La sentinelle des maudits ressemble Ă  quelque chose comme un mix de Rosemary’s Baby, L’exorciste et Le locataire nappĂ© d’un coulis de dĂ©viances assez inattendues.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Top modĂšle trĂšs demandĂ©e, Allison (Cristina Raines) emmĂ©nage dans un appartement au cƓur de New York. DĂ©tail curieux, un prĂȘtre aveugle habitant au tout dernier Ă©tage passe l’intĂ©gralitĂ© de son temps postĂ© Ă  la fenĂȘtre. Au fur et Ă  mesure qu’Allison va faire connaissance avec ses nouveaux (et parfois trĂšs Ă©tranges) voisins, le quotidien va commencer Ă  se dĂ©rĂ©gler. La jeune femme souffre de migraines de plus en plus prenantes, et ses cauchemars la confrontent Ă  ses traumatismes les plus profonds: une figure paternelle autoritaire et perverse, qui la poussa autrefois Ă  commettre une tentative de suicide


Rayon Satanerie et Bondieuserie, Hollywood – et un peu plus loin l’Italie – Ă©tait farouchement enclin dans les annĂ©es 70 Ă  partir en croisade contre le mal, avec cohorte de maison malĂ©fiques et de possessions carabinĂ©es. RĂ©alisateur Ă  qui l’on doit les trois premiers volets de la saga du Justicier, habituĂ© des polars et des westerns au parfum de poudre et de musc, Michael Winner avait aussi signĂ© un Ă©tonnant prequel de The Innocents, oĂč le trouble ectoplasmique laissait place Ă  une atmosphĂšre de sexe humide et de cordages serrĂ©s. Par la suite, il surfa Ă  son tour sur la vague infernale en se voyant offrir les commandes de La sentinelle des maudits, refusĂ© par un Don Siegel moins Ă  l’aise avec le genre. On aurait pu craindre le pire dans le genre compromission. Il n’en est rien. Incroyable mais vrai: l’alliance d’un franc tireur comme Winner avec un best-of opportuniste du cinĂ©ma de genre comme pas deux donne lieu Ă  un rĂ©sultat marquant, et mĂȘme sacrĂ©ment bizarroĂŻde.

DĂ©butant comme un roman photo flanquĂ© de la mauvaise bande son (le score tout crissant et boombadaboom de Gil Melle), La sentinelle des maudits cherche des noises Ă  un mannequin haut de gamme, fille de belle famille qui cherche Ă  prendre le large de son moustachu de fiancĂ©, et se dĂ©cide Ă  louer un splendide appartement Ă  Brooklyn Heights. L’agente et sa voix chaude (Ava Gardner, so bourgeoise Chanel) lui offre semble t-il un petit paradis, mais ne l’a pas averti des nombreux voisins envahissants. Parmi eux, un trĂšs vieux garçon fĂȘtant l’anniversaire de son chat en grande pompes, des vieilles cinglĂ©es et mĂȘme un couple de lesbiennes Ă©videmment mĂ©chantes et vicieuses (ben voyons), ce qui nous vaudra une scĂšne d’une grande subtilitĂ© («- Que faites vous dans la vie ? – On se touche»). Un peu loufoque, un peu anxiogĂšne, jusqu’au moment oĂč la jeune fille apprend qu’en rĂ©alitĂ©, l’immeuble est vide depuis trois ans, exceptĂ© le dernier Ă©tage occupĂ© par un prĂȘtre aveugle enfermĂ© dans son appartement. Ambiance.

DĂšs une scĂšne de flash-back digne d’un rĂ©cit de Bukowski, Winner place beaucoup d’assurance dans les fulgurances malsaines de son rĂ©cit, rĂ©alisĂ© alors comme un tĂ©lĂ©film, exceptĂ© lorsqu’il faut sortir l’artillerie lourde. Ce qu’il fera par exemple lors d’une des scĂšnes les plus terrifiantes jamais vu sur un Ă©cran, scĂšne dite de «l’appartement du dessus», oĂč la jolie Christina est bien dĂ©cidĂ©e Ă  dĂ©couvrir quelle est la chose faisant les cent pas au dessus d’elle. Un moment de terreur absolue et de sauvagerie gore tel que le film aura un grand mal Ă  s’en remettre. En guise de lot de consolation, un casting improbable, mĂȘlant vieilles gloires et jeunots du moment (Christopher Walken, Tom Berenger ou Jeff Goldblum), et un final digne d’un film d’exploitation de mauvais goĂ»t, oĂč les damnĂ©s de l’enfer envahissent le lotissement, tous incarnĂ©s par de vĂ©ritables freaks dĂ©bauchĂ©s pour l’occasion! Pas fin, sans doute, mais tout Ă  fait chaos.