Kikiveut du FAIS-MOI MAL?

Parce qu’on aime vous gaver de culture alors que vous êtes à donf sur BFMTV et les résosocio, le Chaos vous donne quand même de bonnes romances SM pour vous changer la tête d’images.

La prisonnière (Henri-Georges Clouzot, 1968)
Dernier long métrage de Henri-Georges Clouzot (soit avant l’inachevé Enfer avec Romy), La prisonnière dissèque la descente aux enfers d’une jeune femme (Elizabeth Wiener), mariée à un artiste d’avant-garde tout doux (Bernard Fresson). Un jour, elle rencontre le diable en personne (Laurent Terzieff), un galeriste impuissant qui compense l’absence de sexe par une propension à photographier des femmes dans des poses humiliantes. Clouzot, l’homme aux onze longs métrages, n’a peut-être jamais pris autant de risques qu’avec cette autopsie de l’amour fou hantée par les fantômes de ses maîtres, Cukor et Hitchcock. A l’époque, la réception critique et publique fut catastrophique et Clouzot assimilé à un pervers libidineux. Est-ce un mauvais signe? Non. Les histoires d’amour finissent mal en général. Ou alors s’épuisent avec le temps. C’est ce qu’on radote. Celle, racontée par Clouzot, sise en plein boum artistique, envoûte.

La bête aveugle (Yasuzo Masumura, 1969)
Un sculpteur aveugle enlève et séquestre dans son atelier un modèle pour la soumettre à l’empire des sens afin qu’elle devienne une statue idéale. Comprenant après plusieurs vaines tentatives qu’elle ne pourra fuir ce cauchemar, la victime est peu à peu attendrie et envoûtée par son bourreau… La bête aveugle, de Yasuzo Masumura, est un film si riche et novateur qu’il possède différents niveaux de lecture. On peut y voir ce qu’on veut: une fable amère et belle, une déclinaison d’Eros et Tanatos, une illustration du syndrome de Stockholm, une célébration du corps de la femme en même temps qu’une allégorie sur la castration. Il contient des images mémorables (les amants qui font l’amour sur la sculpture géante d’une femme nue) qui épousent une structure narrative très robuste. Le récit oscille entre l’horreur et l’érotisme et met en résonance le plaisir de soumission et le désir cru. En somme, la chair et le sang. Comme dans La prisonnière (Henri Georges Clouzot, 68), film avant-gardiste avec lequel il entretient de troublants parallélismes, un modèle est séquestré par un artiste dans un but esthétique. Mais progressivement cette quête se mue en histoire d’amour SM sur fond de vampirisme où le désir et la mort sont des notions intrinsèquement liées. Les amants, loin des conventions sociales, s’aimeront jusqu’à la destruction.

Quand l’embryon part braconner (Koji Wakamatsu, 1969)
Un fascinant huis-clos pinku dans lequel une femme innocente est séquestrée par un homme rustre. Tourné avec peu de moyens, l’ensemble reste encore aujourd’hui un modèle de modernité et d’originalité dans l’utilisation de l’espace. Il faut voir Quand l’embryon part braconner ne serait-ce que pour saisir les rapports de force mouvants entre les deux personnages principaux. Pour la violence comme seul exutoire face à la peur (voir cette scène où l’homme est oppressé par des visages féminins superposés). Pour la musique classique qui crée un vertigineux contraste entre le son et l’image, le mental et le physique. Le résultat tend à pervertir les relations homme/femme et à sonder l’identité floue d’un Japon malade. Une thématique que l’on retrouve dans tous les Wakamatsu.

Martha (Rainer W. Fassbinder, 1974)
Une femme fait la connaissance d’un homme à l’ambassade d’Allemagne. Ils se marient, mais la femme ne tarde pas à découvrir que sous une façade de mari aimant et attentionné, l’homme, agacé par ses bévues, est un maître de la torture psychologique, un pervers narcissique. En un travelling circulaire inoubliable qui raconte tout de la séduction et de l’emprise, Fassbinder signe un thriller psychologique jouant sur bien des tons pour mieux nous aspirer dans son malaise.

Fleur secrète (Masaru Konuma, 1974)
Dans les années 70, Masaru Konuma est devenu le spécialiste du roman porno. Il doit cette réputation à un premier long métrage surprenant, Tentation du coeur de fleur, dans lequel il proposait une représentation audacieuse de la sexualité interdite et du désir dans tous ses états. Fleur secrète constitue l’un de ses meilleurs films. Ou du moins le film à découvrir si l’on a envie de s’initier à cet univers très singulier peu avare en tentations baroques. La puissance de ce film est telle que certains considèrent Fleur secrète comme un pinku SM, même s’il ne propose aucune image pornographique. En revanche, par le simple pouvoir de sa mise en scène et la présence d’une héroïne suppliciée (Naomi Tani, égérie du réalisateur, bandante habillée comme dévêtue), il stimule durablement l’imagination. C’est la réussite – et donc le secret – d’un film intemporel qui plonge au coeur d’une sexualité fatale puisque délibérément asociale. Aujourd’hui encore, malgré l’évolution des moeurs, Fleur secrète reste “hallucinant” au sens le plus Bataillien, jouant sur l’oxymoron qui imprègne l’oeuvre de l’écrivain: la célébration des noces entre le sordide et le sublime.

