Le célèbre Masaru Konuma, réputé pour ses Roman Porno estampillés Nikkatsu, était aussi un poète. La preuve avec l’un de ses plus beaux films.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Les amateurs de livres biscornus et autres passionnés de littérature japonaise n’ont pu passer à côté de Kyusaku Yumeno, célèbre pour son Dogra Magra, minduck fait livre dont l’influence dans le thriller se relève aujourd’hui toujours aussi payante. Cependant, ce n’est pas l’adaptation (plutôt fidèle et risquée), signé en 1988 par Toshio Matsumoto qui nous intéresse ici, mais plutôt celle d’une ses nouvelles, alors jamais traduite par chez nous (comme d’ailleurs une majorité de son travail). Nous sommes alors en plein vague du roman-porno, et l’un des maîtres du genre, Masaru Konuma, jette son dévolu sur L’enfer des jeunes filles, une nouvelle pourtant assez éloignée de son univers majoritairement SM.

Konuma était alors bien connu pour avoir révéler l’icône Naomi Tani au sein du studio de la Nikkatsu, ou en signant également les marquants Une femme à sacrifier et Fleur Secrète dont le schéma (= une femme dont la sexualité explosera après avoir connu la soumission) a été repris æternam dans ces productions roses à la perversité assumée. L’univers de Yumeno semble l’avoir inspiré à tel point qu’il y signe sans doute un de ses meilleurs films, loin des habituelles histoires de rapt et séquestrations qui hantaient alors sa filmo.

Volontiers poétique (un talent qu’on ne connaissait pas vraiment à Konuma), Yumeno Kyusaku Girl Hell débute comme un douce mélodie: naissance d’une amitié, d’un amour, mais un amour comme un ballon. Un ballon d’amour matérialisé tel quel, surgissant de nulle part pour se faufiler entre les doigts des jeunes Utuae et Aiko. Alors qu’Aiko doit subir les débauches de son paternel (qui ne l’est d’ailleurs pas vraiment), alors que sa mère se meurt, Utuae est engrossée par le directeur du collège, un pervers ayant l’habitude d’abuser des filles de son pensionnat. Le film pourrait bien sûr se limiter à la simple fétichisation malaisante de la jupette plissée sauf que, Yumeno oblige, le fantasme de l’écolière est détournée au profit d’un récit puissamment noir, versant sans complexe dans le film de vengeance gothique mâtiné de surréalisme grotesque.

Le cahier des charges «Nikkatsesque» est évidemment respecté, puisque déshabillant allégrement ses actrices et les déposant peu délicatement dans des mains fort rugueuses, tout en conduisant ses actrices sur des chemins escarpés. Entre deux saillies oniriques, cet enfer-là ne s’embarrasse pas de scènes hallucinantes, dont un avortement sauvage à la violence inimaginable (Gaspar Noé is shaking). Sans compter une fantasmagorie qui s’empare petit à petit d’un film où ses héroïnes dominent la situation, avec un climax voisinant ouvertement avec le fantastique le plus débridé. Deux nymphes contre le reste du monde: en creux de cette romance folle et contrariée, des germes évoquant un futur Créatures Celestes mais rappelant surtout le bien français Mais ne nous délivrez pas du mal (Joel Seria, 1970) avec cette même image finale des amantes embrasées se consumant en réponse à la folie qui les entoure. Alors que les hommes, entre les pères de subsistions, les violeurs, les dégonflés, ne peuvent qu’amener leur brutalité et leur grimace, la jouissance féminine explose dans une ode à l’amour saphique électrisée par une incroyable partition rock. Enfer pour elles, paradis pour nous.

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