Ne vous fiez pas aux apparences, La Punition va bien au-delà de la simple curiosité déviante.

PAR JEREMIE MARCHETTI

LibĂ©ration sexuelle ou pas, le SM n’a sans doute jamais Ă©tĂ© aussi Ă  la mode au cinĂ©ma que dans les 70’s, avec l’explosion de la sexploitation, du porno ou du Pinku-Eiga. Entre la strangulation Ă©rotique de L’empire des sens, l’exploration quasi-documentaire du milieu dans MaĂźtresse, les nombreuses adaptations de Sade, les jolies plantes ligotĂ©es de Robbe-Grillet, les amours bizarres de Portier de Nuit ou de Liza, Marlon Brando se mettant au bondage dans Le corrupteur
 Le choix est vaste, ridiculisant sans forcer toute une gĂ©nĂ©ration de Fifty Shades Of Grey. Durant cette gĂ©nĂ©ration panpanculcul, on a pu voir en France un beau film Ă©corchĂ©, La Punition, que l’on doit Ă  Pierre Alain Jolivet, rĂ©alisateur mystĂ©rieux ayant Ă©galement laissĂ© dans son sillage une adaptation d’Arrabal (Le grand cĂ©rĂ©monial) et de Jean Genet (Haute Surveillance). Des disparus dans la grande mer du chaos qu’on aimerait d’ailleurs revoir fissa


À l’inverse de la plupart des titres citĂ©s plus haut, La punition cherche moins Ă  se consacrer en objet excitant et masturbatoire: le roman initial pouvait se voir Ă  ce titre comme une variation sordide de Histoire d’O. EmpressĂ© et quasiment psychĂ©dĂ©lique, ce calvaire irrĂ©el se balance entre plusieurs temporalitĂ©s: la fuite d’un couple d’un cĂŽtĂ©, et ce qui les a amenĂ© Ă  prendre la poudre d’escampette de l’autre. Plantureuse, un peu maussade, Britt est prostituĂ©e de force par un trio infernal, dont son amant est l’investigateur. Mais dĂ©cevant un client rĂ©calcitrant qui demande qu’elle soit «dressĂ©e», la jeune femme est emprisonnĂ©e dans une maison isolĂ©e envahie de feuilles mortes et hantĂ©e par des hurlements incessants. LĂ , elle devra recevoir ses nombreux clients et satisfaire leurs demandes
 La punition n’est donc pas ce qu’on pourrait qualifier de «film de charme», tant le ton est dĂ©sespĂ©rĂ© et violent, avec ses soirĂ©es mondaines filmĂ©es comme un cauchemar, son hĂ©roĂŻne martyr et son climat Ă  la limite du fantastique.

Jolivet fignole un objet bizarre, d’oĂč surgissent des plans superbes, des moments d’hystĂ©rie secouants (un viol brutal au milieu d’une fĂȘte triste et dĂ©cadente) mais surtout une mĂ©lancolie qui suinte de partout, de la musique (hallucinante) de Bookie Binkley au regard perdu de Karin Schubert. La maniĂšre dont cette ex-starlette des seventies s’offre Ă  l’écran est sans doute ce qu’il y a de plus bouleversant: dans ses sanglots, qu’on jurerait authentiques, on ne peut s’empĂȘcher d’entrevoir la descente aux enfers que l’actrice vivra quelques annĂ©es plus tard pour sauver son fils toxicomane, avec une escalade dans le porno qui la froissera dĂ©finitivement corps et Ăąme. C’est dire si, oui, cette «punition» va au-delĂ  de la simple curiositĂ© dĂ©viante.

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