Joe d’Amato se prend pour Hitchcock avec cette variation de Sueurs Froides à Saint-Domingue. Le premier porno hardcore italien avec des scènes de sexe non simulées.

PAR PAIMON FOX

Maître ès-séries Z tournées à la sauvette avec quelques pékins du coin qui donnaient beaucoup de leur personne tout en se laissant délicieusement exploiter, Joe D’Amato (la classe) possède une carrière remplie de films loin d’être indispensables. Mais réalisé en 1979, Le Sexe noir (sorti discrètement dans l’Hexagone en 81 sous les titres évocateurs: Exotic Love et Sexy Erotic Love), vaut le détour ne serait-ce parce que D’Amato dépasse largement les limites de la fiction érotico-exotique et pousse la représentation de la sexualité plus loin que les fictions standard de l’époque. Grosso modo, Le sexe noir est considéré comme le premier porno hardcore italien avec des scènes de sexe non simulées (et donc de vraies fellations et de vraies pénétrations).

Au-delà des scènes de sexe tellement filmées à grand renfort de zooms insistants qu’elles en deviennent presque tannantes, on peut suivre non sans intérêt une histoire languissante nimbée dans une atmosphère fantastique d’incantations vaudous, dont la substance psy (légère, faut pas déconner non plus) sert à amplifier des séquences cul-cul aussi fréquentes que répétitives. Avec cette fiction qui entremêle les désirs, les fantasmes, les vaudous, le terriblement sentiment de culpabilité, la peur de l’impuissance et l’angoisse face à la mort, Joe revisite quelques unes de ses figures récurrentes, mais il a visiblement découvert Alfred Hitchcock avec Sueurs Froides et accessoirement que Brian de Palma en avait tiré un hommage sublime et sublimé avec son Obsession. Il s’est dit qu’il pourrait assurément relever le même défi et lui aussi rendre hommage au maître de l’angoisse et du suspens avec un sujet similaire, celui d’un américain – Mark Shannon et son inséparable moustache – qui débarque sur l’île de Saint-Domingue pour faire revivre le souvenir d’un amour défunt. Comme ce n’est jamais assez compliqué, il lui reste quinze jours avant qu’une opération chirurgicale le rende impuissant et de fait va chercher à se taper tout ce qui bouge afin de combler son mal-être qui le pourrit de l’intérieur et l’attriste terriblement. Seulement, il revoit un jour la jeune femme qu’il avait aimé et qu’il croyait morte. Bien malin qui devinera l’issue (sanglante) du périple (vous avez vu La dernière femme de Marco Ferreri ?).

Le sexe bande mais le cœur n’y est plus. Après l’homme qui se mange lui-même, voici l’homme qui se castre lui-même. Mais comme le plaisir est coupable, le dénouement vient noircir les galipettes jusque là enjouées avec un coup de théâtre très tordu qui révèle une machination aiguë et confère l’ambiguïté qui manquait tant à ces pérégrinations hyper-sexuées. Ajoutez au mélange une scène de strip-tease tout sauf sexy d’une ringardise réjouissante et vous obtenez un cocktail pas antipathique. Maintenant, ceux qui ne succombent pas à cette balade onirique, sexy, touristique et souvent torride pourront gravement s’ennuyer ou alors se consoler avec une bande-son de pop italienne charmante et pas désagréable. Alors on dit merci qui ? Merci Nico Fidenco.

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