Spectacle sidérant, Viva la Muerte de Fernando Arrabal (1971) contemplait le franquisme par la prisme de l’enfance et par la lorgnette d’une tempête toute œdipienne. Une transfiguration de souvenirs auxquelq Fernando Arrabal apportera un regard d’ensemble plus net quelques années plus tard dans L’arbre de Guernica, toujours réalisé alors que l’Espagne se trouvait en dictature. Après la Tunisie pour Viva la Muerte, Arrabal se terre en Italie (illusion parfaite) pour y tourner un autre morceau d’histoire, moins intime celui-là. Et nous voilà à Villa Ramiro en 1936, une petite ville (imaginaire) repoussant ardemment l’invasion fasciste.

Deux laissés pour compte, Vandale (Mariangela Melato, icône de la réalisatrice Lina Wertmüller), la femme libre, la «sorcière», et Goya, l’artiste provocateur, l’emmerdeur et le fils de bourgeois indigne, deviendront des pivots de la résistante locale. Sans se connaître, et en voulant rejoindre la France, ils se rencontreront à Guernica, où leur coup de foudre sera stoppé par la pluie de bombes que l’on connaît… mais qui ne saura détruire l’arbre de la ville. Ah, l’espouare! Curieusement, Arrabal ne semble plus possédé par l’envie dévorante d’aligner les saynètes surréalistes et réalise du coup, enfin, un vrai film historique, racontant très précisément l’invasion des troupes de Franco à travers le pays et la riposte communiste. S’octroyant plusieurs points de vues (des paysans en passant par les fascistes, l’école, les bourgeois et les outsiders) pour ne rien laisser au hasard quant à la situation de cette période maudite. En passant par l’Italie, le réalisateur collectionneur de lunettes en plastiques se serait-il pris pour Roberto Rossellini ou Bernardo Bertolucci? Buvez un peu d’eau, on ne calme pas un Arrabal comme ça, d’un coup de baguette magique. Oreille géante dévalant une colline, corrida humaine (avec des nains en guise de taureau!), sexe calciné dans une ceinture en fer forgé, exécutions à la chaîne, fête aux blasphèmes (en guise de mépris au clergé motivant les troupes de Franco, la statue du christ se voit tour à tour explosée, sucée, souillée d’urine ou barbouillée de sperme), mont Golgotha d’un genre nouveau…

Bien conscient que son film connaîtrait une non-existence dans le pays qu’il visait, Arrabal signe avec L’arbre de Guernica un puissant cri antifasciste, laissant enfin libre cours au lyrisme de son auteur, avec ces amants exténués et libérés qui s’embrassent encore alors que l’horreur triomphe. On pourrait bien sûr se positionner loin de tout cela, comme une page de plus que l’on tournerait dans notre livre d’histoire. Pourtant, ce sont les mêmes puissances qui se lient pour former le rouleau compresseur fasciste, la même haine qui pousse. «En espérant que le meilleur remède contre la terreur et l’intolérance soit la culture» fait donc réciter l’instituteur pacifiste du village à ses élèves. L’arbre de Guernica finit par ressembler accidentellement à un message tremblant porté à nos temps fort troublés…

Réalisation : Fernando Arrabal. Avec: Mariangela Melato, Ron Faber… Scénario: Fernando Arrabal. Photographie: Ramón F. Suárez. Son: Fiorenzo Magli. Montage : Renzo Lucidi. Production: Francesco Cinieri, Ken Legargeant, Gérard Wolf. Sociétés de production: Babylone Films, Ci-Le Films, Les Productions Jacques Roitfeld, Luso Films. Pays d’origine: France/Italie. Société de distribution : Accatone. Date de sortie française: 19 novembre 1975. Format : couleur par Eastmancolor — 35 mm — son mono – Drame surréaliste et symbolique. Durée : 110 minutes

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