“La double vie de Véronique” de Krzysztof Kieslowski ressort en salles

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Il est des films qui peuvent hanter toute une vie et, de toute évidence, pour beaucoup d’entre nous au Chaos, La double vie de Véronique, de Krzysztof Kieślowski, en fait partie. Ce film, d’une intelligence émotionnelle rare, ressort le 6 octobre dans les salles françaises. Histoire: Weronika (Irène Jacob) vit à Cracovie et Véronique (Irène Jacob) à Clermont-Ferrand. Les deux jeunes femmes se ressemblent en tout point. Toutes deux ont une voix magnifique et sont dotées d’un sens de la musique tel qu’elles chantent à merveille. L’une et l’autre souffrent également d’une malformation cardiaque. Leurs destins semblent diverger lorsque Weronika meurt peu après un concert. Un film d’une mélancolie foudroyante, sur le mystère du monde tout en étant un mystère lui-même, qui fait partie de nos films préférés au monde.

La double vie de Véronique de Krzysztof Kieślowski ressort le 6 octobre en salles. On parle parfois, et de moins en moins, il faut le reconnaître, de films qui provoquent un avant et un après. Si je devais en citer un seul, ce serait Freaks de Tod Browning, découvert à 13 ans. Si je devais en citer un second, ce serait celui-ci, ce film-là, sur deux femmes qui se ressemblent, vivent simultanément dans deux pays différents, se croisent et se manquent. Je l’ai découvert un soir d’été dans les années 90 sur une vieille VHS après une diffusion sur Arté et trois étoiles dans le magazine TV des familles. Et qui, saut dans le vide, a mis en images bon nombre de pensées secrètes. Quand Véronika voit Véronique sur la place du Marché de Cracovie, que cette dernière ne la voit pas sur le moment, mais comprend, bien plus tard et bien trop tard, que Veronika l’avait vue, ça résume une vie à passer à côté de ce qui saute aux yeux, comme le nez au milieu de la figure, à repenser à ce rendez-vous manqué, comme on ressasse une vieille peine dans son coin, sans réussir à la partager. Aussi, quand, plus tard, Véronique suit la piste (magique, au fond) du marionnettiste qui, dans le même monde qu’elle, dans la même réalité qu’elle, joue au même jeu du mystère, qu’elle le suit parce que lui, et lui seul, aurait peut-être le secret de tout ce qui la dépasse et qu’elle tombe sur une résolution décevante, absolument pas à la hauteur de ce qui la travaille, cette non-réponse à des questions aussi simples que « ressens-tu la même chose que moi ? Vois-tu la même chose que moi ? Entends-tu la même chose que moi ? » se vit comme la plus cruelle des désillusions. Parce qu’on y a cru et qu’on s’est définitivement planté sur tout. Mais dans le film, et c’est aussi sa beauté, ce n’est pas vécu comme une tragédie, parce que le mystère reste en soi et continue de travailler ailleurs. Si ceux qui ont vu ce film continuent à ce point de l’aimer des années après, c’est pour cette raison. Ce feu-là, cette intelligence émotionnelle-là, ce rapport au monde et à la solitude, cette manière de ressentir et de voir le monde avec les mêmes yeux. Rien n’est évident dans La double vie de Véronique; et pourtant, ceux qui voient tout ce qu’il y a à voir comprennent absolument tout, jusqu’au moindre reflet, jusqu’au moindre frémissement. Le film, je ne l’ai jamais oublié, la bande-son de Preisner, je continue de l’écouter en 2021. C’est un film à transmettre, comme si on confiait son secret le plus intime, comme pour dire : toi aussi, tu ressens ça ? Et pour se sentir moins seul. RLV

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