Maitresse (Barbet Schroeder, 1976)
Certains films nous apprennent à ne pas regarder plus loin, d’autres nous jettent dans le vide. Certains films assènent leurs explications dialoguées, d’autres osent à peine ouvrir la bouche. Ceux de Barbet Schroeder se vivent comme des blocs d’ambiguïté dont on ne sait parfois quoi penser et qui restent inexplicablement en nous. On connaît plus son travail que son patronyme. Maîtresse est le premier film à traiter de manière aussi ouverte que décomplexée du rituel sadomasochiste. A tel point que le cinéaste est devenu l’aficionado des vraies “maîtresses” de l’époque qui reconnaissent la justesse de la description d’un milieu profane. De quoi le réjouir, lui qui adore effacer la frontière si ténue entre le documentaire et la fiction (pour que l’un contamine l’autre). Ainsi dans Maîtresse voit-on une doublure de Bulle Ogier qui perfore le sexe d’un vrai client. Frontière invisible qui se répand dans tous ses films jusque dans les plus accessibles, voire les plus osés comme La vierge des tueurs, premier film dramatique tourné en HD, où les conditions de tournage en Colombie ont été redoutables (menace de mort etc.). Dans Maîtresse, il n’y a que Depardieu, dans sa période la plus intéressante (Ferreri, Blier…) pour aller dans un abattoir, assister à la mort d’un cheval et s’en payer une tranche à la sortie. Il n’y a que Depardieu pour déclamer des dialogues qui semblent sortis de la bouche de Blier. Il n’y a que Depardieu pour jouer les cambrioleurs qui tombent sous le charme d’une mystérieuse maîtresse. Et il n’y a surtout que Bulle Ogier pour incarner ce visage angélique au regard démoniaque.

New York City Inferno (Marvin Merkins/Jacques Scandélari, 1977)
En juin 1977, précisément. Lorsque Paul quitte son ami Jérôme pour une semaine à New York. A l’époque, pas d’Internet, pas de Facebook, pas d’Instagram. Il lui écrit des lettres tous les jours et dans sa dernière lettre envoyée, il lui annonce qu’il ne reviendra jamais. Jérôme, légitimement inquiet par cette annonce, part à New York à la recherche de Paul, perdu dans les clubs SM. Avec du Village People en bande-son et sans subventions (du pur cinéma-guerilla, tourné caméra-à-l’épaule en une semaine, entre les bites turgescentes et les cages, et attention, faut pas tourner de l’œil), une invitation dans un New York underground, la mégapole interlope de tous les possibles et une quête de la pureté dans l’enfer, entre les clubs à partouze et les docks, les senteurs de bière et les harnais, la sueur et les barbes.

Noir et blanc (Claire Devers, 1987)
Un jeune comptable qui mène une vie tranquille avec sa compagne a l’occasion de faire des séances de massages dans le centre sportif où il effectue une mission. Une relation trouble et secrète va se nouer avec Dominique. Antoine se révèle à lui-même et, devenant victime consentante, ira jusqu’au bout de cette relation sadomasochiste: «J’étais trop timide, sans curiosité. Ma peur a disparu. Une fois là, il n’y a plus que l’envie de l’assouvir. Mon désir est trop grand. Je ne redoute plus la souffrance. Frappe de toute ta puissance…» Fortement inspirée par la nouvelle Le masseur noir de Tennessee Williams, Claire Devers autopsie la relation trouble entre deux hommes et à travers elle, les contraires qui s’attirent, le danger des rencontres, les fantasmes inavoués. Il faut y aller confiant, prêt à recevoir des coups qui font du bien. Film troublant et rare, injustement méconnu. Caméra d’or au festival de Cannes en 1986.

Sick (Kirby Dick, 1998)
Atteint de mucoviscidose, Bob Flanagan vit dans un corps qui ne lui appartient plus. Ce “superhéros humaniste” (tel qu’il se décrit) expérimente la douleur en soignant son mal par le mal en faisant de son corps une création à la fois fascinante et horrifiante. Son objectif: reprendre possession. Dans cette démarche, le performer sera soutenu par Sheree Rose, photographe de l’underground californien à la fois «maîtresse» et compagne, qui restera à ses côtés pendant 16 ans. Une histoire d’amour, de sexe, de mort et de bondage.

