[LA CÉRÉMONIE DES SENS] Antonio D’Agostino, 1978

Après Salo, le déluge. Ou presque.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Difficile de se dire que la mise en chantier de films tels que Salon Kitty ou 1900 peu après le chef-d’œuvre de Pasolini soit due au hasard le plus complet. Doit-on leur en vouloir? Foutre non, surtout vu toutes les différences qui séparent les trois œuvres. Mais en fouillant, on peut aussi trouver moins malin et plus littéral comme déclinaison déviante de la salle de torture fasciste (en partie) inventée par Pasolini. Rien ne vaut mieux que le scandale pour se faire remarquer a dû se dire à l’époque Antonio D’Agosti, surtout connu pour avoir barboter sans vergogne dans le Hard, avec des titres peu glorieux et avouons-le, médiocres. Pourtant, son premier long décalquant sans vergogne certains éléments de Salo vaut davantage le détour, en tout cas si on veut bien mettre de côté le geste purement opportuniste.

Plutôt que le réalisme glacé et orageux, Agostino préfère un surréalisme Bunuelien en plus trivial, bande mystico-racoleuse type de la marmite bouillante du cinéma d’exploitation italien. Un homme a la beauté insensée (mystérieux Franco Pugi qui retournera dans les abysses dont il venait) y est proclamé comme le nouveau Christ, découvrant malgré lui les activités insalubres de l’élite italienne. Bourgeoises bouffies, pervers pépère, ecclésiastiques du genre éclectiques : tous réunis dans des manoirs pour des partouzes v.i.p où des jeunes gens sont soumis au bon vouloir de leur bourreaux. Salut Salo. En guise de festivités, une harpie pleine de seins invitent tout le monde à vider intestins et vessie sur le sol, dans une bonne ambiance «chic shit». Presque à deux doigt du plagiat, Agosti préfère pourtant la grimace à l’horreur, le kitsch au marbre de la tombe. Comme lorsque Eva, star trans que Dario Argento habillera de talons rouges dans une scène mémorable de Ténèbres, émerge d’une bouche géante façon Dali pour offrir son corps spectaculaire à l’assemblée. Plus loin, on parodie la Cène, avec des émissaires pompés sous la table alors que les victuailles s’amoncellent sur la table. Christ largué face aux corrompus qui ’hésitent pas à l’instrumentaliser pour ressusciter une figure maléfique (le Dulce sans doute, puisque nous ne sommes plus à une provocation près). Du blasphème de sale gosse, parfois de bon aloi, comme lorsque le Jesus tout désigné fait l’amour à une Marie Madeleine de circonstance dans une église peuplée d’enfants de chœurs et de prêtres lubriques.

Tout y est asséné au marteau et au burin (jusqu’à l’inévitable crucifixion), mais la belle consistance visuelle de la chose pardonne l’effronterie. Toute une époque comme dirait l’autre.

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