Mais dites-donc, c’est bientît Halloween! 🎃
Et si à cette occasion, nous posions cette question qui nous taraude depuis la nuit des temps: quels sont les films de vampires les plus chaos de tous les temps? Réponse de la rédaction en pleine succion.

ROMAIN LE VERN
Morse de Tomas Alfredson (2008)
Ce troisiĂšme long mĂ©trage du rĂ©alisateur suĂ©dois Tomas Alfredson contient suffisamment de promesses et d’enjeux pour nourrir dix films actuels. Un conte initiatique sur toutes les formes de peurs avec sa nuit noire, son atmosphĂšre de purgatoire tout blanc, sa nature inquiĂ©tante, ses routes dĂ©sertes Ă  emprunter, ses tunnels Ă  traverser. Et, sur ce territoire, plane une menace redoutĂ©e et attendue : un mystĂšre, une force animale, une prĂ©sence maquisarde qui fait trĂšs peur. Un film de vampire donc, dont la dimension unique a fait l’effet d’un classique instantanĂ©, doublĂ© d’une hallucinante histoire d’amour entre un garçon regardant le monde du fin fond de sa solitude et une fille-vampire qui a 12 ans depuis une Ă©ternitĂ©. On peut ne pas ĂȘtre sensible au rythme lymphatique – la beautĂ© de Morse rĂ©side justement dans les longueurs (le temps nĂ©cessaire pour se trouver, se connaĂźtre et s’aimer) – mais son intensitĂ© ne nous quitte jamais. Plus on y repense, plus le film prend de la valeur. PS. On entend lors du climax l’immense morceau new-wave Flash In The Night de Secret Service.

L’enfant miroir de Philip Ridley (1990)
Alors qu’un tueur d’enfants rĂŽde dans un coin de l’Idaho, une famille, elle, se dĂ©compose sous le regard d’un enfant paumĂ© qui multiplie les quatre cents coups et fantasme des vampires pour Ă©viter de se prendre la vĂ©ritĂ© crue en pleine face. Avant que le soleil se couche, les choses ne seront plus comme avant. De la mĂȘme façon que la petite fille de L’esprit de la ruche, de Victor Erice, Ă©tait traumatisĂ©e par la figure monstrueuse de Frankenstein, l’enfant miroir du titre (Jeremy Cooper) commence Ă  doucement perdre la raison en apprenant par son pĂšre l’existence du mythe des vampires. Qui viendront le hanter jusque dans ses cauchemars. Qui vont l’amener Ă  penser que la femme qu’il a agressĂ© et qui se protĂšge du soleil pourrait en ĂȘtre un. Dans le paysage de l’enfant, la prĂ©sence d’un pasteur inconsciemment apparentĂ© Ă  un croque-mitaine renvoie par ailleurs Ă  La nuit du chasseur. Un conte de fĂ©es inoubliable aux accents fantastiques sur la cruautĂ© de l’enfance.

Les prédateurs de Tony Scott (1983)
Miriam (Catherine Deneuve) est une vampire nĂ©e en Égypte il y a 4000 ans, demeure immortelle et toujours aussi sublime. Son secret pour rester belle: se nourrir de sang humain. Sa passion: Ă©cumer les boĂźtes de nuit en quĂȘte de sang neuf. Jusqu’au jour oĂč son compagnon (David Bowie), rencontrĂ© il y a belle lurette, commence soudainement Ă  vieillir. PrĂȘte Ă  tout pour le sauver, elle se met en tĂȘte de sĂ©duire Sarah (Susan Sarandon), une spĂ©cialiste des mĂ©canismes du vieillissement. Bien entendu, rien ne se passe comme prĂ©vu. Dans un Ă©crin glamour Ă  mort, Tony Scott dĂ©poussiĂšre le mythe vampirique dans un superbe cauchemar Ă©veillĂ©.

Nosferatu, fantĂŽme de la nuit de Werner Herzog (1979)
À Wismar, au XIXe siĂšcle, un jeune homme, Jonathan Harker (Bruno Ganz) part dans les Carpates afin de nĂ©gocier la vente d’une maison avec le comte Dracula (Klaus Kinski)
 qui tombe raide-dingue de son amour (Isabelle Adjani). Werner Herzog situe son hommage sublimĂ© au chef-d’Ɠuvre de Murnau dans un purgatoire et le rend de fait doublement intrigant, accentuant la solitude comme la tristesse. Loin de sombrer dans le pastiche, une relecture d’une intensitĂ© inouĂŻe et d’une beautĂ© plastique hors-norme.

