On va pas vous mentir, le chaos cĂ´tĂ© clip cette annĂ©e ça n’a pas franchement couru les rues. Alors que Mandichaos et le tandem Poggi/Vinel avaient rĂ©ussi Ă  s’incruster dans un top dĂ©jĂ  agitĂ© l’annĂ©e dernière, il a bien fallu racler les tiroirs de YouTube ou de Vimeo pour Ă©tablir ce bilan. Sans doute, comme on a pu le constater l’annĂ©e dernière, weird is the new mainstream. Bref en vrac: du gouine power, du gazon, du silicone, des freaks, du kitsch sexy… bon allez, c’est pas trop mal quand mĂŞme.

PAR JEREMIE MARCHETTI

1. Ice Teens – Maud Geffray (Thomas Vernay)
Filles disciplinées, un peu garçons sauvages. Un château où l’on dresse des demoiselles, façon fight club bullé dans un imaginaire lesbien. Des regards qui fusent, des tétons qui pointent, des fusils qu’on lustre, du sang. Échappée de Scratch Massive, fucking Maud nous sort une electro-dance venue des ténèbres sur des images diffusant un trouble exquis, comme une glace à la vanille trop froide sur un lit de poison.

2. Pienso en tu mira – Rosalia (Canada)
Il y a déjà l’assurance d’une artiste formidable, mariant la pop, le rnb et le flamenco comme si rien n’était. Mais si en plus elle s’acoquine avec Canada, dont chaque clip est une goutte précieuse de jus chaos, n’en jetez plus. On ne peut qu’aimer instantanément ce ballet d’images violentes et oniriques qui ressuscitent un surréalisme ibérique qu’on pensait alors disparu. Une précision, une inventivité, et une énergie qui laissent toujours admiratif. So Canada quoi.

3. This is America – Gambino (Hiro Murai)
Vous l’avez vu hein, forcément, impossible d’y couper. This is America, c’est voir – et c’est plutôt rare – un clip d’une grande radicalité devenir légendaire en l’espace de quelques clics, quelques heures, quelques jours. Un capharnaüm de poudre tout en rupture et en rage bizarre dompté par la sexyness grimaçante et épuisante de Donald Glover.

4. Écoute Chérie – Vendredi sur Mercredi (Alice Kong)
Ah Vendredi… sa sĂ©duction avait dĂ©jĂ  opĂ©rĂ© par deux fois l’annĂ©e dernière, tant par le son que par l’image. Et lĂ , on recommence : des hommes, es femmes, des envies, des baisers dĂ©vorants, des fruits gorgĂ©s, des jardins luxuriants. Un hĂ©donisme presque Borowczykien, une vague de plaisir sans prĂ©cĂ©dent.

5. 5 Dollars – Christine & the Queens (Colin Solal Cardo)
Hier encensĂ©e, aujourd’hui dĂ©testĂ©e, Christine/Chris a tout pris : c’est une forceuse, une voleuse, une menteuse, une imposture. Tout. Et puis bon, on peut s’en foutre et reconnaĂ®tre que ce second album est top et que ce clip, lĂ  aussi accusĂ© – relativement Ă  tort – de plagiat, rĂ©ussit Ă  offrir une image de chanteuse comme on en voit rarement en France. Une androgynie poussĂ©e Ă  fond, des dĂ©tails qui tuent (le placard sm, la griffure dans le dos, les suçons), comme une espèce d’American Psycho goudou. Rien Ă  foutre, c’est gentiment chaos.

6. Fast Slow Disco – St Vincent (Zev Deans)
Une orgie, c’est jamais de trop au Chaos. Et une orgie gay hein, évidemment. Après une cascade de clips acidulés, St Vincent prend un bain dans une partouze gay, et elle a raison. Ce qui est beau, c’est non seulement la mixité, généralement frileuse quand on doit représenter la communauté gay (des musclés et des gros, des jeunes et des pas jeunes, de la pilosité ou pas…) mais aussi la tendresse derrière les corps chauds, loin de l’image de bacchanale infernale habituelle. Thanks Annie.

7. Pussy Money Weed – Tommy Cash
Ce qu’on aime chez ce rappeur estonien, c’est son chaos tranquille qu’on avait pas vu venir, avec des vidéos volontairement décalées et malaisantes où le bonhomme pétri les clichés du rap et impose des visions tordues et charnelles très éloignées du monde de la street. Sous un titre déjà quasi-ironique, il offre ici une réunion de véritables corps morcelés, scarifiés ou endoloris, mais plus vivants et stupéfiants que jamais.

8. Low – Belle Game (Kevan Funk)
Au temps de Sophia le robot et des sex dolls, le synthétique et le non-organique peuvent-ils prétendre à une nouvelle forme de sensualité ? Dans une usine froide comme la pierre, on fabrique à la chaîne ce qui donne chaud, les godes, les bouches, les seins. La peau se greffe, s’opère, s’analyse, se digitalise. C’est simple, beau, efficace, un rien Cronenbergien. Silicone d’amour et de chaos.

9. Lollybomb – Little Big (Iliya Prusikin & Alina Pasok)
A quelques encablures d’un Tommy Cash citĂ© plus haut, les russes de Little Big ne sont pas non plus du genre Ă  faire dans la demi-mesure. PlutĂ´t que le trash qui tâche, ils tapent ici dans la satire surrĂ©aliste : fatiguĂ©s des cocktails politiques, Kim Jong se lance dans une passion fougueuse avec… un missile atomique. Et le pire, c’est que le concept est tenu jusqu’au bout, scène de sexe comprise.

10. Fuck Golf – Gv Grace (Elise Mesner)
Cette petite fofolle de Grace n’invente pas l’eau chaude, mais on aime la fraîcheur loufoque et le parfum de liberté de ce poème dada déclinant à l’infini le champ lexical du gazon, alors vrai ou faux, en jouant avec les textures et la nudité. Ce que n’appréciera guère YT qui s’empressera de flouter intensément la vidéo.

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