Kikiveut du Pre-CAT III?

Le pre-CAT III. Sous ce nom de code obscur se cache une manière simple et chic de résumer cette étrange période entre le début des années 70 et le milieu des années 80 où le CAT III, la légendaire classification des films hong-kongais jugés «extrêmes», n’existait pas encore. Ce qu’on sait moins, c’est que le cinéma d’horreur et/ou à tendance trash existait déjà, et nombreux furent les films produits par la Shaw Brothers, que l’histoire retenue surtout pour ses classiques du kung-fu. Peu cités, même par les amateurs, ces nombreuses bandes ultra-déviantes et parfois sacrement rentre-dedans n’avaient strictement rien à envier à la série z italienne ou au grindhouse américain. Sac à vomi sur votre fauteuil, toilettes au fond de la salle, et sortie derrière: installez-vous pour dix films gratinés.

Camp d’amour pour chiens jaunes (Chi-Hung Kwei, 1973)
Réponse de la Shaw Brothers au diptyque de Jack Hill The Big Doll House / The Big Bird Cage, Bamboo House of Dolls a décidé qu’il pouvait faire pire. Ou plutôt faire meilleur dans le pire. Commençant sur la mise à sac d’un hôpital avec l’infernal Adonai de Ennio Morricone en fond (pas très légal mais ça colle parfaitement aux images, donc…), ce Women In Prison fouine du côté du prétexte historique (des jeunes femmes chinoises et occidentales sont balancées dans un camp de méchants japonais) pour se lâcher sur les coups de fouets et autres tortures à répétions. Empaqueté dans un scope sacrément classe, tout n’est évidemment que décadence, crêpage de chignons seins à l’air et misogynie larvée histoire de justifier une belle révolte sanglante en fin de bobine. On aura même droit à l’inévitable gardienne lesbienne, le liner on fleek et le gode ceinture bien attaché. Qu’est ce que c’est con oui, mais en ce qui concerne le cahier des charges du WIP model, en voilà un qui a bien mérité son susucre.

The Kiss of Death (Ho Meng-Hua, 1973)
Comment lier à coup sûr exploitation crasse et film de tatanes? Avec un rape & revenge des familles, bien sûr: une gentille ouvrière, violée par un groupe de saligauds un soir en rentrant chez elle, perd pied et trouve refuge auprès du patron d’un bar, expérimenté dans la défense bimbamboom. Si le film nous en donne clairement pour notre argent (l’héroïne, en robe de soirée, clairement en mission castration, explose les parties d’un de ses agresseurs à coup de pioche dans un cimetière: groovy), il est aussi une preuve criante qu’un rape & revenge n’a pas nécessairement «féminisme» marqué son front: le récit ne laisse aucun répit à son héroïne qui, en plus des agressions à répétitions, voit sa vie raccourcie par une maladie vénérienne mortelle! Et ne devra son salut qu’à son homme, jusqu’à sa fin forcément tragique et spectaculaire. Sûr qu’on est pas là pour la finesse…

Lost Souls (Tu-Fei Mou, 1980)
Alors que les films de magie noire de la Shaw Brothers maintenaient une certaine illusion (du fantastique dégeu, mais du fantastique quand même: Black Magic 1 et 2, Oily Maniac…), Lost Souls, lui, se vautre dans la fange absolue. On doit cette récréation infernale au futur papa de Camp 731 (1988), mythique CAT III qui illustrait les pires horreurs commises durant la seconde guerre mondiale au nom de l’histouâre avec un grand H. Une spécialité d’ailleurs de Tu-Fei Mou, qui récidivera encore avec Black Sun: The Nanking Massacre (1995). Dans Lost Souls, l’équilibre exploitation/leçons d’histoires y est très, mais alors très, fragile. Sous couverts de montrer le sort d’une poignée de migrants débarquant à Hong-Kong, Mou nous refait un Salo de fortune, filmé à même la paille et le bois, et filmant complaisamment des cohortes de scènes de viols ou de violences de toute sorte (la «femme ballon» ou la «table humaine», on vous laisse la surprise…). Le spectacle, outré et malaisant, pose assurément – et sans trop le savoir – certaines limites du cinéma d’exploitation.

Corpse Mania (Chi-Hung Kwei, 1981)
Encore un des rares films d’horreur pre-Cat III à ne pas faire surgir d’éléments surnaturels. Mais croyez le bien, il se rattrapera sur le reste! Ce Jack l’éventreur made in HK reprend les motifs chères à la Hammer (ambiance putride, nuits brumeuses, prostituées esseulées, tournage intégralement en studio..) tout en y injectant une piqûre de rappel esthétique très «mariobavesque» (du bleu! du rouge! du vert!) Le trait d’union avec toutes ses références européennes, c’est bien sûr le parfum cracra qui se dégagent des scènes horrifiques, entre explosion de mannequin en mousse, meurtre fulgurant et scène de soin funéraire un peu trop attentionnée.

Hell has no Boundary (Chuan Yang, 1982)
Motif très courant au rayon magie noire dans l’horreur HK: la femme possédée par un esprit revanchard. C’est le cas par exemple de Spirit of the raped (1976) qui s’acharne outrageusement sur son héroïne pendant une demi-heure (menacée, humiliée, violée, arnaquée, tabassée puis suicidée) pour justifier sa vengeance d’outre-tombe (incluant une pustule se changeant en doppelgänger monstrueux ou du priapisme mortel). Plus adroit tout de même et moins linéaire ce Hell has no boundary, ou une fliquette en vacances avec son compagnon a le malheur de croiser une âme perdue qui va prendre le contrôle de son corps. Il ne faudra pas attendre longtemps pour voir la jeune femme s’acharner sur un gosse à coup de pique de barbecue avant d’essayer de le noyer! Cercueil rempli d’asticots, attaque de rouleau de pq (!!!) ou victime brûlante contrainte de s’asperger de vomi: on ne s’habitue décidément pas totalement à la cruauté trash et sans limites du cinéma fantastique HK!

