Un film de marionnettes chaos orchestré par Peter Jackson, tourné après Bad Taste et avant Braindead.

Coincé comme ses camarades pour d’obscures problèmes de droits et privé d’édition digne de ce nom, Meet the Feebles n’a peut-être qu’un seul défaut: être pris en sandwich entre Bad Taste, qui avait redéfini à l’époque la recette du «petit budget, maxi effet» et Braindead qui, comme on le sait, pouvait se targuer d’être le Autant en emporte le vent du cinéma gore. Ce qui n’enlève rien au fait que, comme ses comparses, Les Feebles est un film qu’on oublie pas de sitôt. Pas vraiment effarouché à l’idée de tourner un film musical entier avec des marionnettes sans l’ombre d’un budget confortable à l’horizon, Peter Jackson mène une barque ivre et donne l’impression d’avoir grillé dix fois le budget initial (750 000$ = a fucking brouette) pour un sommet de mauvais goût aussi drôle que craspec, se disputant d’ailleurs le podium avec d’autres titres glorieux tels que Desperate Living (John Waters, 1977) ou Toxic (Michael Herz et Lloyd Kaufman, 1984). L’alliance du vomi coincé dans la glotte et et du rire galvanisant, et ce miracle, tenant à peu de choses d’ailleurs, où la débilité ambiante ne finit jamais par se retourner contre l’oeuvre.

Cependant, il serait mentir en désignant Jackson comme un pionnier dans le détournement adults only du célèbre Muppets Show: en 1976, Gerard Damiano sortait davantage le porno de sa zone de confort avec le classé X Let’s my puppets come, hélas aussi imaginatif que raté. Et en 1989, c’est l’équipe de Telechat qui dégainait Marquis (Henri Xhonneux, 1988) où le mythe Sade virait zoo animalier à la langue bien pendue. Mais puisqu’il faut remettre les choses à leur place, Les Feebles est celui qui fait référence le plus explicitement aux Muppets puisqu’il braque sa caméra dans les coulisses agitées d’un show somme toute comparable à celui cultissime inventé par Jim Henson. En guise de Peggy de substitution, la star du show est une hippopotame gourmande et tragique du nom de Heidi, qui voit son couple avec le grand leader du show battre de l’aile pour une petite chatte toutes griffes dehors.

Derrière les rires, Jackson y va Ă  fond dans les intrigues de couloirs: tournage de porno clandestin Ă  base de vache fouettĂ©e, grenouille junkie se remĂ©morant son implacable sĂ©jour au Viet-Nam (avec parodie de Voyage au bout de l’enfer Ă  la clĂ©), rivalitĂ© amoureuse, trafic de yeyo pas hyper rĂ©glo (avec du dĂ©bouche chiotte en place de la cocaĂŻne attendue)… Le futur rĂ©alisateur de CrĂ©atures CĂ©lestes s’amuse bien Ă©videmment avec la caractĂ©risation de chaque animal (poule assourdissante, rat vicelard, sanglier mafieux, caniche coquette, chaud lapin…) et fait preuve d’une alternance remarquable entre des gags sacrement dĂ©gueulasses (dĂ©gustation d’excrĂ©ment ou de chair Ă©crasĂ©e en gros plan, feux d’artifices de pus et de fluides en tout genre) et d’autres plus orientĂ©s slapstick. Un Ă©quilibre rĂ©sumĂ© par la prĂ©sence de Robert le hĂ©risson (alerte Luq Hamet en vf!), le stagiaire naĂŻf qui servira de porte d’entrĂ©e au spectateur et de contrepoint volontairement mièvre Ă  l’immondice ambiante. Le tout en tenant la barre d’un vrai film musical, très honorable compte tenu du budget, avec suffisamment de chansons rĂ©ussies pour qu’elles vous restent dans la tĂŞte une fois le long mĂ©trage fini (quoi de plus chaos d’ailleurs qu’un renard vantant les mĂ©rites de la sodomie dans un show grandiloquent?!). Annonçant dĂ©jĂ  le pĂ©tage de câble gorissime de Braindead, le final en forme de catharsis Ă  la Sam Peckinpah ne se contente pas d’être purement rĂ©gressif: il montre dĂ©jĂ  toute la capacitĂ© de Jackson Ă  infuser du coeur et de la tendresse au moment le plus inattendu. On ne s’attendait qu’Ă  du Hara-Kiri au bout des ficelles et on se retrouve Ă  pleurer au milieu des ruines. C’est bien Peter, ça.

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