Arrebato de IvĂĄn Zulueta (1980)
Une Ă©trange histoire de possession alimentĂ©e par trois personnages: un rĂ©alisateur de film d’horreur de troisiĂšme zone en panne crĂ©ative, une actrice hĂ©roĂŻnomane qui a jouĂ© dans ses derniers nanars et un mec fou de vampires (et se fantasmant comme tel) qui capte sa vie de tous les jours en Super-8 dans le but de rĂ©aliser un chef-d’Ɠuvre ultime. Au final, un film de vampires sans vampire, flippĂ© et poĂ©tique, oĂč une camĂ©ra vampirise au sens propre.

GÉRARD DELORME
Nosferatu, fantĂŽme de la nuit de Friedrich Wilhelm Murnau (1922)
De tous les films de cette Ă©poque expressionniste, l’une des plus riches de l’histoire du cinĂ©ma, c’est un des plus beaux. Il se trouve qu’il traite de vampires, puisqu’il est adaptĂ© de Dracula, mais comme la production n’avait pas les moyens d’acheter les droits du livre de Bram Stoker, les noms ont Ă©tĂ© changĂ©s, ainsi que les lieux.

Embrasse-moi, vampire de Robert Bierman (1988)
C’est moins un film de vampires qu’un film (trop peu vu) de Nicolas Cage, indispensable dans le rĂŽle d’un yuppie New yorkais persuadĂ© d’avoir Ă©tĂ© mordu par une vampire. A force, il finit par se comporter comme un prĂ©dateur sanglant. C’est un cas de folie furieuse, et Cage n’a probablement jamais Ă©tĂ© aussi loin dans la dĂ©mence.

Aux frontiùres de l’aube de Kathryn Bigelow (1987)
Si le scĂ©nariste Eric Red (The hitcher) a imaginĂ© un hybride intĂ©ressant d’horreur et de western contemporain, Bigelow l’a mis en image avec une classe suprĂȘme en accentuant le romantisme tĂ©nĂ©breux d’une bande de vampires hors-la-loi terriblement sĂ©duisants qui savourent le privilĂšge enivrant de vivre la nuit, mais qui en connaissent aussi le prix.

Only lovers left alive de Jim Jarmusch (2013)
Si Jarmusch s’engage pour la premiĂšre fois dans le film de vampire, il le fait Ă  sa façon, excentrique, anti conventionnelle et probablement autobiographique. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’il n’a pas eu de mal Ă  s’identifier Ă  ses personnages qui vivent la nuit, frĂ©quentent des artistes, fuient les gens ordinaires, et profitent du temps long. Son film est bourrĂ© de rĂ©fĂ©rences littĂ©raires, musicales, artistiques et scientifiques qui sont comme une compilation de tous les gens qui l’ont influencĂ©.

Morse de Tomas Alfredson (2008)
Alors que personne ne l’attendait, Morse s’est rĂ©vĂ©lĂ© tardivement comme l’un des meilleurs films d’horreur de la premiĂšre dĂ©cennie du nouveau millĂ©naire. AdaptĂ© par l’auteur du roman, et superbement mis en scĂšne par Thomas Alfredson, il raconte l’histoire d’amour d’un prĂ©ado et d’un(e) vampire enfermĂ©(e) dans un corps de 12 ans depuis plus de 2 siĂšcles. Beaucoup de mystĂšre, d’ambiguĂŻtĂ© et aussi de cruautĂ© dans ce film qui prend le vampirisme trĂšs au sĂ©rieux, avec une sensibilitĂ© contemporaine. Rien Ă  voir, mais comme on est limitĂ© Ă  5 titres, je profite du paragraphe pour citer en contrebande Les lĂšvres rouges (1971), un trĂšs bon film de vampires lesbiennes par le belge Harry KĂŒmel.

THEO MICHEL
Morse de Tomas Alfredson (2008)
Au centre d’une banlieue de Stockholm sous la neige et de nuit, c’est une bouleversante histoire de morsure et de castration qui se joue sous nos yeux. Enigmatique comme on aime, ici le silence remplace le cri: celui de la jouissance comme de la douleur. Un beau drame prĂ©-adolescent sur fond de passage initiatique. Beau comme la glace.

