Depuis le grenier, Saburo observe en secret les habitants d’une pension, leurs manies et leurs travers. Jusqu’à ce que la criminelle Minako lui rende son regard, scellant dès lors leur perverse complicité.

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas parlé des Roman Porno (mélange de romantique et pornographique), genre prospère au Japon durant les années 70 montrant à quel point l’érotisme nippon relève d’un art complexe à base d’éléments inattendus. Comme vous le savez sans doute, bande de pervers, lors de cette décennie, les dirigeants de la Nikkatsu, la plus ancienne major japonaise obligée de se recycler dans une industrie cinématographique en perte de vitesse, ont enchainé les productions du genre à une cadence infernale (7 films par mois avec, économie oblige, des équipes techniques très réduites à une vingtaine de techniciens et des tournages excédant rarement une quinzaine de jours), exploitant à l’envi les frustrations sexuelles d’un public essentiellement masculin (euphémisme) et donc répondant à des cahiers des charges stricts: durée courte de 70/80 minutes pour être projetés en double programme, obligation d’intégrer une scène de sexe toutes les six minutes, ne pas représenter organes sexuels ni poils etc. Derrière ces contraintes, on trouve, surprise, des films majoritairement soignés en termes visuels, presque tous en CinémaScope, et une certaine liberté artistique, autorisant notamment les visions d’auteur. Parmi eux, se trouve Noboru Tanaka, réalisateur ayant commencé comme assistant de Shohei Imamura et de Seijun Suzuki, dont les films se sont régulièrement distingués du tout-venant, reposant sur une vraie réflexion cinématographique, jouant des oxymores et des contrastes. Et parmi ces films, citons l’un des meilleurs: La maison des perversités, réalisé en 1976, titre qui a le mérite d’annoncer la couleur.

Le réalisateur du Marché Sexuel des Filles (1974) et de La Véritable Histoire d’Abe Sada (1975) retrouve ainsi le scénariste Akio Ido et l’actrice Junko Miyashita pour cette adaptation de deux nouvelles imbriquées d’Edogawa Rampo (pseudo emprunté à Edgar Allan Poe): Le Promeneur dans le Grenier et L’Homme Chaise. Et prend un plaisir très manifeste à s’attacher à ce voyeur solitaire épiant de son grenier chéri les occupants d’une pension bourgeoise s’adonnant à toutes sortes de plaisirs. Plus surréaliste que jamais, Noboru Tanaka construit un univers reposant sur la délicate juxtaposition d’éléments contradictoires. Derrière l’érotisme de commande, une incroyable étude sur le voyeurisme (le mateur du film et le spectateur, même combat, hein) et une vraie poésie proche de l’onirisme, donnant lieu à de drôles de scènes (poison versé dans une tasse par le trou du plafond, canapé qui parle, clown bizarre…) que les dirigeants de la Nikkatsu ont dû regarder avec des yeux écarquillés. Ce n’est d’ailleurs pas pousser le vice que d’y voir plus et mieux qu’un vulgaire objet masturbatoire. Soit des jeux de miroir, du rêve, de l’étrangeté pure et de la psychanalyse pour mieux interroger les pulsions scopiques (comme chez Michael Powell, parfaitement, madame). Autrement, comment expliquer une telle construction de l’espace – le grenier représentant la tête et le salon, où ont lieu les ébats, le reste du corps? Fallait y penser, Noboru Tanaka l’a fait.

Titre original : Edogawa Ranpo ryôki-kan: Yaneura no sanposha
Réalisation : Noboru Tanaka
Année : 1976
Origine : Japon
Durée : 76 min.

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