Seconde production coréenne cofinancée par Netflix, Kingdom associe le drama coréen ultra-populaire au pays du matin calme avec le genre usé et séché comme une momie du film de zombie. Trois ans après le glorieux et vivifiant Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho, Kim Seong-hun, réalisateur des efficaces Hard Day et Tunnel, a-t-il réussi à reproduire le miracle?

PAR MORGAN BIZET

Kingdom est l’adaptation de The Kingdom of the Gods, web graphic novel de Kim Eun-hee sortie en 2014, qui officie ici en véritable showrunner. L’action de la série se situe à l’ère Joseon (1392-1910), à une période médiévale superbement retranscrite par la scénariste et le réalisateur sur les six épisodes composant cette première saison. Ne vous inquiétez, si vous n’êtes pas initié à l’histoire de Corée, la série, à l’exposition complexe, se saisit d’épisode en épisode, et les intrigues de cour n’auront plus de secret pour vous. Car Kingdom est d’abord un récit de lutte de pouvoir. Le roi est depuis un certain temps invisible, reclus dans sa chambre. Personne n’a le droit de le voir, pas même son fils, le Prince héritier. La rumeur dit qu’il est atteint de variole, d’autres pensent qu’il est mort, et que son décès est caché au peuple. Derrière ce silence se cache un complot organisé par le clan de la nouvelle et jeune reine, enceinte, qui hériterait du trône si un fils naissait de cette union avant la mort officielle du roi.

Principal ennemi de cette conspiration, le Prince est forcé de fuir le domaine royal après qu’on l’ait accusé de trahison envers la couronne. Il part à la recherche du médecin qui aurait soigné le roi, dans le sud de la Corée. A son arrivée, il fait face à une épidémie qui transforme ses victimes en zombies affamés de chair qui attaquent à la nuit tombée et plongent dans un repos salutaire pour les survivants dès que les premiers rayons de soleil apparaissent. Peu à peu, le Prince commence à comprendre qu’un lien existe entre ces créatures et le silence du roi.

Les plus blasés y verront une copie à peine cachée de la trame principale de Game of Thrones les zombies remplaçant les fameux marcheurs blancs. Toutefois, au gavage incessant et éreintant de la série phare de HBO – trop d’intrigues, de sous-intrigues, de personnages, etc. – Kingdom oppose une certaine respiration cinématographique bienvenue. Après le premier épisode, le récit est scindé en deux, entre complot à la capitale et survie du prince en territoire hautement hostile au sud. Un découpage qui laisse le temps à la construction des scènes, Kim Seong-hun faisant preuve d’un véritable savoir-faire, que ce soit dans sa peinture de l’époque et ses magnifiques couleurs automnales, ou dans l’horreur pure.

Le tour de force Kingdom, c’est de proposer de vĂ©ritables moments de terreurs, en pleine nuit au moment des attaques et mĂŞme le jour, lorsque les hĂ©ros dĂ©couvrent les cachettes des monstres, ou bien tout simplement Ă  l’idĂ©e de prĂ©parer l’enfer qu’ils vont vivre au coucher du soleil. Cet Ă©tat de stress permanent rappelle Ă©videmment Dernier train pour Busan oĂą les protagonistes doivent passer d’un wagon Ă  l’autre, comme s’il s’agissait de niveaux de jeu vidĂ©o, la difficultĂ© Ă©voluant exponentiellement. Kingdom a simplement remplacĂ© ces wagons par son brillant système jour/nuit.

Toutefois la série n’est pas parfaite, et on peut lui reprocher la fadeur de ses personnages principaux, un quatuor formé du Prince, de son fidèle garde du corps, d’une courageuse femme médecin, et d’un énigmatique guerrier déchu. Au fil des épisodes, le récit se concentre sur ces quatre là et l’ennui pointe le bout de son nez avant les promesses de l’épisode final. C’est d’autant plus dommage qu’on retrouve ici un des acteurs principaux du sympathique thriller politique The Spy Gone North sorti l’année dernière et surtout Bae Doona, actrice emblématique des dernières productions des Wachowski (dont Sense 8) et des premiers Park Chan-wook et Bong Joon-ho.

D’autres pourront lui reprocher son aspect binaire, soit une vision sans nuance de l’aristocratie coréenne et des riches comme figure ultime du mal face à une population exploitée, trompée, affamée. Les affamés justement, se sont aussi les morts-vivants et on ne peut que louer cette belle inspiration venue du cinéma du maître George Romero. Cette horde de zombie n’est que la masse des affamés qui se soulève et accoure vers le nord et la capitale en dévorant tout sur son passage. Pas anodin d’ailleurs que l’acte de départ de l’épidémie soit lié à la famine qui ravage le peuple coréen. Dans l’hospice du médecin du roi qui recueille des laissés pour compte, malades ou blessés, un homme décide de venir en aide à ses comparses en mêlant secrètement à la soupe les restes d’un cadavre contaminé. Dans la réaction dévorante des démunis, on peut déjà y voir en puissance leur devenir zombie. On espère donc que la saison 2 de Kingdom gommera les défauts majeurs des six premiers épisodes, mais surtout parviendra à garder ses qualités en l’absence déjà hélas confirmée de Kim Seong-hun.

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