[LA RÉVOLTE DES MORTS-VIVANTS] Amando de Ossorio, 1971

Le premier volet du cycle des Templiers de ce réalisateur, portant sur des Templiers revenant parmi les vivants. Chaos total.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Au carrefour des zombies sociaux de Romero et des pourritures gothiques de Lucio Fulci, les Templiers zombies d’Amando de Ossorio forment une transition douce et remarquée, même si au fond moins talentueuse que celle des deux gaillards cités précédemment. Le bonhomme y consacra une grande partie de sa carrière, détournant parfois l’attention sur quelques croqueuses d’hommes avec d’autres titres horrifiques comme Malenka la Vampire, The Loreley’s Gasp ou La noche de los brujos. Des demoiselles toutes en crocs ou en griffes aux sacs d’os, l’homme savait se démener dans les petits plaisirs simples mais efficaces du cinéma d’exploitation. Une filmo bouffée donc par les petites phalanges crochues de ces templiers de malheur, avec pas moins de quatre films, dont trois se contentant de ramener le concept dans des lieux plus ou moins différents. Un village en pleine consécration dans Le retour des morts-vivants, un galion dans Le monde des morts-vivants et enfin un bord de mer tout à fait à l’aise avec les sectes lovecraftiennes dans La chevauchée des morts-vivants. Jess Franco ira jusqu’à les dupliquer très mollement dans son La mansion del los muertos vivientes, alors que dans La cruz del diablo, soit le dernier film de John Gilling, les templiers reviennent à leur origine : l’univers du romancier Gustavo Adolfo Bécquer, qui les avait alors évoqué le temps de sa nouvelle «Le mont des revenants».

Initiateur de tout ce patatras, La révolte des morts-vivants est assurément le plus intéressant de tous, véritable écrin du charme borderline des productions horrifiques de cette époque. Un mélange galvanisant de racolage gore, de nudité aussi charmante que futile, de bains atmosphériques et d’écriture à l’emporte pièce. Bien qu’enterrés dans un village en ruine loin de toute civilisation, nos macchabées et ex-templiers sataniques s’affolent dès l’approche de quelques malheureux (et surtout lorsqu’il s’agit de femmes, bien sûr) qui n’avaient rien à faire là. C’est ce qui arrivera à la douce Virginia, qui ne peut supporter de retrouver son amour de jeunesse alors qu’elle voyage en train avec son nouveau compagnon. Plus surprenant, cette ancienne aventure se relève être alors sa meilleure amie, dont elle se remémore les ébats dans un flash-back vaseliné encore secoué par le bruit du train hurlant. Mais nous sommes au début des 70’s, et la jeune fille préférera sauter du train en marche (!!) plutôt que de subir cette honte qui la ronge. Pour enfoncer le clou de cette vision très étriquée et fort triste de l’homosexualité féminine, la seconde concernée se fera très gratuitement violée lors d’une scène glaçante et on vous le donne en mille, 120 % gratuite. Le mood d’une époque (et encore…).

Une fuyarde donc, des ruines hantĂ©es, quelques tombes brumeuses, et voilĂ  nos petits spectres prĂŞts Ă  soulever des dalles de pierre malgrĂ© leur manque Ă©vident de calcium. Le score incantatoire, tendance «asmr tombeaux» annonce assez magistralement ce que fera Fabio Frizzi chez Fulci, continuant de donner du charme Ă  ce gothisme mĂ©diterranĂ©en du meilleur effet. Mais si le film inspirera, peut-ĂŞtre sans le vouloir, il s’inspire aussi: dans une sĂ©quence incroyable, une victime des templiers s’en va hanter les couloirs d’un hĂ´pital puis d’une maison de couture dans un sursaut Bavesque admirable, Ă©voquant mĂŞme parfois (avant l’heure) La morte-vivante de Jean Rollin. Au milieu de bavardages en guise de rustine de secours, le charme moribond du film d’Ossorio envoĂ»te, jusque dans une violence frontale qui fit frĂ©mir longtemps la censure: pour exemple, cette longue scène de sĂ©vices oĂą une dame crucifiĂ©e et dĂ©poitraillĂ©e se fait fouetter Ă  coup d’épĂ©es, avant de subir l’assaut des langues goulues des templiers – une scène qui deviendra une marque de fabrique bouche-trou des opus suivants. LĂ  oĂą on rigole moins, c’est dans le nihilisme presque sauvage de sa dernière partie, comme avec le plan terrifiant d’une gamine inondĂ©e par le sang de sa pauvre mère, dans une cruautĂ© annonçant des lendemains terribles pour l’Espagne. De lĂ  Ă  voir les Templiers voraces comme un symbole de la vermine de Franco qui paralysait alors le pays…

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