[LE ROI DES ROSES] Werner Schroeter, 1984

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Mon amie la rose me l'a dit ce matin

Une mère porte un amour excessif à son fils, lequel entretient une passion pour les roses et pour un mystérieux jeune homme. Tout est chaos chez Werner Schroeter.


PAR JEREMIE MARCHETTI

On ne parle peut-être pas assez de Werner Schroeter. Trop obscur? Trop déroutant? Trop chaos? Idioties. Facilités. Mais quand on voit l’absence de ses films, à tout hasard dans les bacs français, on se dit que quelque chose nous a échappé. Schroeter, c’était si chaos, si au-delà de tout. Des œuvres éclatées, sans clef, sans serrure, aux allures de cauchemar mélancolique. Wenders, Herzog, Schlöndorff, Fassbinder. Ok ok, much chaos. Mais Schroeter aussi, ne l’oublions pas.

On pourrait prendre n’importe quel film du bon Werner qu’on ne s’y tromperait pas: aujourd’hui, la flèche du destin pointe vers Le roi des roses, son monument queer dédié aux amours interdites et à sa muse Magdalena Monctezuma. Et pour cause: rongée par un cancer, elle tourne tout de même vaille pour vaille dans le film de son ami. Ce sera son rôle le moins agité mais aussi le plus serein. Ce sera son dernier et son plus vertigineux. Un témoin, une sainte, une mère. Celle d’un garçon détenant un séquestré consentant dans sa grange. Captif amoureux, passion mystère, martyr en devenir. Parfum de Genet dans les airs.

La voix de la Callas monte, encore et encore, et une rose s’ouvre, plus grande, plus rouge. Après ça, il faut se laisser guider, entre épines et pétales. Ce n’est pas la psychologie qui intéresse Schroeter: les scènes vont et viennent, comme des vagues. Schroeter excelle dans un cinéma du surgissement. On retrouve séquence après séquence les mêmes gestes, les mêmes postures, les mêmes symboles. Vierge cramoisie, sexe qu’on empoigne, chat crucifié dans la nuit, visage peinturluré, crapaud noyé. Rébus gigantesque, rêve oblique qui se lit à l’envers ou à l’endroit. Si on ne l’accepte pas, autant partir.

Les mots et les cultures s’embrassent: on récite du Poe, du Neruda, on parle allemand, italien, arabe, français, portugais. On entend la voix de Melina Mercouri «des mots qui t’emmèneront comme un bateau jusque à la terre». Ouvrez les vannes. Jusqu’à l’accomplissement final, mort sublime (ou acte d’amour?) où l’on filme le gore comme une fête atroce.

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