[KOKO-DI KOKO-DA] Fais-moi peur, Johannes Nyholm

DIS T’ES KI TOI? ET TOI T’ES SUR KI KOKO? Avec son terrible Koko-Di Koko-Da (en salles ce mercredi), le jeune réalisateur Johannes Nyholm fait vraiment du bien au genre. Di-Ko-ko-di-ko-ko-da.

INTERVIEW: JEREMIE MARCHETTI / PHOTO: GUS KAAGE

Quand vous avez réalisé votre court Speldosan (qui est donc la première partie du film), aviez vous d’emblée l’idée d’en faire un long?
En fait ça s’est plutôt passé dans le sens inverse. La partie que j’ai utilisé pour le court métrage est arrivée assez tard. Koko-di Koko-da avait besoin d’un prologue, et j’avais un budget très très limité car ma boîte de production à ce stade là n’était pas vraiment dans les petits papiers des fonds nationaux. C’est pour ça que j’ai décidé de faire un court métrage, et d’utiliser ce court métrage pour mon long métrage.

Comment avez-vous procédé pour trouver cette vieille comptine et toute son imagerie autour: la boite à musique, les trois personnages…?
Je chantais beaucoup cette comptine quand j’étais petit. J’aimais beaucoup l’ambivalence de cet tonalité enfantine avec des dialogues assez flippants et morbides (NDLR. Il s’agit chez nous de la comptine Le coq est mort). En ce qui concerne l’univers, les trois personnages sur la boîte à musique me sont apparus pour la première fois au cours d’un rêve. Puis j’ai réalisé que d’autres gens les avais vus, ou même rencontrés eux-aussi, et qu’ils appartenaient à une sorte de folklore Nordique un peu obscur.

Une des nombreuses idées étranges du film est d’avoir subitement changé d’actrice pour la scène du petit théâtre…
C’est une longue histoire qui explique cette idée. En fait, j’avais énormément de difficultés à trouver un chat blanc qui se laisse diriger pour faire des choses assez élaborées dans les bois. Les chats n’arrêtaient pas de s’échapper et n’avaient bien sûr aucune envie de se retrouver dans le film. Donc je me suis dit qu’il serait plus simple si l’on trouvait un chat ayant directement grandi dans cette forêt. Alors on a posté des annonces, sans grand espoir d’autant que les chats blancs sont assez rares, mais on a eu une réponse. Le chat avait l’air si cool, ses marques partout sur le visages suggéraient toute une vie de combats de chats, et en plus il avait grandi juste à côté de là où on tournait. Je savais que j’avais trouvé le bon chat. Quand on va récupérer le chat en question, une femme ouvre la porte, et là je suis complètement abasourdi tant elle ressemble à notre actrice principale en plus âgée. Je savais d’instinct que ça n’était pas un hasard et qu’il fallait lui proposer de faire partie du film. Maintenant, je réalise à quel point c’était important d’opérer un changement d’actrice à ce moment précis du film, car le personnage revit sa propre vie et traverse une vie de chagrin à travers cette scène du petit théâtre, ce qui la fait vieillir.

Pouvez-vous m’en dire plus sur cette campagne de crowfunding autour de ce bus dédié au film?
C’est tellement difficile d’attirer l’attention des gens, et de les faire se déplacer au cinéma! Alors on a essayé de joindre l’utile à l’agréable, de proposer quelque chose de vraiment original dont les spectateurs se rappelleront pendant longtemps. Je me rappelle quand j’étais petit, il y avait un bus qui faisait office de vieux théâtre de marionnettes et parcourait les routes Suédoises. Y entrer était comme entrer dans un univers parallèle. Il y avait une scène de théâtre miniature et on pouvait être jusqu’à 40 personnes entassées là dedans. On perdait tout sens des proportions dans ce microcosme, et j’avais moi-même l’impression d’être une marionnette. C’est en me remémorant tout ça, qu’on a imaginé ce que serait le nec plus ultra de l’expérience cinéma pour Koko-di Koko-da. On a eu beaucoup de chance en pouvant emprunter le vieux bus de marionnettes, et le re designer. La campagne de crowdfunding a servi à financer ces dépenses. On a parcouru les routes suédoises pendant deux semaines avec ce bus. Les spectateurs étaient vraiment engagés, ces projections avaient une dimension vraiment personnelle. On avait l’impression parfois de faire partie d’une même famille, et de vivre quelque chose de vraiment définissant et chargé de sens, tous ensemble.

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