Une dernière fois, premier long métrage d’Olympe de G. et premier film pornérotique de Brigitte Lahaie depuis 1995, sera diffusé sur Canal+ le 6 juin 2020, à minuit. Le Chaos l’a vu. Verdict.

Entouré d’un carré rose, le nom de Brigitte Lahaie fait encore bondir. Icône du X gaulois, muse de Jean Rollin, bonne fée des ondes: une reconversion qui ne nie pas les joutes du passé, appuyant l’image d’une femme libre, assumant dans la douceur. Ce que n’avait pas oublié par exemple Fabrice Du Welz en l’employant, ne serait-ce quelques secondes, en infirmière brûlante de désir dans son Calvaire, clin d’oeil à ses années libertines dont elle mettra un terme au début des années 80 (du moins seulement dans le milieu du X). Joie d’apprendre donc l’existence de Une dernière fois, sorte d’ultime adieu (ou de regard dans le rétro?) à son ancien métier d’actrice pornographique, où elle décide de se dévoiler du haut de ses 64 ans devant la caméra d’Olympe de G, grande habituée des productions féministes et pornographiques d’Erika Lust. Pas une surprise quand on voyait son Take me through the looking glass, dont le titre et l’esthétique néon avaient une saveur en bouche très 70’s. Mais Brigitte ne sera pas Brigitte. Elle est Salomé, une célibataire sexagénaire sans souci, toujours belle, qui passe une annonce dans le journal comme si on était en 1985: elle ne veut plus continuer dans sa vie, en a assez vu, assez fait, et veut jouir une dernière fois, chercher la petite mort avant la grande.

On pense bien sûr à Devil in Miss Jones, où Georgina Spelvin explorait les plaisirs terrestres avant de plonger en enfer. Mais Olympe de G préfère l’espoir au moribond. Une documentariste filme l’euthanasiée de la baise nuit et jour, guettant les moments d’extase, échange aux heures perdues, scrute son quotidien. Les élus défilent alors dans l’appartement. Mot d’ordre: diversité, autant des corps que des peaux. Aucune scène ou aucun participant ne se ressemble, loin de la mécanique serrée du porno lambda. Tout est bien pensé (Arsene Laclos, habitué de sex podcast, fait jouir avec sa bouche et on y croise Francis Mischkind, ancien patron d’Alpha Blue et une star du straight-porn, Rico Simmons, ici queerisé), paradoxalement parfois trop: à l’image de la scène finale, où l’on quitte la caméra au poing, où l’on attend «les fusions d’enfer au paradis» comme le chantait Brigitte dans les années 80. Mais le sentiment d’abandon attendu reste sur la touche, même si on apprécie le geste. Ce qu’on aime par-dessus tout finalement, c’est quand Lahaie occupe l’espace, qu’elle parle de son corps et de ceux des autres, qu’elle se joue des attentes masculines, qu’elle s’observe elle-même (très belle scène de cuni et son revisionnage presque amer). Parfois, on se doute que ce n’est plus Salomé qui parle mais bien Brigitte, en particulier dans cette volonté de pudeur, comme avec ce refus de filmer son sexe en gros plan. On retrouve bien là le naturel désarmant, cette sensualité sans brusquer, qui fait bel et bien que Brigitte is always Brigitte.

Diffusion sur Canal+ à partir du 6 juin 2020

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