Nosferatu, fantĂŽme de la nuit de Friedrich Wilhelm Murnau (1922)
L’horreur c’est toujours celui de la mĂ©taphore-miroir de notre monde. Ici le vampire ne suce pas notre sang, mais vient dĂ©vorer notre regard terrifiĂ© – peut-ĂȘtre plus, celui de notre regard terrifiant.

Dracula de Tod Browning (1931)
Parce que le regard camĂ©ra en travelling avant sur le visage de Dracula (incarnĂ© par Bela Lugosi), aprĂšs s’ĂȘtre rĂ©veillĂ©, constitue l’un des plus beaux plans du cinĂ©ma d’horreur.

La Sagesse des crocodiles de Leong Po-Chih (1998)
AtmosphĂšre et personnage chaos en veux-tu en voilĂ .

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (2016)
Ici tout devient dĂ©vorĂ© et dĂ©vorant. La beautĂ© de l’image comme l’embrasement du chaos : le fantasme comme crĂ©ation de formes et comme extase du corps. Écoutons la musique de Cliff Martinez pour danser en transe le soir d’Halloween.

MORGAN BIZET
Nosferatu, fantĂŽme de la nuit de Friedrich Wilhelm Murnau (1922)
ConsidĂ©rĂ© comme le premier film de vampire de l’histoire, Nosferatu de Murnau est un rescapĂ©. Adaptation officieuse du Dracula de Bram Stoker, le film a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  la destruction par la famille de ce dernier. Fort heureusement, des personnes de goĂ»t ont eu la bonne intelligence de sauver quelques pellicules du film, en secret. Avec son noir et blanc expressionniste et l’interprĂ©tation troublante de Max Schreck en Nosferatu, Murnau signait dĂ©jĂ  la meilleure adaptation cinĂ©matographique du roman, seulement Ă©galĂ©e par le Dracula de Coppola en 1992.

Vampyr de Carl Theodor Dreyer (1932)
Le Vampyr de Dreyer est l’un des plus beaux films d’horreur au monde. En effet, marquĂ© par des alĂ©as de tournage, Dreyer dĂ©cida de conserver l’inattendu surexposition lumineuse du film pour renforcer l’atmosphĂšre Ă©trange et onirique du film. Vampyr est en quelque sorte Ă  l’opposĂ© de l’expressionnisme de Nosferatu. ƒuvre sonore, elle dĂ©compte pourtant un nombre trĂšs limitĂ© de dialogue. Les interactions entre les personnages sont donc rĂ©duites Ă  nĂ©ant, et le voyage du protagoniste devient progressivement hallucinĂ©, dans un Ă©tat constant d’incertitude. Un vĂ©ritable chef d’Ɠuvre formaliste.

Les Prédateurs de Tony Scott (1982)
Relecture moderne du mythe du vampire, Les PrĂ©dateurs est le premier long-mĂ©trage de Tony Scott, frĂšre de Ridley, qui sortait la mĂȘme annĂ©e Blade Runner. ƒuvre d’une audace visuelle folle, Les PrĂ©dateurs fait suite Ă  une dizaine d’annĂ©e de tournage de publicitĂ©. Le film est totalement marquĂ© par cette esthĂ©tique surannĂ©e et clinquante, mais Tony Scott rĂ©alise nĂ©anmoins une Ɠuvre intimiste, presque uniquement concentrĂ©e dans les salles et couloirs d’un manoir new-yorkais mystique. Deneuve, Sarandon et Bowie sont magnifiques et sexy, tels des mannequins de publicitĂ©, et Scott les filme comme des divinitĂ©s profanes.

Aux Frontiùres de l’aube de Kathryn Bigelow (1987)
Premier grand film de Kathryn Bigelow, Aux FrontiĂšres de l’aube est marquĂ© par le regard singulier de sa rĂ©alisatrice. Loin des clichĂ©s du vampire sĂ©ducteur, vivant dans les manoirs, la cinĂ©aste embarque son histoire dans les campagnes de l’Oklahoma et filme le coup de foudre entre un fermier et une femme vampire. Autour de ce couple, gravite une galerie de vampires redneck forcĂ©s de dormir dans un fourgon opaque. On y croise d’ailleurs quelques stars du cinĂ©ma du mari de l’époque de Kathryn Bigelow, James Cameron (Bill Paxton, Lance Henriksen). Le choc entre le monde des crĂ©atures de la nuit et l’americana profonde – que reproduira ensuite Carpenter dans l’excellent Vampires – accouche d’une Ɠuvre violente et lyrique, sublimĂ©e par les ralentis et la musique lancinante de Tangerine Dream.

