25 ans après sa découverte au marché du film de Cannes, la ressortie en version restaurée de L’âme des guerriers tombe on ne peut plus opportunément à l’heure d’une vaste campagne de sensibilisation sur la violence domestique.  Adaptée d’un roman qui avait agité en son temps la Nouvelle Zélande, l’histoire bénéficie d’un contexte culturel particulier qu’elle arrive à dépasser par sa portée universelle et intemporelle.

Dans ce film de Lee Tamahori, qui ressort en salles ce mercredi, on fait connaissance, dans les marges d’une grande ville, avec une famille nombreuse qui subsiste tant bien que mal grâce aux efforts conjugués d’une mère au foyer (Rena Owen), et d’un père poissonnier (Temuera Morrison), dont l’apparente  force tranquille le distingue de certaines brutes qu’il fréquente. Mais les mêmes causes (difficultés économiques, culture macho,  pression des pairs, consommation d’alcool), produisent toujours les mêmes effets: il bat sa femme, et ses enfants le rejettent. Malgré un étalage trompeur de signes extérieurs de virilité, le film dénonce avec un réalisme implacable une violence domestique identifiable dans le monde entier. Ce qui le rend unique, et vaguement exotique, c’est la culture maori évoquée en détail mais sans complaisance. Beth Heke est héritière d’une tradition fière et rigoureuse, au point que sa famille avait vu d’un mauvais œil son mariage avec Jake, descendant d’esclaves. Et malgré leurs efforts pour combattre cette opposition, le destin finit par imposer sa loi. A la fin, Jake est toujours un esclave, non pas de son hérédité, mais de son incapacité à se libérer de sa propre violence. Une autre force du film consiste à montrer les répercussions de cette violence sur les membres de la famille selon leurs sensibilités. L’ainé rejoint un gang, la fille trouve refuge dans la poésie et l’écriture, et le troisième évite de justesse la délinquance en pratiquant les arts martiaux traditionnels.  

Habilement promu à l’époque par la New Zealand film Commission, L’âme des guerriers a fait un carton mondial grâce à ses qualités qui n’ont rien perdu avec le temps: scénario implacable, mise en scène prosaïque mais ultra efficace, interprétation fraîche et authentique. La plupart des gens impliqués ont bénéficié d’une exposition mondiale  inespérée. Omniprésente, Rena Owen est le centre de gravité du film, avec un rôle tout en équilibre entre force et vulnérabilité, ancrage dans le présent et attachement à la tradition. Sur sa lancée, l’actrice a poursuivi une carrière internationale ininterrompue, marquée par collaborations chez Spielberg (AI), ou Lucas (Star Wars). Temuera Morrison a connu un parcours similaire, avec des pas de côté inattendus comme sa participation au Blueberry de Jan Kounen. Mais le mieux loti de tous est peut-être Cliff Curtis, le tonton pointeur, dont le physique typé lui permet de jouer indifféremment un soldat irakien dans Les rois du désert, un dealer de crack dans A tombeau ouvert, un sheik dans Révélations, ou un mémorable dealer latino dans Training day. Son avenir immédiat est assuré, puisqu’il a été retenu pour jouer dans tous les prochains épisodes d’Avatar. Quant à Lee Tamahori, il a connu une solide carrière de réalisateur tous terrains, auquel on doit des films variés comme le Bond à succès Meurs un autre jour, Next, un amusant thriller SF avec Nicolas Cage, ou The devil’s double, une très étrange fiction sur la doublure d’un des fils de Saddam Hussein. Le scandale déclenché en 2006 lorsqu’il s’est fait choper par le LAPD en train de tapiner en jupe et perruque sur Santa Monica bd l’a à peine affecté. En fait, il n’a pas été la seule pointure hollywoodienne à avoir été raflé par la police. C’est parce qu’il n’a pas contesté les motifs de son arrestation que la presse a eu vent de l’affaire et l’a largement répandue. Les autres ont été protégés par les avocats les plus redoutables de la ville et s’en sont sortis discrètement. Comme ils savaient que Tamahori savait, ils l’ont tacitement protégé en ne l’excluant pas. Quoiqu’il en soit, L’âme des guerriers reste un cas unique d’alignement de planètes favorable pour tous ceux qui s’y sont impliqués. Ce film a représenté pour eux un sommet qu’ils n’ont jamais dépassé par la suite.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici