De L’exorciste à Bug en passant par French Connection et Police fédérale, Los Angeles, le réalisateur de légende du Nouvel Hollywood revisite sa filmographie controversée dans le documentaire Friedkin Uncut – William Friedkin, cinéaste sans filtre, réalisé par Francesco Zippel, présenté à la Mostra de Venise en 2018 et diffusé sur Arte. Cela valait bien une STORY CHAOS.

William Friedkin a 18 ans. Il démarre comme coursier pour une chaîne de télévision locale de Chicago et, à l’époque, il vivait dans la pauvreté, perdu dans les bas quartiers de Chicago. En s’infiltrant dans le milieu, et Dieu sait si l’infiltration sera son sujet de prédilection, il se fait la main en réalisant toute sorte de programmes, des documentaires pour WGN et des émissions en direct, notamment pour le compte du producteur David J. Wolper. Peu importe le contenu : Good Times, le premier long métrage qu’il réalise en 1966, est un projet totalement impersonnel commandé par le duo Sonny et Cher, destiné à surfer sur le succès du Help ! de Richard Lester (le film des Beatles) .

Friedkin n’abandonne pas les efforts et poursuit avec The Night They Raided Minsky’s, une autre comédie inoffensive. Après ces deux essais, Friedkin passe à l’attaque en adaptant le dramaturge Harold Pinter avec The Birthday Party et réalise ce qui restera comme la curiosité de sa filmographie : Les garçons de la bande, adaptation d’une pièce de Mart Crowley, grand succès de Broadway. Ce qui intéresse William Friedkin dans cet exercice, c’est très clairement la mise en scène et son influence se révèle celle d’un autre huis-clos : La Corde d’Alfred Hitchcock qui lui aussi parle d’homosexualité mais de manière plus « évasive ». Puis vient la rencontre, décisive, avec Howard Hawks, réalisateur de Scarface et de Rio Bravo. A l’époque, Friedkin était le petit ami de sa fille et, au cours d’une discussion, Hawks aurait dit à ce dernier qu’il fallait arrêter le cinéma psychologisant, que tout ça n’intéressait le public et qu’il fallait faire du cinéma d’action pour se faire respecter. Sans cette discussion, la suite de sa carrière n’aurait peut-être pas été la même.

«Quand on voit les films de William Friedkin, on est frappé par leur pessimisme, mais aussi par l’enthousiasme de la mise en scène. C’est comme un voyage superbe à travers l’enfer raconté par un enthousiaste pessimiste». DARIO ARGENTO

L’année suivante, Friedkin abandonne le cinéma d’auteur et explose avec French Connection où à travers les récits de deux policiers de la brigade des stupéfiants new-yorkais, il gratifie le spectateur d’une inoubliable séquence de course-poursuite en voiture. Qui demeure et marque toujours autant. Friedkin assure: «Depuis French Connection, je filme les scènes de poursuites en voitures de la même façon. Un plan à la fois. On le répète, et on le perfectionne jusqu’à ce qu’il fonctionne et que personne ne risque d’être blessé. On le répète au ralenti, puis on accélère jusqu’à ce qu’on soit prêt pour filmer. Et ce qui le rend efficace, c’est la façon avec laquelle on l’associe aux autres plans et l’utilisation du son. Si vous étiez sur le plateau et que vous regardiez en train de filmer une course-poursuite, vous seriez mort d’ennui. Vous penseriez que cela n’a pas l’air risqué. Je dis «action!» puis trois secondes plus tard: «Coupez!». Ce sont des scènes qu’il faut visualiser mentalement avant de pouvoir les filmer. Je n’ai jamais utilisé de story-boards et je n’ai jamais utilisé de seconde équipe. Je réalise l’intégralité de mes scènes d’action.» .

Les conseils de tonton Howard auraient-ils été gagnants? Vraisemblablement: film devenu culte et référentiel, succès au box-office et cinq Oscars. Mais pas seulement: l’expérience du documentaire – et plus simplement de la rue – a permis à Friedkin de filmer la rouille intime des êtres et d’opter pour une approche sensible et réaliste qui fait joliment tache dans l’écrin artificiel d’Hollywood, inscrivant son opus dans le sillage prestigieux de quelques exceptions à l’instar de Panic in the streets, de Elia Kazan, mirifique film noir injustement considéré comme mineur dans la filmographie du réalisateur de L’arrangement et d’A l’est d’Eden, qui sonde l’atmosphère de la Nouvelle-Orléans (ses bouges, ses gangsters, ses ports) avec un style peu conforme aux canons du genre. A partir de cet instant, c’est la révélation : Hollywood tombe amoureux de Friedkin. Et il devient roi avec d’autres films comme L’exorciste ou Police fédérale Los Angeles. Il ne reviendra aux adaptations de pièce de théâtre des décennies plus tard avec Bug.

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