Ce n’est pas tous les jours qu’on est poussé à faire du cinéma par Pasolini en personne: c’est justement ce qui est arrivé à la cinéaste Helma Sanders-Brahms qui rencontra le réalisateur et poète sur le tournage de Médée (1969), à la faveur d’un reportage. Motivée par les saintes paroles, Brahms ira contre tous les vents, remarquée et applaudie au Festival de Berlin avec Allemagne Mère Blafarde (1980), où elle raconte la vie de sa mère (et un peu son enfance) durant la Seconde Guerre mondiale. Son absence de concession marque et fascine, et va perdurer avec La fille offerte, présenté quant à lui à la Quinzaine au Festival de Cannes l’année suivante. Un choc qui n’a pas survécu entre les mains des cinéphiles, comme bon nombres de bandes achtung achtung de la même époque (The Fan, Babylon, Second Sight, Dekoder, Neon city…). Et warum? On ignore de le savoir.

Force est de constater qu’il n’est pas évident évident, le film de la Brahms, à contempler tout ce qu’il y a de plus dur à encaisser ou de plus difficile à regarder. Ici, ce sont les pérégrinations de Veronika, une jeune fille de vingt ans et des poussières, atteinte de schizophrénie. En grande religieuse qu’elle est, elle voit Jésus partout, même dans les hommes qu’elle croise. Alors, elle s’offre à eux dans les endroits les plus insalubres. Veronika ne regarde ni leur âge, leur condition physique ou leur couleur de peau: il y a un vieux magicien qui enlève un dentier pour rouler des galoches, des immigrés entassés dans une chambre, un homme en fauteuil… Elle pensera même trouver le Bon lorsqu’un amant de passage acceptera sans problème de se rouler dans ses menstrues, transformant un coït en boucherie joyeuse.

Le tout au rythme de tentative de suicide régulière: hier c’était les poignées; demain, qui sait, elle se trouera la gorge. En asile, elle se débat et hurle pendant un temps. Puis ressortira. Et y reviendra. Nue dans la neige, camouflée au milieu des prostituées, à l’ombre dans une secte religieuse, Veronika cherche mais ne trouve pas. Brahms, retranscrivant les douloureux écrits d’une certaine Rita G, n’apportera aucune solution, aucune échappatoire à son malheur: il y a les joies, les peines, et le mur immense contre elle se heurte sans arrêt. Et un autre mur, bien réel celui-là. Car La fille offerte a quelque chose du voisin de palier réaliste de Possession (Andrzej Zulawski, 1981), avec le même Berlin Ouest en morceaux, ses chambres comme autant de cryptes et sa folie qui galope, impossible à réfréner. Et Dieu/Jesus, comme un espoir… Ou une épée de Damoclès. J.M.

Réalisation: Helma Sanders-Brahms
Avec: Elizabeth Stepanek
Durée: 1h48
Sortie: 1983

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