Red Spell, Spells Red (Titus Ho, 1982)
Pas souvent qu’on croise un one-shot aussi massif dans le genre de l’horreur HK, les réalisateurs du cinéma d’exploitation étant adepte, comme vous pouvez le constater ici, de l’aller-retour. Oui, encore de la magie noire, oui oui oui, mais ici à la sauce Cannibal Holocaust s’il vous plaît, le tout tourné en Indonésie. Malédiction, indigènes et reporters télés faisant rarement bon ménage, nous voilà projeté dans une mixture très semblable aux films de canniboules italiens, le tout servi sur son lit de morts d’animaux pas nécessaires du tout et très graphiques (le clou revenant à ce quidam bouffant un poulet tout cru sous nos yeux: zéro fake hélas). Le film d’aventure poisseux se marie bien avec un délire folklorique ouvrant la porte à toutes les folies, comme ses branches de bois meurtrières ou ces scorpions voraces déversés par paquet.

The Boxer’s Omen (Chi-Hung Kwei, 1983)
Il y avait cette gamine qui se faisait crever le crâne d’un énorme clou dans Bewitched (1981), ou encore cette transe finale faisant rencontrer le Crazy Horse et un film de Dario Argento dans Hex (1980): Chi-Hung Kwei avait déjà donné ses lettres de noblesse à l’horreur made in Shaw Brothers, mais il manquait encore un vrai quelque chose aux titres sus-cités. Dans The Boxer’s Omen, le réalisateur récidiviste baragouine une sombre histoire de double maléfique et de boxeur maudit pour enchaîner des scènes d’affrontements magiques et de rituels hautement hallucinogènes. On y croise une tête volante affublée de tentacules (les indonésiens en seraient fou de jalousies), beaucoup de vomis, des chenilles voraces, un cadavre cousu dans la carcasse d’un croco géant, des rayons-lasers en pagaille… Un film dément et psychédélique dont on ressort avec le cerveau en mousseline.

Seeding of a Ghost (Chuan Yang, 1983)
Un des derniers coups d’éclat horrifique de la Shaw Bros, manifestement bien décidée à mettre le paquet à tous les niveaux. Oubliez Sex beyond the grave réalisé l’année suivante qui, malgré son titre racoleur, est bien faiblard comparé à celui ci. Un quidam un peu sorcier/nécromancien sur les bords donne l’occasion à sa défunte et adultère épouse de se venger: les moyens bien sûr, sont à la hauteur de l’attente. Des toilettes bouchées, de la sodo à coup d’allumette géante, de la nécrophilie, de l’inceste, et surtout, surtout, une scène finale façon The Thing s’invitant aux soirées de l’ambassadeur, d’une férocité inoubliable.

Possessed 2 (David Lai, 1984)
Un inspecteur de police volage a la bonne idée de s’installer avec sa petite famille dans un immeuble si hanté que les revenants avaient l’habitude d’y faire la fiesta (au sens propre!) lorsqu’aucun mortel ne semblait en vue. Et alors là attention: après avoir perdu l’enfant qu’elle portait, la mère se retrouve possédée par un fantôme bien décidé à prolonger sa vengeance. Rien de neuf à l’horizon dans le genre: sauf qu’ici, la demoiselle part séduire des inconnus à la nuit tombée et se transforme en louve-garou pour les dévorer après le coït ! Et il ne s’agit qu’un quart de la folie furieuse de cette bande de très mauvais goût (les gros, les noirs et les femmes en prennent plein la gueule…) mais extrêmement énervée et spectaculaire. L’exorcisme final, d’une hystérie absolue, est assurément le plus impressionnant offert par le genre.

The Rape After (Tom Lau Moon-Tong, 1984)
Lui aussi hors des clous de la Shaw Brothers, The Rape After fut souvent vendu comme la suite de Devil Foetus (1983), autre titre fort bien gratiné qu’il ose dépasser en démesure, et unique film d’un excellent chef op’ en devenir (Histoires de fantômes chinois, Swordsman, Dr Wai, L’auberge du Dragon: tous éclairés par le même Tom Lau!). Le point de départ est très vaguement identique à son prédécesseur/modèle (une femme engrossée par un démon surgit d’un vase!), l’exécution beaucoup moins linéaire. Car il faut préciser que la dite jeune femme travaille comme éducatrice auprès d’enfants atteint d’une maladie dégénérescente et que sa mère, devenue folle, cache le cadavre de son mari dans son placard, ne voyant même pas la vermine envahir son appartement. Et ce n’est que l’introduction ! Imprévisible, The Rape After baigne dans une ambiance de décrépitude parfois étouffante, et aligne les scènes chocs à la mitrailleuse : une scène d’autopsie qui tourne mal, une mémé se mutilant toute seule au hachoir, un zombie émergeant de latrines odorantes pour claquer les fesses d’un moine en plein exercice, une attaque d’oiseaux voraces, des oreilles arrachées… The Rape After semble dire au revoir au excès de la pre-Cat III avec une tendresse fort dégoulinante.

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