The Addiction de Abel Ferrara (1995)
Dans les films de vampire les plus troublants, on peut citer le beau Martin de George Romero, ou bien Morse de Tomas Alfredson. Cependant, aucun n’atteint l’étrangetĂ© de The Addiction d’Abel Ferrara, film monstrueux qui mĂȘle philosophie, gĂ©nocides humanitaires, vampirisme et drogues, le tout enveloppĂ© dans un New-York au noir et blanc sale et embrumĂ©. Ferrara signe un immense dernier chapitre d’une sĂ©rie de films lorgnant avec le fantastique, composĂ©e de King of New-York (oĂč Christopher Walken Ă©tait filmĂ© comme un Dracula des temps modernes, organisant des trafics de drogue en pleine sĂ©ance cinĂ©ma de Nosferatu) et Body Snatchers.

JEAN-FRANCOIS MADAMOUR
Dracula de Francis Ford Coppola (1992)
Si vous aimez vous faire raser les joues par Gary Oldman, si vous aimez ĂȘtre reluquĂ© par des yeux malĂ©fiques pendant que vous vous amusez sous la pluie, si vous aimez les scĂšnes de viol avec des bĂȘtes, si vous aimez les musiques qui rentrent avec insistance dans le cerveau, si vous aimez les camĂ©ras qui voltigent, si vous aimez la confrontation des mondes et des acteurs, si vous aimez les fous qui hurlent dans les asiles, si vous aimez les portraits qui vous fixent avec insistance, si vous aimez les aliments recouverts de papier aluminium, si vous aimez les seins de Monica Bellucci, si vous aimez les scĂšnes d’orgie sanguinolentes, si vous aimez le Marquis de Sade, si vous aimez boire du sang sur un torse, si vous aimez les personnages qui ont l’impression d’ĂȘtre zieutĂ©s en permanence, si vous aimez l’humanitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de Gary Oldman, l’innocence de Winona Rider, les maniĂšres de Keanu Reeves et l’humour vanneur de Anthony Hopkins en Van Helsing, alors (on dit bien alors!) vous aimerez cette adaptation de Bram Stocker par Francis Ford Coppola. Un film malade, chiant et pompeux pour beaucoup. Pour les autres, et j’en fais partie, un film dĂ©licieux que l’on regarde, conscient de ses dĂ©fauts pompiers mais fascinĂ© par ses audaces, ses prises de risque permanentes et son pouvoir hypnotique.

La Sagesse des crocodiles de Leong Po-Chih (1998)
Steven, grand sĂ©ducteur, est soupçonnĂ© du meurtre de sa petite amie, retrouvĂ©e morte dans la mer. Mais l’absence de mobile fait de lui un improbable coupable. Pourtant, le dĂ©tective Roche est loin d’ĂȘtre convaincu de son innocence, d’autant plus qu’une des ex-petites amies de Steven a disparu dans d’obscures circonstances. Entre-temps, ce dernier vient de rencontrer Anne. Une Ă©trange relation s’installe entre eux. Le titre du film – Ă©nigmatique – caractĂ©rise en rĂ©alitĂ© le personnage principal incarnĂ© par Jude Law qui est le crocodile (son origine animale) fĂ©ru de sciences humaines (sa sagesse). Il fait rĂ©fĂ©rence Ă  un vers de Francis Bacon qui aurait certainement adorĂ© cette variation ultra-romantique du vampire. Le rĂ©alisateur Po-Chih Leong s’appuie sur une description hallucinĂ©e de Londres pour servir un Ă©crin en or Ă  ces histoires d’amour impossibles. Il se distingue Ă©galement par un art consommĂ© de l’ellipse qui donne Ă  penser que l’essentiel n’est jamais dit et doit ĂȘtre interprĂ©tĂ© par le spectateur. RĂ©sultat: le film de vampire le plus subtil et le plus intelligent de ces vingt derniĂšres annĂ©es qui ne vient pas Ă  nous mais nĂ©cessite qu’on aille vers lui.

