Enfer de poussière, de transpiration et de mousse alcoolisée, Réveil dans la terreur (également connu sous le titre Wake in Fright) de Ted Kotcheff en avait fait tomber plus d’un à la renverse lors de sa ressortie inespérée sur les écrans français. Surprise, son auteur n’était soudain plus l’homme d’un seul Rambo, ce survival dépressif à l’amertume marécageuse piétiné par des suites rigolotes qui n’avaient pas compris grand-chose à l’opus d’origine. Twist again: exactement la même année que son Rambo, Kotcheff signa une autre œuvre toute aussi sombre et enthousiasmante, le succès de l’un ayant sans aucun doute éclipsé l’autre. Split Image (devenu L’envoûtement) verra ainsi sa sortie en France repoussée et sabotée, débarquant après Retour vers l’enfer, l’autre vietsploitation de Kotcheff, avec une des pires affiches jamais vu. Et puis après, l’oubli, parce que voilà. Mérité? Vous aurez deviné que fucking non.

À l’horizon, rien de bien commun avec Stallone au milieu des sapins: sur le papier, une autre histoire d’aliénation des corps par Oncle Sam. Moins musclée, mais toute aussi charpentée. Et ce corps, athlétique une fois de plus, c’est ici celui de Danny, un jeune gymnaste émérite avec une vie toute tracée et une famille en mode Ricoré qui l’aime de partout. Au détour d’un verre dans un bar, il tombe raide dingue de Rebecca, jeune fille plaisante et mystérieuse (avec les grands yeux de Karen Allen, ça aide). Il est frontal et blagueur, elle est plus réservée mais ne baisse pas les bras, joue de sa séduction innocente. Elle l’entraîne alors à Homeland, la secte dont elle fait partie, une utopie à la fois futuriste (les bâtiments délirants et globuleux nagent en plein délire Zardoz/L’âge de cristal) et babacool (on s’aime, on est végé, on chante, peace, love, et tout le bordel). Danny comprend l’entourloupe, recule, se méfie, tente même de s’enfuir. Mais les lavages de cerveaux sur les têtes pleines de doute font des ravages.

Avec sa fougue et son charme presque extra-terrestre, Peter Fonda fait fort en gourou angélique. Kotcheff a aussi la bonne idée de ne pas truffer son histoire de secte de visions sordides, rendant le pouvoir d’attraction et de répulsion d’autant plus complexe. Nous sommes loin d’un cas d’école tel que celui de la colonia dignidad, dont la secte fictive de Split Image évoque parfois le fonctionnement. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la pensée unique règne en maître, et le mystique mystificateur en chef détient son droit sur la chasteté de tous. Le fascisme vous tient par les couilles, et avec le sourire bien sûr. Devenu alors Joshua, le brave Danny sera évidemment ramené sur le droit de chemin par sa famille, et ce sera bien sûr dans les cris: James Woods, hyper actif et sardonique, campe un «reprogrammeur» chargé de faire retrouver raison aux sectaires lobotomisés.

Avec des méthodes radicales teintées de sadisme, l’individu aussi indisposant qu’indispensable fait virer le drame des familles en film de possession, avec des scènes d’affrontement flirtant ouvertement avec le cinéma fantastique, entre ses vues subjectives nauséeuses et son climat de cauchemar. Presque aussi terrible que le gourou qu’il affronte, l’acteur de Videodrome (qu’il tournera peu après) y campe un de ses rôles les plus mémorables, amenant quelques traînées de souffre de plus au métrage. La symbolique de cette dualité entre le héros et son «autre» javellisé, côtoyant le surnaturel, est même appuyée par l’évocation de Dr Jekyll & Mister Hyde: l’idée n’est pas d’une extraordinaire finesse, mais prolonge l’inquiétude sourde dans laquelle se baigne le film, une manie décidément très kotcheffienne, fabricant sous-estimé de cauchemar moderne.

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