Mais dites-donc, c’est Halloween! 🎃
Et si à cette occasion, nous posions cette question qui nous taraude depuis la nuit des temps: quels sont les films de fantômes les plus chaos de tous les temps? Réponse de la rédaction en pleine séance de spiritisme.

ROMAIN LE VERN

Les innocents de Jack Clayton (1961)
Une bonne dose d’irrationnel angoissant dans un contexte rigoureusement puritain. Au centre de cet abîme, Deborah Kerr, prodigieuse en gouvernante taciturne aux prises avec des démons invisibles. Chef-d’oeuvre.

A ghost story de David Lowery (2017)
Un couple en crise. Elle languit de la ville; il se plaît dans la solitude de leur maison campagnarde. Un accident de voiture le tue et le condamne à errer chez lui, invisible aux vivants, sous un drap blanc. C’est un fantôme. C’est la délicatesse faite film. Rooney Mara, Casey Affleck et des fantômes d’amour pour un amour de film traversant la vie, la mort, l’espace, le temps pour nous foudroyer le coeur.

Les autres de Alejandro Amenabar (2001)
Jersey, 1945. Une bigote attend le retour de son mari dans un manoir à donner des frissons à Hitchcock. Elle élève seule ses enfants allergiques à la lumière du soleil. L’arrivée de trois domestiques chamboule la vie dans la maison. De nombreux points communs avec Les Innocents (Amenabar réussit comme Clayton à faire peur avec des rideaux tirés) mais ce n’est pas un hasard: les deux films sont inspirés du roman Le Tour d’Ecrou, d’Henry James. Nicole Kidman y est aussi impériale que Deborah Kerr et le coup de théâtre final donne lieu à des séquences certes effrayantes mais aussi, et on l’a trop peu dit, réellement émouvantes.

The Kingdom de Lars Von Trier (1994)
Dans un hôpital de Copenhague, un petit nombre de patients et membres de l’équipe médicale découvrent un monde surnaturel. Et donc des fantômes. Et pas n’importe lesquels. Vous pouvez compter sur Lars Von Trier pour les visions hallucinées et hallucinantes. Et pour rire aussi, quand même.

L’aventure de Madame Muir de Joseph L. Mankiewicz (1947)
Au début du siècle, une jeune veuve (Gene Tierney) se retire avec sa fille et sa servante, dans une maison de Cornouailles hantée par le fantôme de son ancien propriétaire, un capitaine aussi bougon que vanneur (Rexx Harrison). Superbe mélodrame, envoûtant et sensuel, où passe une poignante mélancolie de l’amour.

GERARD DELORME

Les innocents de Jack Clayton (1961)
Dans une vieille maison victorienne, une gouvernante se persuade que les esprits de celle qui l’a précédée et de son amant maléfique sont peut-être à l’origine des troubles qui tourmentent les deux orphelins dont elle a la charge. A moins qu’elle-même ne soit en train de perdre la raison. Pas de jump scares ni d’effets tape à l’oeil ici: l’atmosphère magnifiquement sinistre vient autant de la musique glaçante que des décors sublimés par la photo de Freddie Francis (incitant David Lynch à faire appel à lui pour le Scope noir et blanc d’Eraserhead). Alejandro Amenabar s’en est largement inspiré pour Les autres (2001).

L’échine du diable de Guillermo del Toro (2001)
Grand connaisseur des ficelles du fantastique, Guillermo del Toro a exploité l’histoire de fantôme gothique pour lier son Echine du diable, qui est aussi un mélodrame historique, un fable politique et un thriller policier. Plus intéressante pour elle-même que pour sa résolution, l’énigme est exposée en plein jour dans une lumière aveuglante, et elle est autant chargée d’indices mystérieux que de symboles à la signification évidente.

Sixième Sens de M. Night Shyamalan (1999)
Ça a l’air facile à dire aujourd’hui, mais la première vision avait quelque chose de terriblement dérangeant: Toni Collette faisait comme si elle ne voyait pas Bruce Willis! Shyamalan est quand même un génie pour trouver des combines narratives irrésistibles, et celle-ci n’a toujours pas fini d’inspirer des imitateurs.