Vampires de John Carpenter (1998)
Jack Crow est un chasseur de vampires. Apres avoir vu ses parents succomber aux dents acĂ©rĂ©es de l’un d’entre eux, Crow a consacrĂ© sa vie Ă  les chasser dans une traque impitoyable qu’il mĂšne depuis des annĂ©es en compagnie d’une poignĂ©e de mercenaires connus sous le nom de Team Crow. A la demande du cardinal Alba, Ă©missaire du Vatican, Crow et ses hommes partent au Nouveau-Mexique avec pour mission de dĂ©tecter les nids de vampires et de les dĂ©truire. Apres un nettoyage dans une ferme infestĂ©e, la Team Crow se fait attaquer par le grand maĂźtre des vampires. A la fois film de vampire et western moderne, Vampires opĂšre une alliance comme prĂ©cĂ©demment Aux frontiĂšres de l’aube. Avec une Ă©nergie arrachĂ©e Ă  la noirceur du script, Big John utilise tous les Ă©lĂ©ments Ă  sa portĂ©e (Ă©tendues dĂ©sertiques, motel vide et miteux, ville abandonnĂ©e), les exploite avec une profusion d’effets trĂšs ludiques pour crĂ©er un univers addictif parce que fascinant et pourri parce que rongĂ© par le mal. Le plaisir qu’il prend Ă  filmer et Ă  rendre hommage Ă  Fulci et Leone assure qu’il n’a rien perdu de sa capacitĂ© Ă  inventer des stratagĂšmes formels et narratifs avec des personnages archĂ©typaux. Dans son genre tordu, sombre et jouissif.

La Vampire Nue de Jean Rollin (1967)
Il faudra attendre 1967 pour dĂ©couvrir Jean Rollin, notre Ed Wood Ă  nous, cinĂ©aste fascinĂ© par le Z, qui, Ă©chappĂ© de la Nouvelle Vague, n’a jamais cachĂ© son goĂ»t pour les productions fantastiques incongrues. Son premier film, Le viol du vampire, annonce la couleur : il met en scĂšne le voyage nĂ©buleux de trois hommes cĂ©libataires venant de Paris, qui dĂ©barquent dans une Ă©trange demeure oĂč des femmes perdent progressivement la raison. En effet, tapie dans l’ombre des murs, une reine des vampires, branchĂ©e saphisme, attend de pouvoir se nourrir… Premier volet d’une sĂ©rie comprenant La vampire nue, Le frisson des vampires et Requiem pour un vampire, ce film a le mĂ©rite de l’originalitĂ©. On est en droit de “prĂ©fĂ©rer” d’autres films de Jean Rollin (il rĂ©alisera par la suite La morte vivante et LĂšvres de sang qui demeureront Ă  tout jamais comme ses plus grands). Le viol du vampire est nĂ©anmoins une Ɠuvre fĂ©tichiste assez attachante qui regroupe toutes les obsessions rĂ©currentes du cinĂ©aste (les influences gothiques, le thĂšme de l’addiction vampirique, une reine des vampires nue qui musarde…). On peut aussi ne pas adhĂ©rer Ă  cette psychologie de bazar et trouver ça parfaitement affligeant. Mais si vous n’aimez pas ça, ne dĂ©goĂ»tez pas les autres.

