir un embryon de plaisir, et profiter ainsi de sa stupidité abyssale.

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