Fantasmes (Jang Sun-Woo, 1999)
A l’origine, Fantasmes est un roman écrit par Jang Jung Il sorti en 1996 qui ne raconte que la passion joviale puis dévastatrice entre un homme et une lolita qui succombent à tout plein de plaisirs que la morale récuse. Sans surprise, il fit couler beaucoup d’encre en Corée (il a été interdit par la censure et l’auteur a écopé de quelques mois de prison pour ses écrits libidineux). Pour enquiquiner le démon puritain coréen, l’enfant terrible du pays Jang Sun-woo, qui a collaboré à l’écriture du roman, a eu la bonne idée d’en faire une adaptation pour le grand écran. Conscient de sa lourde tache, il n’avait pas le droit à l’erreur. Résultat? Une réussite. A la lisière de la pornographie (les acteurs font l’amour pour de vrai sans qu’il y ait de gros plans), le cinéaste Jang Sun-woo capte en plans-séquences des corps impatients et célèbre les passions torturées, les liaisons tumultueuses, les coups amoureux. Incitant au passage quiconque à vivre la vie de manière plus intense et couillue. Brûlants comme la braise, deux protagonistes (Y et J), soutenus par des acteurs inconnus et remarquables, ne cherchent qu’à se faire du bien. Ici, comme dans tout bon film érotique qui se respecte, la jouissance du spectateur naît de l’émotion qui étreint souverainement au fur et à mesure qu’on suit cet amour qui naît, se consomme et se consume. Jusqu’à la fin où le protagoniste se replie dans le silence du réel pour conjurer ses fantasmes.

L’île (Kim Ki-Duk, 2000)
Une jeune femme mystérieuse, Hee-Jin, s’occupe de bungalows lacustres pour touristes sur une île perdue. Elle s’ennuie à mourir. Le monde la déprime, elle ne dit rien, elle se contente d’observer, de voir et peut-être de fomenter une vengeance latente. On ne sait pas bien ce qui se passe mais la tristesse peut se lire à travers son regard torve. Puis, un homme qui a tué sa femme, recherché par les flics, arrive. Une arrivée qui va provoquer chez dame Hee-Jin un tumulte intense. Maîtresse de ce lieu paradisiaque, la belle va tomber amoureuse du criminel. Et l’Eden va devenir un Enfer fantasmagorique peuplé de sang et de sexe. Relations sadomasochistes entre deux âmes perdues (une femme secrète et un homme rongé par la culpabilité) dans les limbes. Jusqu’à la fin, d’une poésie inouïe.

La pianiste (Michael Haneke, 2001)
A 40 ans, Erika Kohut (Isabelle Huppert), professeur de piano au conservatoire de Vienne, pas assez talentueuse pour être soliste, mène une triste existence entre ses cours et l’appartement qu’elle partage toujours avec sa mère, entretenant insidieusement ses névroses, obsédée par la réussite professionnelle non concrétisée de sa fille. Complètement inhibée, la vie sexuelle d’Erika se résume à des rituels solitaires mêlant voyeurisme et automutilation. Au cours d’un concert donné dans un salon privé de la bonne société autrichienne, Erika fait la connaissance de Walter Klemmer (Benoît Magimel, adéquat), un fougueux et arrogant jeune homme, qui se met aussitôt en tête de devenir son élève… Sommet de zazaxploitation que vous connaissez évidemment par coeur.

La secrétaire (Steven Shainberg, 2003)
Lee et Peter, deux personnages barges et pourtant différents, ne prennent leur pied qu’en se faisant du mal. Au moment où ils s’y attendaient le moins, nos deux amis coincés par leurs costumes bureaucratiques découvrent quelque chose qui va bouleverser le train-train quotidien: les joies de la fessée. Ils sont tellement contents qu’ils en redemandent. Et leur plaisir devient le nôtre… James Spader et Maggie Gyllenhaal traduisent avec intensité le séisme intérieur de nos amants sadomaso.

The Duke of Burgundy (Peter Strickland, 2014)
Quelque part, en Europe, il n’y a pas si longtemps. Dans une demeure perdue au beau milieu d’une forêt de mousse, Cynthia et Evelyn ont beau être séparées par les années, elles n’en roucoulent pas moins d’amour au fouet. Jour après jour, le couple pratique le même rituel qui se termine par la punition d’Evelyn, mais Cynthia, qui aimerait passer à autre chose, souhaiterait une relation plus conventionnelle. L’obsession d’Evelyn se transforme rapidement en une addiction qui mène leur relation à un point de rupture. Et puis non. Et puis si. Ad lib. Avec sa guirlande de -isme (sadomasochisme, saphisme, fétichisme), une romance du début du XXe où deux femmes seules au monde se font du bien jouant sur le rituel, la répétition jusqu’à l’usure avant l’accouchement de quelque chose de monstrueux, le ludisme, le faux, l’artificieux etc.

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