Deux séances ubuesques, arrosées par Abel Ferrara himself, débarqué en Bourgogne-Franche-Comté avec toute sa petite famille, c’est chaos.

Le premier film présenté était Ms .45 (L’ange de la vengeance en français): à ce moment-là Abel est encore tout à fait sortable, revenant longuement sur le cas tragique de sa comédienne fétiche Zoë Lund, ramenée temporairement à la vie grâce à la magie du cinéma (ça fait un peu tarte dit comme ça, mais on vous assure que c’était très émouvant).

Avec son free-jazz aussi glauque qu’improbable, le film reste un sommet de noirceur, loin de la case “énième vigilante” à laquelle on souhaite trop souvent l’assigner. Dans Taxi Driver(1976), Travis Bickle s’était donné pour mission de purger tout le “scum” grouillant dans les rues de New York : ce n’était rien à côté de la Big Apple vue par Abel, terrain vague où la femme-gibier est constamment chassée (et une fois sur deux, violée) et où marginaux, camés, SDF, piliers de bars, maquereaux et autres logeuses affriolantes tiennent le haut du pavé.

Des viols filmés en gros plan visage, un frigo rempli de restes humains soigneusement emballés dans du papier journal, des raccords sur des oeufs au plat en train de cuire, mais aussi des fondus enchainés vaporeux, traduisant la mue de notre innocente victime en sexy-vengeresse sanguinaire : pas un seul plan de ce film de fou furieux n’a vieilli, et c’est évidemment une joie d’avoir pu partager ces moments d’effroi (et ces percées comiques, ne l’oublions pas) dans une salle comble… Même si on se demande si les octogénaires présentes, venues partager un bon moment en famille, savaient à quoi s’attendre.

Le film a d’ailleurs des relents politiques sur lequel on ne s’étendra pas (“C’est Metoo avant l’heure !” a asséné une vieille dame très enthousiaste à la sortie de ce Schiappa movie).

L’autre gros morceau fut dont Tommaso, nouveau film du cinéaste programmé par Capricci/Les Bookmakers en janvier prochain, et présenté hors-compétition à Cannes en mai dernier – remember notre fameuse gazette, à laquelle on n’a pas grand chose à ajouter – et le débat abrasif qui s’ensuivit.

Ou plutôt le non-débat : dès la première question posée par Elsa Charbit, directrice artistique du festival qu’il faut vraiment être mal luné pour prendre en grippe, Abel a choisi non seulement de botter en touche, mais surtout de terrifier un public à qui il intimait de poser des questions originales (il n’y a pas meilleure stratégie pour refroidir une audience).

Tandis que Cristina Chiriac jouait avec sa fille posée sur les genoux, écoutant à peine les bouts de réponse délivrés par son homme, ce dernier s’évertuait à couper la parole aux quelques téméraires prenant leur courage à deux mains pour monter au front… “Okay, that’s seven questions. Ask just one” ou encore “Don’t ask questions you already have the answer” furent les refrains préférés entonnés sèchement par notre salle gosse au cours de cette soirée very chaos.

On comprendra sans mal pourquoi c’est Cristina qui répondra lapidairement à la question revenant sur “cette difficulté d’être père” qui semble affleurer dans le film : “Je pense qu’il est beaucoup plus difficile d’être en couple que d’être père”. Avec un personnage pareil, tu m’étonnes Cristina !

Si le débat s’est finalement détendu au fil des minutes, notre rock star passa plus pour un schnock cherchant des parades pour ne pas dire des platitudes que pour un Gainsbarre à la créativité torturée. Comme si tout ce qu’il pouvait y avoir d’intime dans cet auto-portrait assez modeste qu’est Tommaso était impossible à commenter avec des mots. Voilà de quoi alimenter cet interminable (non pardon, insupportable) débat sur la séparation entre l’homme et l’artiste, chers lecteurs.

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