A l’origine des Garçons de la bande, il y a une pièce de théâtre de Mart Crowley, grand succès de Broadway abordant l’homosexualité sans prendre de pincettes. C’est même assez hallucinant de voir à quel point le texte reste toujours aussi moderne. Michael, catholique fervent et ancien alcoolique, donne une fête d’anniversaire pour son ami Harold dans un appartement de l’Upper East Side de New York. Les invités arrivent un à un. Tous ont réservé à Harold un présent peu commun : un beau jeune homme. La soirée se déroule tranquillement mais commence à se dégrader sous l’effet de l’alcool. Chacun laisse alors éclater ses rancœurs. Ce qui se présentait dans la joie s’achève dans la tristesse.

En dépit de ses origines théâtrales (l’auteur de la pièce signe le scénario de l’adaptation, les acteurs de la pièce au film sont les mêmes), Les Garçons de la bande bénéficie de la mise en scène de William Friedkin, très clairement sous l’influence d’un autre huis-clos: La Corde d’Alfred Hitchcock qui lui aussi parle d’homosexualité mais de manière plus évasive. C’est aussi un film important dans la carrière de William Friedkin parce qu’il va marquer une rupture avec ses velléités artistiques.

Tout jeune (à seulement 18 ans), William Friedkin démarre comme coursier dans une chaîne de télévision locale. A l’époque, le réalisateur vivait dans la pauvreté, perdu dans les bas quartiers de Chicago. En infiltrant le milieu, il commence à se faire un nom et réalise dans les années 60 des programmes, des documentaires et des émissions en direct. Good Times, le premier long métrage qu’il réalise en 1966, est un projet totalement impersonnel destiné à profiter du Help! de Richard Lester (le film des Beatles) avec le duo Sonny & Cher. Cette expérience lui permet de se faire la main.

Obsédé par le cinéma d’auteur européen, Friedkin poursuit avec The Night They Raided Minsky’s, adapte Harold Pinter avec The Birthday Party et donc Mart Crownley avec Les garçons de la bande. Puis vient la rencontre avec Howard Hawks, réalisateur de Scarface et de Rio Bravo. A l’époque, Friedkin était le petit ami de sa fille et, au cours d’une discussion, Hawks aurait dit à Friedkin qu’il fallait arrêter le cinéma psychologisant, que tout ça n’intéressait le public et qu’il fallait faire du cinéma d’action pour se faire respecter. Sans cette discussion, la suite de sa carrière n’aurait peut-être pas été la même.

L’année suivante, Friedkin abandonne le cinéma d’auteur et explose avec French Connection: film devenu culte et référentiel, succès au box-office et cinq Oscars. Et il devient roi d’Hollywood avec d’autres films comme L’exorciste ou Police fédérale Los Angeles. Il ne reviendra aux adaptations de pièce de théâtre des décennies plus tard avec Bug, somptueuse histoire d’amour qui se déroulait quasi-intégralement en intérieur. Notons qu’il est intéressant de mettre en parallèle Les garçons de la bande et La chasse (Cruising), un autre film de William Friedkin réalisé plus tard, exceptionnel thriller noir et dérangeant au réalisme documentaire et aux scènes de meurtre insoutenables avec un Al Pacino paumé (donc génial). Un film qui, à la fin des années 70, fit hurler la communauté gay américaine à l’homophobie. En fait, pour taxer Friedkin d’homophobe, les détracteurs n’avaient pas dû voir Les Garçons de la bande ni même le film incriminé, en avance sur son époque (donc incompris à sa sortie), autopsiant un mal contemporain et une société malade, montrant la pulsion meurtrière se répandre comme un virus.

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