Un enquĂŞteur free-lance dans le milieu des escroqueries Ă  l’assurance sur les traces d’un Ă©crivain horrifique superstar disparu. Une histoire Ă  cauchemarder debout par un Carpenter sous la double influence de Lovecraft et de Stephen King.

Vous avez dĂ©jĂ  cauchemardĂ© les yeux ouverts? C’est cette expĂ©rience psychotronique que propose John Carpenter dans ce troisième volet de la Trilogie de l’Apocalypse après The Thing et Prince des tĂ©nèbres. Un objet qui a des allures de maxi best-of, qui tiendrait de la meilleure adaptation fantasmĂ©e de Stephen King et de Lovecraft avec une pincĂ©e des BĂ©bĂ©s de la Consigne Automatique de RyĂ» Murakami. Des univers dans un film, des films dans le film, un cauchemar en boucle, un monde dans le film oĂą tout le monde aurait sombrĂ© dans la folie. Rien que ça.

Tout commence dans un asile oĂą John Trent (Sam Neill), dĂ©tective pour une compagnie d’assurances, rĂ©vèle les Ă©vĂ©nements qui l’ont poussĂ© vers la folie. Comme des milliers d’AmĂ©ricains emportĂ©s par une vague de violence inouĂŻe, il a succombĂ© Ă  la lecture des romans du cĂ©lĂ©brissime Ă©crivain Sutter Cane, portĂ© disparu peu avant la parution de son ouvrage annoncĂ© comme ultime, In the Mouth of Madness. EmbauchĂ© par le patron de la maison d’Ă©dition Arcane pour retrouver ledit Sutter Cane, John Trent part direction Hobb’s End, une ville inconnue au bataillon des relevĂ©s topographiques. La raison est simple: ladite ville, parc d’attractions peuplĂ© d’enfants zombies et de crĂ©atures informes oĂą se rejouent en boucle toutes les intrigues des romans du très lovecraftien Sutter Cane, ne gagne pas Ă  ĂŞtre connue. Normal qu’en y allant, on en revienne fou. Et plus fou encore que la folie: Trent/Neill rĂ©alise au final qu’il n’est en fait rien d’autre qu’un personnage du dernier roman de Sutter Cane et que sa mission consiste Ă  livrer une Bible des temps apocalyptiques au monde des vivants.

C’est une nouvelle excursion dans un monde parallèle qui donne des sueurs froides et avec laquelle on pourrait presque tresser des liens avec le très adulte Lost Highway de David Lynch (1997). C’est aussi un film qui, comme le suggère son auteur, invite Ă  se mĂ©fier de l’horreur dans notre monde rĂ©el oĂą les monstres ne sont pas ceux que l’on pense. Une idĂ©e communĂ©ment admise veut que seuls les fous soient enfermĂ©s dans les asiles. Il est rassurant de penser ainsi car, en plus d’ĂŞtre dangereux pour certains, les fous ont cette fâcheuse tendance Ă  ne pas croire dans ce que nous appelons «rĂ©alité», ce quotidien rassurant que leur maladie pourrait contaminer. Ainsi, en commençant son film avec un John Trent (Sam Neill) hystĂ©rique que l’on interne de force, John Carpenter place le spectateur dans la position de quelqu’un sain d’esprit contemplant un autre n’ayant pas cette chance, et les premières minutes du mĂ©trage ne feront que confirmer cette situation entre hallucinations et dĂ©lires. Mais de la mĂŞme façon que les Ă©crits de Sutter Cane, le romancier maudit du film, plus nous progressons dans le rĂ©cit fait par John Trent et plus le fragile tissu du rĂ©el se macule de zones d’ombre.

Carpenter s’amuse Ă  brouiller la frontière entre rĂ©alitĂ© et fiction dans l’espace du film mais Ă©galement dans l’esprit du spectateur, jusqu’Ă  une ultime mise en abĂ®me spĂ©cialement perturbante (Trent va voir le film L’Antre de la folie au cinĂ©ma et dĂ©couvre qu’il en est le personnage principal). Il se rĂ©vèle alors que le fou ne l’Ă©tait pas tant que ça, et que c’est notre propre folie qui a permis au monde de devenir cet asile d’horreur que nous redoutions tous. Au final, avec son histoire de maĂ®tre incontestĂ© du roman d’Ă©pouvante qui a disparu on ne sait trop oĂą et dont les Ă©crits provoquent de violentes crises de paranoĂŻa et autres bouffĂ©es dĂ©lirantes sur les lecteurs, Carpenter cĂ©lèbre avec des visions horrifiantes dont lui seul a le secret l’art du cauchemar pour secouer les consciences. Et c’est toujours aussi bon.

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