“La collectionneuse” de Eric Rohmer: à voir, avec Gautier, aux Écoles Cinéma Club

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Nous présentons La collectionneuse de Eric Rohmer ce jeudi 23 janvier aux Écoles Cinéma Club, à la généreuse initiative du festival Cinémiroir. Les amis du chaos sont évidemment les bienvenus.

“La Collectionneuse, c’est l’histoire d’une pensée. Mais l’unique moyen de la faire apparaître chez le protagoniste, c’est de montrer celui-ci au moment où il s’efforce de ne plus penser. Car la contradiction est toujours un révélateur.”

Saint-Tropez, été 1967. Deux amis hors des clous se retirent un mois dans la maison prêtée par un ami commun, jouant les anachorète estivaux, refusant la moindre compromission avec la vie moderne. C’est bien simple: rien ne pourra perturber un isolement essentiellement consacré à l’oisiveté et au refus de penser (à l’époque quand on refusait de penser on lisait Rousseau: c’est peut-être le seul point où le film a un peu vieilli…). Débarque alors une inconnue qui, bikini et postures lascives aidant, va mettre à mal les plans de nos deux anti-héros huysmansiens. Une collectionneuse qui accumule les conquêtes avec une telle désinvolture que son indifférence à l’égard de nos deux Narcisse ne peut que puer le scandale…

Oui, Eric Rohmer est un cinéaste chaos, et ce film où deux amis passent leur temps à sermonner la scandaleuse Haydée Politoff (“tu es une petite salope sans morale!”) en est la démonstration la plus pure. Tout dans le film respire l’ascèse – celle du pingre et catholique Rohmer – contrariée par un bouillonnement interdit, celle d’un cinéaste pervers au sens le plus noble du terme, utilisant sous la forme du “cinéma-vérité” un relais à ses fantasmes proscrits. Quel plus beau crachat envoyé à la gueule de cellezéceux qui souhaite la mise au pas “représentative” du septième art sur la réalité sociologique, réalité qu’ils modèlent d’ailleurs selon ce qui les arrange?

On ne sait pas trop si La collectionneuse prône l’austérité ou le vice: c’est qu’on y met une discipline olympique à ne rien faire, qu’on y maugrée sur la société des apparences tout en étant soi-même très vaniteux, et que l’amoralité qu’on revendique passe par un discours curieusement très normatif… Le chef-d’œuvre ambigu du père Rohmer, peut-être le film où l’on passe le plus de temps à ne rien faire affalé sur un canap’, et qui, en plus d’être une “partouze mentale” (dixit Pierre Rissient) où l’on ne voit pas un seul corps nu, recommande de foutre son patron au feu: “Je sers mieux la cause de l’humanité en paressant qu’en travaillant. Il faut avoir le courage de ne pas travailler”.

A l’époque les critiques du Masque et la Plume avaient vu en lui un film ringard et totalement dépassé (mouarf): quand on voit les cris d’orfraie suscités aujourd’hui par Une fille facile (double mouarf), on se dit qu’il serait bien difficile de produire un truc comme ça aujourd’hui.

Rendez-vous aux Ecoles Cinéma Club (métro Maubert-Mutualité, Rohmer oblige) ce jeudi 23 janvier à 19h30 pour une séance et une discussion des plus chaos!