En 1981, des résistants afghans, rescapés du bombardement d’un village par les troupes soviétiques, partent à l’assaut d’un énorme tank russe. A bord, la tension monte entre le commandant brutal (George Dzundza) et son pilote, pacifiste (Jason Patric).

Pendant la guerre d’Afghanistan, en 1981. Un village afghan ravagé par la guerre. En mission punitive, les chars soviétiques opèrent au lance-flamme. Un résistant halluciné tire sur un tank. Le capitaine tyrannique de l’équipage (George Dzundza) ordonne de l’écraser. Un conducteur à lunettes (Jason Patric) obéit en dépit de son dégoût, de son horreur. Le capitaine est une brute, mais il avait huit ans à la bataille de Stalingrad, comme il le raconte le temps d’un soliloque inoubliable d’intensité, jetant des cocktails Molotov sur des panzers; il a vu son père pendu par les Allemands. A travers son histoire, les effets de la violence sur la psyché humaine. Le reste de l’équipage est composé d’un brave type mais apeuré (Stephen Baldwin), d’un voyou opportuniste (Don Harvey), d’un interprète afghan (Erick Avari). Et le tank, cette bête de guerre, d’avancer dans de magnifiques montagnes ravinées comme un véhicule déglingué perdu dans un désert lunaire. L’horreur et la folie des hommes dans un théâtre de l’absurdité où tous les points de vue sont respectés.

Mal vendu en son temps comme un simple film de guerre riche en testostérone et en pyrotechnie, La Bête de guerre est en réalité un violent film anti-belliciste montrant deux points de vue qui ne sont pas ceux des Américains (les soldats russes et les soldats moudjahidines) et soutenant, aux antipodes du manichéisme d’alors, qu’il n’y a pas les bons d’un côté et les mauvais de l’autre mais seulement un tank qui rend fou les deux camps. Exaltant aucune valeur guerrière, on comprend mieux pourquoi il a fait un bide à sa sortie dans les salles US. Mais on comprend tout autant pourquoi c’est devenu par la suite un film culte, redécouvert pour ce qu’il était réellement après coup, parcouru par la musique hypnotique signée Mark Isham, s’ouvrant sur une citation extraite du poème The Young British Soldier de Rudyard Kipling et déjouant à-peu-près toutes les ornières redoutées (pas le moindre gramme de héroïsme, que des hommes devenus fous par la guerre).

Derrière la caméra, Kevin Reynolds qui, avant son Robin des Bois, prince des voleurs et son Waterworld qui a fait tant coulé d’encre à sa sortie, illustre avec croyance en ses effets une pièce de théâtre de William Mastrosimone intitulée Nanawatai (qui signifie “asile” en pashtoun) que le dramaturge a écrit après le visionnage d’un reportage sur l’Afghanistan dans lequel un char écrasait les mains d’un enfant. Ici, la virtuosité n’est jamais vaine (pas de gabegie d’effets mais des plans savamment composés afin de mettre en opposition comme dans un western l’homme et la nature, l’horreur et la beauté), elle raconte toute l’ambivalence et la complexité des hommes derrière les armes de guerre sans que ça bascule dans l’angélisme ou que ça devienne démagogique et politiquement correct.

Porté par cette mise en scène physique et brute, tourné dans le désert de Néguev en Israël dans de magnifiques montagnes ravinées, La bête de guerre raconte cette trajectoire d’un tank fou, cette bête de guerre métallique dans la beauté minérale silencieuse des paysages, qui poursuit sa route jusqu’à la folie alors que la jauge d’essence diminue et que les munitions manquent. Au sein de l’équipage, les tensions montent et face aux soviétiques, des Afghans, menés par le leader Taj (Steven Bauer), munis d’un lance-roquettes et venus réclamer vengeance. Et le récit de prendre une dimension mythologique en faisant allusion à David l’emportant sur Goliath. Pour autant, rien ni personne n’est à sauver. Il n’y a de toute façon rien à sauver dans une guerre. Et dans l’Amérique de Reagan, les Américains ont préféré voir Rambo III sorti la même année. L’absence de “héros américain” aura donc été fatal à ce grand film de guerre sur ceux qui la font, décrié à sa sortie comme un machin bas du front et s’inscrivant en réalité dans la veine des Raoul Walsh, Samuel Fuller, Stanley Kubrick, Francis Ford Coppola. Montrant, à hauteur d’hommes, quelque chose de leur souffrance intime. Raison de plus pour le découvrir.

Titre original: The Beast. Réalisation: Kevin Reynolds. Scénario: William Mastrosimone. Musique: Mark Isham. Avec: George Dzundza, Jason Patric, Steven Bauer, Stephen Baldwin, Donald Patrick Harvey. Sociétés de production A&M Films & Brightstar Films – États-Unis – Durée: 1h51 –
Sortie 1988

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