Pour rencontrer Lars Von Trier, il faut se rendre dans son fief de Zentropa, au Danemark. Le Chaos s’y est rendu.

PAR CHAOS

A Zentropa, son fief au Danemark, Lars Von Trier est déifié par ses employés. C’est une ville de cinéma proche d’un laboratoire expérimental où industrie et créativité se fertilisent mutuellement. Dans le hall d’entrée, on peut voir des photos de lui, entouré d’une équipe de foot, et sa Palme d’or pour Dancer in the dark. Sans cette conférence de presse malheureuse au dernier Festival de Cannes, on peut hasarder sans trop se mouiller qu’il aurait pu en accrocher une seconde pour Melancholia (accessoirement l’un de ses meilleurs).

Voici ce que l’on peut voir dans le hall d’entrée de Zentropa, au Danemark : un mur rassemblant toutes les récompenses de Lars Von Trier au cours de sa carrière. En haut à droite, si vous êtes vicieux, vous pouvez voir la doublure de Charlotte Gainsbourg dans Antichrist.

Outre le faux vagin, on peut voir une photo avec Nicole Kidman, un coussin rose, des photos de Lars jeune et surtout un portrait de lui peint. Autre signe de bizarrerie : des guirlandes et des chandeliers restent allumés en pleine journée (aujourd’hui, il fait beau au Danemark).

Construit sur une ancienne base militaire, Zentropa Entertainments est une société de production danoise, également spécialisée dans la distribution de films. Se situant à Hvidore (dans la banlieue de Copenhague), elle a été fondée en 1992 par Lars Von Trier (juste après Europa). Aujourd’hui, elle est codirigée par Peter Aalbæk-Jensen (le businessman). Au départ, l’objectif consistait à créer un mini-studio nord-européen avant de propager le bon cinéma partout.

Le premier film de la boîte, c’est la série L’hôpital et ses fantômes, en 1994. Un an plus tard, elle érige le Dogme, mouvement cinématographique défendant «l’esthétisme et la vérité» en modèle. Viennent ensuite des déclinaisons : à la fin des années 90, Lars Von Trier a lancé «Pussy Power», une production de X Dogme, proposant un point de vue féminin sur la pornographie. Avant le tournage, les scénarios sont soumis à une commission de consultation constituée d’une sexologue, d’une rédactrice en chef de magazine féminin, d’une actrice porno, d’une journaliste de magazine masculin, d’une productrice de films érotiques dans les années 70 et d’une mère de famille. Chacune a établi une sorte de charte récapitulant ce que les femmes veulent voir et ne pas voir dans les films pornos. Ça donne le «Puzzy Power Manifesto». Les réalisateurs de ces films X peuvent être des hommes ou des femmes. D’ailleurs, Lars von Trier, qui avait lui-même introduit une scène pornographique dans Les Idiots, avait manifesté le désir d’en tourner un. En 2004, Zentropa s’est lancé dans la production de films pornos gay (Hot Men Cool Boyz, de Knud Vesterskov) en créant une nouvelle charte : une sensualité privilégiée, un scénario crédible, l’interdiction des scènes de sexe gratuit «au profit d’une montée subtile du désir» et le refus de toute violence. La création est intrinsèque au marketing. Pendant cette période, qualifiée de «expérimentation étudiante», s’est manifesté le plaisir de coproduire avec d’autres pays. Depuis, Zentropa a généré de petits bureaux autonomes dans plusieurs territoires européens (avec pas plus de deux personnes par bureau) qui offrent aux producteurs et réalisateurs locaux un accès à des services et/ou à des financements. Si un bureau trouve des financements pour un film, il a automatiquement carte blanche. Ce qui est important, c’est que les dirigeants de toutes les branches de Zentropa aient des parts dans la société-mère. Cette année, un nouveau bureau a été crée en Norvège.

C’est dans la pièce de ce chalet que Lars Von Trier travaille sur ses films.

La table de montage de Dreyer, récupérée par Zentropa.Lars Von Trier a une définition de Zentropa bien à lui : « Avec Zentropa, mon idée était simplement que nous pourrions produire et contrôler les choses que nous voulions. Peter Aalbaek et moi sommes un peu étranges. Nous aimons nous amuser et faire des choses bizarres. Je pense que ça peut être très distrayant de travailler chez Zentropa. Ce n’est pas juste une autre société de production. Il n’y a pas d’idée bien définie derrière cela. C’est plus intuitif. Nous ne sommes pas là pour dire que gagner de l’argent est la chose la plus importante. » La société a permis à des cinéastes comme Lukas Moodysson (Fucking Amal), Thomas Vinterberg (Festen), Susanne Bier (Revenge), Per Fly (The Bench) et Andrea Arnold (Red Road) de se faire un nom. Ces dernières années, des créations inédites ont eu lieu au Danemark (Film Fabriken), en Europe (Advance party) et sur Internet (Dogma Mobile). Aujourd’hui, c’est Peter Aalbaek Jensen, le co-directeur de Zentropa avec Lars Von Trier, et il produit des films de différentes nationalités, aussi bien suédois qu’allemand.

Par-dessus tout, le siège de Zentropa est réellement pittoresque, tirant une jubilation de sa propre folie. Dans ses projets, il a également la volonté de créer une alliance «Nord-Atlantique» avec l’Ecosse et l’Irlande. De la même façon que les trois mendiants dans Antichrist appartiennent à une mythologie inventée, Zentropa a crée la sienne. Par exemple, chaque vendredi après-midi, les différents membres du groupe se retrouvent avec Lars Von Trier pour interpréter des chansons religieuses. Dehors, il y a des nains de jardin qui pissent, défèquent et sodomisent un cochon et sur lesquels il est possible de venir faire ses besoins en plein air.

Plus loin, il y a des chalets où des artistes underground s’exilent pour créer. Il y a aussi une piscine, un cours de tennis, un terrain de golf, réservés à Lars mais où tout le monde peut accéder sans problème. C’est comme une secte new-age, une communauté du partage et du cœur déconnectée de la réalité.

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