Film aussi beau que méconnu, L’enfant miroir de Philip Ridley raconte la découverte d’un univers en proie aux forces du mal, à hauteur d’enfant.

PAR ROMAIN LE VERN

Alors qu’un tueur d’enfants rôde dans un coin paumé de l’Idaho, une famille se décompose sous le regard d’un enfant qui multiplie les quatre cents coups et fantasme des vampires pour éviter de se prendre la vérité en pleine face. Comme dans les meilleurs films du genre, L’enfant miroir est raconté à la première personne du singulier. Le spectateur entre dans la tête d’un enfant de sept ans (Jeremy Cooper) qui découvre les mystères de la vie, ceux sur lesquels il est difficile de mettre un mot. De la même façon que la fillette de L’esprit de la ruche, de Victor Erice, était traumatisée/fascinée par la figure monstrueuse de Frankenstein, l’enfant miroir du titre perd la raison en apprenant par son père l’existence de vampires.

Ridley a idéalement choisi un cadre agreste avec des chemins caillouteux aux directions improbables. Il en fait un lieu macabre peuplé de freaks inquiétants (les jumelles étranges qui fixent le garçon, le fœtus à travers lequel naît le fantasme d’une réincarnation). Dans le paysage de l’enfant, la présence d’un pasteur inconsciemment apparenté à un croque-mitaine renvoie à La nuit du chasseur. Le titre français (L’enfant miroir) résume bien la nature du récit mais celui américain (The Reflecting Skin) en révèle toute la profondeur : la peau (celle, sans âge, d’une voisine vampire affligée par le chagrin ; celle, abîmée, d’un shérif doté de prothèses ; celle, lisse, d’un enfant qui n’a rien vécu ; celle, carbonisée, d’enfants ayant vécu l’horreur ou enfin celle, extensible, d’un batracien qui va passer un mauvais quart d’heure) est le reflet de l’âme.

Parsemé de plans sur le ciel, le soleil et la lune, respectant le cycle d’un vampire et questionnant une présence mystique, l’intrigue, toujours à la lisière du film d’horreur et du fantasme sexuel, où l’innommable reste planqué dans des tiroirs d’adulte, rend compte de la transformation d’un paradis devenu enfer sans qu’à aucun moment les champs perdent leur éclat. Le lyrisme est insufflé par la bande-son de Nick Bêcat dont le style peut être assimilé à du Hilmar Örn Hilmarsson. On pourrait vanter la discrétion avec laquelle Ridley, plasticien doué, capte le puritanisme ambiant d’une époque. Mais le film vaut mieux et ne se réduit pas à une critique sociale – le cinéaste la retravaillera dans Darkly Noon en 1995. On s’attachera plus à la manière dont il peint la douleur sourde de ses personnages. A l’arrivée, L’enfant miroir contient de ces visions que l’on conserve toute une vie.

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