A ghost story de David Lowery (2017)
Surprise totale que ce film expérimental qui revisite le thème du fantôme avec une modernité incroyable. Mort par accident en sortant de chez lui dans la banlieue de Dallas, un musicien revient en esprit, revêtu d’un drap, dans la maison où il observe celle qui a été sa femme, mais c’est surtout son deuil à lui que le film nous invite à partager, avec sa perception très particulière du temps qui passe. Si on veut bien le suivre, l’expérience est unique, transcendante, mystique.

Shining de Stanley Kubrick (1980)
En adaptant le livre de Stephen King, Kubrick a pris soin de laisser de côté les explications trop évidentes, laissant l’histoire ouverte à une multitude d’interprétations qui n’ont pas manqué de s’exprimer au fil des décennies. Lesquelles (décennies) n’ont aucun effet sur le film, sinon de le mettre en valeur. A la différence de Poltergeist, sorti 2 ans plus tard, qui fonctionne sur les mêmes principes (maison hantée et pouvoirs parapsychiques) mais qui, malgré ses qualités, paraît très daté en comparaison.

JEAN-FRANCOIS MADAMOUR

Le Cercle Infernal (Richard Loncraine, 1977)
Le parcours d’une mère (Mia Farrow, inoubliable), désemparée par la mort de sa petite fille, qui quitte son mari et s’installe dans une demeure victorienne, confrontée à des phénomènes étranges. Avant d’être un objet à frisson, ce véritable drame humain sur un deuil impossible surprend par la qualité de son interprétation, la solitude de son personnage, la sobriété de ses effets, la beauté silencieuse de ses plans, l’atmosphère ouatée, la musique sublime, infernale, de Colin Towns.

Les Autres (Alejandro Amenabar, 2000)
Alejandro Amenabar revisite en 2001 le thème de la maison hantée, s’attardant en particulier sur les bruits inquiétants qui emplissent les vieilles demeures. L’héroïne, incarnée par Nicole Kidman vit dans la terreur de la lumière du jour à laquelle ses enfants ne doivent en aucun cas être exposés, entretenant pour eux l’obscurité la plus totale. Des rumeurs étranges laissent à penser que des esprits ont investi la maison et veulent la chasser. Le réalisateur se sert de la beauté classique de son actrice (rappelant les héroïnes hitchcockiennes) pour poser les bases d’une intrigue aux retournements inoubliables.

La maison du diable (Robert Wise, 1963)
Un scientifique réunit un groupe de volontaires dans un vieux manoir dans l’espoir d’observer la présence de fantômes. Modèle d’économie, d’intelligence, d’angoisse jouant sur la suggestion et les effets sonores: moins on en voit, plus on a peur.

Shining (Stanley Kubrick, 1980)
Kubrick orchestre autant un grand thriller psychologique qu’un film d’épouvante. La folie furieuse du héros envahit tout. Il s’impose peu à peu un méchant de cinéma d’anthologie, dans un lieu aussi labyrinthique que son esprit égaré. Cet hôtel perdu au milieu de nulle part, est devenu la métaphore de la folie et de l’égarement. Inoubliable.

Abîmes (David Twohy, 2002)
Toujours eu beaucoup d’affection pour cette histoire de sous-marin fonctionnant sur la claustrophobie, la paranoïa, la folie et nos amis fantômes. Vu en salles à l’époque et je me souviens encore d’une séquence avec un reflet dans le miroir qui m’avait fait sauter de mon siège.

MORGAN BIZET

Kaïro de Kiyoshi Kurosawa (2001)
S’il ne fallait citer qu’un film de la J-Horror, Kaïro ferait un sérieux candidat. Le film du maître Kiyoshi Kurosawa, arrivé tardivement par rapport à d’autres succès du genre (Ring en 1998, Audition en 1999 et Ju-on en 2000), s’inscrivait déjà comme une variation post-moderne sur le genre. Exit le folklore du kaidan eiga (les fantômes vengeurs, la malédiction, les longs cheveux noirs), Kurosawa emboîte le pas de Nakata et sa saga Ring pour explorer encore plus en profondeur les nouvelles technologies et la société japonaise contemporaine. Les fantômes sont désormais les gens, isolés, en proie à la solitude, qui n’arrivent plus à interagir avec leurs semblables. La contamination par internet devient vite un leurre, et le réalisateur filme une œuvre d’une tristesse infinie sur la disparition de l’humanité. Les corps physiques s’évaporent en ne laissant qu’une silhouette noire sur les murs, semblables aux terrifiantes silhouettes des victimes d’Hiroshima et Nagasaki. Jamais les apparitions fantomatiques n’auront été aussi terrifiantes et palpables. Certainement le chef d’œuvre du film de fantômes (Kiyoshi Kurosawa en réalisera une dizaine d’autres).