Martin de George A. Romero (1977)
Quoi qu’on en pense, Martin est un cas intĂ©ressant. Non seulement pour ce qu’il incarne dans la filmographie de George A. Romero dont on connaĂźt plus la propension Ă  filmer des zombies, mais Ă©galement comme dĂ©clinaison sur le thĂšme du vampirisme d’une maniĂšre sensible (soit sans fioritures mystiques), voire subversive. En apparence, un sujet diffĂ©rent pour le rĂ©alisateur. En profondeur, les mĂȘmes obsessions masquĂ©es sous le vernis fantastique : aliĂ©nation sociale, impossibilitĂ© d’ĂȘtre dans les normes, dĂ©viances souterraines, nĂ©vroses latentes, environnement social dĂ©lĂ©tĂšre, intĂ©grisme religieux, angoisse industriel… Son protagoniste est le rĂ©ceptacle de ces frustrations et ressemble Ă  un de ces personnages taillĂ©s dans le marbre malĂ©fique qui vit sur Terre parce qu’il n’y a plus de place en Enfer. Conçu Ă  l’origine comme une comĂ©die, le film est d’une noirceur Ă  toute Ă©preuve. PrĂ©cieux et personnel, il reste mĂ©connu mĂȘme auprĂšs des plus grands aficionados du cinĂ©aste. Il a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© aprĂšs Season Of The Witch et The Crazies, Ă©checs commerciaux douloureux pour Romero. Ils ont poussĂ© le cinĂ©aste Ă  tenter un autre registre et sa tentative mĂ©rite d’ĂȘtre considĂ©rĂ©e. TournĂ© en 16 mm avec une Ă©quipe rĂ©duite en 6 semaines et pour un budget dĂ©risoire (270 000 $), le rĂ©sultat, qui scelle la premiĂšre relation cinĂ© avec Richard Rubinstein, producteur avec lequel Romero fonde Laurel Group, n’est pas exempt de dĂ©fauts (errements superflus, personnages secondaires qui s’expriment au dĂ©triment du portrait
) mais il se dĂ©marque des autres films du genre en proposant une dramaturgie Ă©minemment complexe qui s’exprime jusque dans la personnalitĂ© ambiguĂ« du protagoniste. On ne sait pas s’il est un vampire Nosferatu ou un jeune dĂ©sƓuvrĂ© qui se mue en assassin mais cela n’en reste pas moins un enfant qui n’est que le fruit, voire l’agrĂ©gat, d’une sociĂ©tĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

GILLES BOTINEAU
Dracula, pĂšre et fils d’Édouard Molinaro (1976)
Molinaro adapte Paris Vampire de Claude Klotz, et choisit d’opposer Christopher Lee… Ă  Bernard Menez (!) On n’y croit pas des masses, mais on se marre quand mĂȘme un peu. Les sƓurs Breillat, GĂ©rard Jugnot et Marthe Villalonga sont aussi de la partie. Le kiff, quoi.

Tendre Dracula de Pierre Grunstein (1974)
Également connu sous le titre de La grande Trouille, cet OFNI permet Ă  Peter Cushing, cĂ©lĂšbre Van Helsing, de jouer, une fois n’est pas coutume, les vampires. Miou-Miou, elle, chante nue et Bernard Menez est toujours lĂ . Tout va bien.

Les Charlots contre Dracula de Jean-Pierre Desagnat et Jean-Pierre Vergne (1980)
Unique film Ă©crit – Ă  la va-vite – par Les Charlots, suite Ă  un projet avortĂ© en compagnie de Jean-Jacques Beineix. Du grand n’importe quoi, oĂč l’on apprend notamment que «Dieu est belge !» Cuculte.

Les Dents de la nuit de Stephen Cafiero et Vincent Lobelle (2008)
«Ce soir, Ă©vitez de vous faire sucer» prĂ©vient l’affiche. Le ton est donnĂ©. Sorte de Bal des vampires rĂ©actualisĂ© Ă  la sauce CitĂ© de la peur, le film, certes inĂ©gal, vaut tout de mĂȘme le dĂ©tour, ne serait-ce que pour ses comĂ©diens, dĂ©chaĂźnĂ©s comme jamais, HĂ©lĂšne de Fougerolles, Sam Karmann et TchĂ©ky Karyo (vampire Ă©lĂ©gant) en tĂȘte.

Dracula, mort et heureux de l’ĂȘtre de Mel Brooks (1995)
Quand l’auteur de Frankenstein Junior et de La folle histoire de l’Espace s’attaque Ă  Francis Ford Coppola, le dĂ©lire est Ă  son comble. Leslie Nielsen succĂšde Ă  Gary Oldman dans le rĂŽle-titre. On ne pouvait rĂȘver mieux.

JEREMIE MARCHETTI
Valérie au pays des merveilles de Jaromil Jireƥ (1970)
Un cercueil d’amour, un baume sanguin

Les Prédateurs de Tony Scott (1982)
La classe absolue

Morse de Tomas Alfredson (2008)
Peut-ĂȘtre pas parfait, mais la beautĂ© du geste ravage tout

Du sang pour Dracula (Paul Morrissey, 1974)
Peut-ĂȘtre la vision du comte croquant la plus drĂŽle et paradoxalement la plus triste de l’histoire du cinĂ©ma

Dracula de Francis Ford Coppola (1992)
«Beaucoup c’est pas assez», comme disait la pub des Nuls. Coppola fait TROP et on aime.

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