[LES DÉMONS DE DOROTHY] Le divin chaos de Alexis Langlois

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Au dernier festival de Locarno, Les démons de Dorothy de Alexis Langlois a remporté le Léopard d’argent de la Compétition internationale Courts métrages. Fabuleux.

Si on refile une palme d’or à une baiseuse de voiture (Titane de Julia Ducournau), pourquoi laisser repartir bredouille des motardes à gros seins? C’est sûrement ce qui a dû traverser la caboche du léopard de Locarno cette année, qui a brillé de son hâle argenté entre les doigts d’Alexis Langlois, venu pour présenter son très attendu Les démons de Dorothy. Une connasserie ultime où il met une fois de plus en vedette son trio infernal de girls from hell (Nana Benamer, Raya Martigny, Dustin Muchuvitz) ainsi que sa frangine Justine Langlois, ici lesbienne aux cheveux gras incapable de faire financer son dernier film «Bikeuses amoureuses», «Une comédie burlesque avec des lesbiennes terroristes révolutionnaires», sorte de mariage interdit entre Marc Dorcel, Baise-Moi et Russ Meyer. Seulement voilà, le cinéma français n’est pas prêt, lui préférant les frasques des «filles de». Dorothy s’énerve, Dorothy rêve, Dorothy s’égare… Une mère envahissante, une rivale diabolique, une productrice paumée, des fantasmes de milf par milliers et des vampires: tout son univers va se bousculer dans une longue et hilarante hallucination à l’esthétique glittercore.

Comme De la terreur mes sœurs, Les démons de Dorothy est un autre cri venu du fin fond du queer, renvoyant au dilemme poussant la communauté LGBT à des représentations plus rassurantes dans le chatoyant monde du septième art. Langlois tire ses balles roses et chromées sur les subventions tant convoitées, leur peur à peine dissimulée de la bizarrerie et de la tentation terrifiante du mainstream. Faut-il faire comme tout le monde pour plaire à tout le monde? Entre règlements de compte, capharnaüm freudien (où l’on tue littéralement la mère, une simili Cristina Cordula à la sauce John Waters dont les crocs acérés sont portés par une Lio qu’on avait jamais vu aussi déchaînée) et réconfort dans un imaginaire siliconé, tout est drôle, obscène et outré. Un exutoire de fofolle biberonné à Barb Wire, Batman & Robin et La mort vous va si bien, qui a aussi ce don de transformer un «film de chambre» en portail vers un monde idéal et boursouflé, comme pouvaient le faire James Bidgood ou Georges Kuchar. Pas bête et réjouissant jusqu’au chaos, à fond sur l’autoroute de la grimace, direction l’airbag génération. Un régal. J.M.

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