Shining de Stanley Kubrick (1980)
Stanley Kubrick est un des rares réalisateurs pouvant se vanter d’avoir explorer à chaque film des genres différents, tout en signant des œuvres référentielles desdits genre. Shining, au-delà du fait qu’il soit la meilleure adaptation d’un livre de Stephen King, est également l’un des plus grands films d’horreur du monde. Les fantômes sont omniprésents, situés au bout de chaque couloir, cachés dans chaque chambre du labyrinthique Hôtel Overlook. La prestation de Jack Nicholson n’est plus à présenter. Il dynamite le cinéma calculateur et pictural de Kubrick par un jeu halluciné. En contrepartie, le cinéaste s’éloigne des intrigues secondaires du roman de King (à son grand dam) pour s’intéresser uniquement au basculement terrifiant de Jack Torrance en un spectre ambulant, voué à répéter un carnage ayant déjà eu lieu des décennies auparavant.

The Fog de John Carpenter (1980)
Pirates-fantômes ou fantômes-pirates? Oui, South Park a bien rendu hommage au chef-d’œuvre de John Carpenter, The Fog, lors d’un épisode spécial Halloween, où l’on croisait notamment le groupe Korn. Si The Fog a beau être un film culte, il est rarement cité dans les meilleurs films du maître. Hérésie, tant The Fog est, à chaque plan, une leçon de mise en scène de la terreur. Comme dans nombre de ses films, l’horreur s’installe lentement, de manière à introduire l’ensemble des protagonistes, ainsi que les futurs enjeux. Les fantômes se déplacent à travers le brouillard du titre, étrangement vert, et luisant, comme s’il était vénéneux. En parallèle, The Fog dialogue secrètement avec l’histoire macabre des Etats-Unis, forgés sur l’évangélisation et le massacre de peuples autochtones. Un conte moral à la mécanique fatale atteignant des sommets dans sa confrontation finale entre les fantômes et les survivants, dans l’enceinte d’une église.

Kwaidan de Masaki Kobayashi (1964)
Si le genre du kaidan eiga existait déjà avant Kwaidan, notamment à travers les Yotsuya Kaidan et la saga du Chat fantôme, le film de Masaki Kobayashi est certainement le premier, avec Les Contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi, à lui donner une véritable crédibilité internationale après sa présentation au Festival de Cannes, couronnée d’un Prix spécial du jury. Segmenté en quatre parties, Kwaidan est un hommage au folklore japonais et adapte 4 contes recueillis par Lafcadio Hearn dans Fantômes du Japon. Grand formaliste, Kobayashi met en scène chaque récit dans des décors merveilleux, entièrement peints en studio, renforçant leur aspect irréel. Un procédé que reprendra Akira Kurosawa dans Dodeskaden. Une magnifique introduction à la fois au kaidan eiga et à la vague de la J-Horror entamée au début des années 1990.

Les Innocents de Jack Clayton (1961)
Auteur de peu de films, Jack Clayton a pourtant peut-être réalisé le plus grand film britannique de l’histoire. Adapté d’une nouvelle d’Henry James, et scénarisé, entre autres, par Truman Capote, Les Innocents est certainement la pièce maîtresse du film de fantômes occidental. Son atmosphère éthérée et étrange, son choix de focale pour agrandir la profondeur des champs et le soin apporté au cadrage et à la composition dans les plans a traumatisé plus d’un cinéaste, de Kubrick à Flanagan, en passant par Amenabar, Del Toro et Bayona. Un chef-d’œuvre intemporel.

JEREMIE MARCHETTI

Poltergeist (Tobe Hooper, 1982)
À la fois cocooning et dérangé, macabre et doux, hystérique et totalement maîtrisé.

Les Innocents de Jack Clayton (1961)
Un poème vénéneux intact. Bon courage aux remakes qui arrivent en trombe.

Beetlejuice de Tim Burton (1988)
Quand Burton était Burton. C’était bien, c’était fou

The Fog de John Carpenter (1980)
On y repense toujours un peu quand on voit du brouillard. Bon signe!

Whistle and I’ll come to you de Jonathan Miller (1968)
Et dire que la BBC passait ça à Noël. Ça va pas la tête hein

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