[LA NUIT DES MORTS VIVANTS] Tom Savini, 1990

Tom Savini a rĂ©alisĂ© un remake du premier volet de la saga de George A. Romero: La Nuit des morts-vivants. Et, believe it or not, c’est rĂ©ussi. Impossible n’est pas Savini.

PAR JEREMIE MARCHETTI

À une période où ni les remakes, ni les zombies n’étaient encore revenus à la mode (sans compter la forme assez moyenne du cinéma d’horreur), le reshoot de La Nuit des Morts-vivants ne pouvait que passer inaperçu, sautant même la case grand écran dans l’Hexagone. Qui en effet, pouvait miser sur la relecture d’un classique ayant placé les bases d’un sous-genre à part entière, avait inventé une nouvelle mythologie monstrueuse et provoqué tant de rip-off et de plagiats, que toute reproduction officielle ne pouvait provoquer que quelques bâillements polis ? Pas grand monde…

Aussi important et grand soit-il, La Nuit des Morts-vivants premier du nom n’a pourtant jamais donné la possibilité à son auteur de jouir de son capital commercial : celui-ci étant libre de droits, Romero ne sait jamais mis plein les fouilles de son bébé, et seul un remake pouvait guérir cette blessure. Il offre alors les rennes de cette entreprise à son ami Tom Savini (le tout produit par Menhahem Golan), célèbre maquilleur canonisé Roi du Gore qu’il rendit célèbre avec Zombie. De la part d’un trublion pareil, on pouvait s’attendre qu’à une relecture débridée et graphique. Magie du cinéma, c’est l’inverse qui se produit… et même bien plus encore.

Ce que Savini ne peut reproduire, à savoir l’ambiance sixties puant la mort sèche et le chaos social hors pellicule, il le redessine à sa façon : Night of the living dead façon 90’s ne prétend pas être cool et branché, et instaure lui aussi un climat morbide inédit dans une rase campagne malade, comme envoûtée et pétrie de terre remuée, à la manière de son cousin Simetierre, d’ailleurs signé la même année. Au-delà d’un repas anthropophage devenu mythique et d’un meurtre sordide à la truelle, l’original n’étalait pas autant ses tripes saillantes qu’un Zombie ou qu’un Day of the dead : Savini, bien que fortement rattaché à une imagerie dégoulinante, se refuse à repeindre les murs de sang. Sa nuit est violente certes, mais jamais grand guignolesque (la seule scène de cannibalisme est filmée de loin) : une initiative alors un peu atténuée par une MPAA visiblement très sévère, qui lui a subtilisé quelques têtes explosées. On reste cependant loin des débordements actuels en matière d’invasion zombiesque.

Là où ce Night of the Living dead 90’s fonctionne du tonnerre (en plus d’un cast et d’une réalisation superbement carrés), c’est qu’il s’adresse à ceux qui connaissent le film original et accomplit le tour de force de respecter les grandes lignes (même décor, même personnages), tout en évitant miraculeusement la redite. Cela va à de simples détails (comparez les deux introductions dans le cimetière et voyez comme Savini détourne certaines attentes ou améliore les tournures comme la mort de Johnny, ici très très douloureuse) à un twist de mi-parcours fabuleux, faisant de Barbara une nouvelle héroïne prête à en découdre, plutôt que de la laisser en état de choc. Troquant la robe contre le pantalon, fusil à l’épaule, son nouveau statut suffit à changer la direction du récit. Une évolution logique lorsque l’on repense aux personnages de Gaylen Ross dans Dawn of the Dead (qui se maquillait avec son gun dans les mains) et de Lori Cardille dans Day of the Dead (qui tenait tête à un tribu de macho dégénérés).

Un joli effet papillon débouchant sur un épilogue très différent mais tout aussi hargneux et désespéré que celui de son modèle : dans une ambiance anti-NRA faisant écho à la partie rurale de Zombie, Barbara parcourt la carte d’un monde qui ne sera plus jamais le même, où quand les morts font ressurgir le pire des vivants. C’est dire si Savini avait bien compris l’acidité politique de son ami Romero (qui lui repiquera son propos pour Diary of the Dead) : les images du générique et ses photos sépia sur fond de musique rock, comme surgies d’une tombe fraîchement ouverte, renvoient alors aux pires heures de l’humanité. «They’re us. We’re them and they’re us».

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