A seulement 29 ans, David Gordon Green signait un film ayant le tranchant, la température et l’éclat de l’acier et impressionnait réellement. Ah, le bon vieux temps.

PAR PAIMON FOX

Deux jeunes frères, Chris et Tim, vivent avec leur père dans le sud des Etats Unis et traînent leur ennui d’adolescents boutonneux. Un jour, surprise : leur oncle Deel leur rend visite après avoir purgé une peine de prison. Pour quelles raisons? Mystère…

Les cinq premières minutes où deux jeunes adolescents semblent filer l’amour fou sous le regard fâché du papa de la fille dans une Amérique très profonde laissent supposer un succédané du Bully de Larry Clark. Une course-poursuite suffit à contrecarrer cette impression : un jeune mec (Jamie Bell, très loin de Billy Elliot) saute du haut d’un toit et s’enfonce un clou rouillé dans le pied. Image perturbante d’une douleur qui poursuit pendant tout le film.

Dans une famille paisible où un père vit seul avec ses deux enfants, surgit le retour inopiné du frère que le frère n’a pas revu depuis longtemps. Ambiance torve, secrets familiaux enfouis qui remontent à la surface, personnages qui font référence aux mythes, silences qui en disent long, malaise étouffant. On devine très vite la nature des événements mais on ne prévoit pas la tournure horrifique que prend ce petit film incroyablement futé qui fait pénétrer l’horreur la plus crue dans un monde agreste. La suite adopte tous les codes du survival jusqu’à l’esthétique très seventies en passant par le message social sous-jacent (d’un côté, l’Amérique des tarés matérialistes ; de l’autre, celle des exclus).

Après le drame en demi-teinte (George Washington) et la comédie romantique (All the real girls), David Gordon Green fait tache comme il faut. On pense à la terreur viscérale de La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 74) et surtout à l’ombre de La nuit du chasseur (Charles Laughton, 54). L’intrigue aussi ténue que passionnante a finalement moins d’intérêt que l’atmosphère, envoûtante et poisseuse, et les personnages qui cachent tous un secret. La BO de Philip Glass apporte un contraste saisissant avec la violence des situations. Jusqu’au dénouement qui ne fait pas de cadeau.

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