Devant la corruption du monde, un fanatique religieux a ainsi décidé de cloîtrer les siens afin qu’ils gardent leur pureté originelle. La famille filmée comme un cercle de l’enfer. Après Buñuel (dont il fut l’assistant), avant Lanthimos, Ripstein frappait fort avec cette critique acerbe de notre monde.

Gabriel Lima, qui veut éviter à sa famille d’être corrompue par la société, l’a enfermé dans leur vieille demeure située dans le centre de Mexico. Gabriel est victime de la folie des grandeurs et gagne sa vie en vendant de la mort-aux-rats qu’il prépare avec ses enfants, Utopie, Avenir et Volonté. Béatrice, sa femme, accepte cette réclusion mais en l’absence de son mari, qui sort vendre son produit, elle évoque les jeux de son enfance et décrit à ses enfants le monde mystérieux qui existe au-delà des murs de la maison. Cette situation persiste pendant dix-huit ans. Un jour cependant, tout commence à s’effondrer…

Voilà donc un bon sujet chaos comme on les aime, celle de Gomorrhe envisageant sa destruction: un père fanatique tient prisonniers sa femme et ses enfants dans une maison totalement fermée au monde, pensant que, maintenus en quelque sorte en quarantaine, ils seraient à l’abri des souillures du dehors et conserveraient intacte leur pureté originelle. Et au vu d’une telle réussite, on réalise à quel point on ne parle pas assez du cinéma de Ripstein, à quel point il transgresse tous les tabous en estourbissant. Avec ce Château de la pureté, titre emprunté à Marcel Duchamp, il s’est inspiré d’un fait-divers effrayant des années 50, déjà adapté en littérature dans un roman de Luis Spota et plus tardivement au théâtre, pour nourrir ses propres obsessions : les perversions, les névroses, les frustrations soigneusement dissimulées sous l’apparence de la normalité, de la bienséance, de la vertu…

Comme pour créer un lien avec L’ ange exterminateur, il a convoqué des acteurs ayant travaillé avec Luis Buñuel pendant sa période mexicaine. Avec – et à grâce à – eux, il a construit une tragédie marquante empreinte de surréalisme (le père geôlier soucieux du bonheur de sa famille) où des personnages coupés de tout se comportent de manière irrationnelle tout en ayant le sentiment d’être logiques (garder l’horreur dans le cercle très intime et très clos pour en examiner la putréfaction) qui prend les atours d’un cas d’étude psychologique reposant sur le délabrement d’une famille dont chaque membre déconnecté finit par renier son humanité. S’y exprime chez Ripstein le besoin de recréer des atmosphères surchargées d’oppression et de tortures liées à l’intolérance. Et son film d’impressionner par sa sèche capacité à sonder la noirceur de l’âme humaine sans complaisance ni jugement.

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