Un film marquant pour toute une génération, basé sur l’histoire d’un enfant ayant appris à vivre sans la partie inférieure de son corps après l’amputation de ses deux jambes alors qu’il avait 6 mois.

PAR PAIMON FOX

Kenny, treize ans, vit dans un quartier ouvrier de Pittsburgh entourĂ© de sa famille. Souffrant d’une agĂ©nĂ©sie Ă  la naissance, il a Ă©tĂ© amputĂ© des jambes et du bassin. Mais tout cela ne l’empĂŞche pas de mener une vie normale et de se dĂ©placer avec agilitĂ© Ă  l’aide de ses mains. Son univers et celui de sa famille va ĂŞtre bouleversĂ© le jour oĂą une Ă©quipe de tĂ©lĂ©vision vient le filmer lui et ses proches. En novembre 1985, le Canadien Claude Gagnon rencontre un producteur qui lui propose de rĂ©aliser un film avec une personne handicapĂ©e, du nom de Kenny – une “histoire” dont il avait achetĂ© les droits. Kenny existe pour de vrai (il n’a qu’un buste) mais son corps est au cĹ“ur du rĂ©cit. Après s’ĂŞtre renseignĂ© sur lui et l’avoir rencontrĂ© avec sa famille Ă  Pittsburgh, Gagnon accepte. Par peur de s’abĂ®mer dans le sensationnalisme, il prĂ©fère proposer une fiction qu’un documentaire (ou alors un mĂ©lange des deux), une sorte de jonction entre une dramaturgie classique et un portrait d’handicapĂ© au quotidien.

Avec un dictaphone, Gagnon passe des heures avec chaque membre de la famille de Kenny, leur demande ce qu’ils veulent voir et ce qu’ils ne veulent pas voir – chacun Ă©tant trop habituĂ© Ă  l’hypocrisie et aux mensonges des reportages tĂ©lĂ©visĂ©s : “Les rĂ©actions des gens en voyant Kenny Ă©taient parfois violentes : ils sursautaient, criaient, traversaient la rue… Ces comportements blessaient ses parents. Ils auraient tellement aimĂ© dire aux gens : mon fils est intelligent, gentil. Alors le fait de montrer Kenny c’Ă©tait pour eux une sorte de petite vengeance. Et en mĂŞme temps cela allait libĂ©rer Kenny. Certains proches voulaient le forcer Ă  porter des jambes artificielles. Ils Ă©taient mal Ă  l’aise de le voir en public marchant sur ses mains et prĂ©fĂ©raient le voir en chaise roulante, ses prothèses dissimulĂ©es. Que l’on veuille lui faire porter ses jambes, cela l’a blessĂ©.” Comme dirait Kenny, qui prĂ©fĂ©rait se dĂ©placer avec ses mains ou une planche de skateboard, dans le film : “C’est pas aux autres que j’aimerais ressembler, c’est Ă  celui que je suis”.

Gagnon avait toutes les cartes en main pour rĂ©aliser le nouveau Elephant Man. Kenny n’est qu’un appel gentil Ă  la tolĂ©rance et au consensuel. Ce qui rend le rĂ©sultat jamais fascinĂ© par la monstruositĂ©, proche d’une fable initiatique sans aspĂ©ritĂ©. Le rĂ©sultat n’en a pas moins Ă©mu les gens. Kenny est dĂ©cĂ©dĂ© en 2016 Ă  l’âge de 42 ans. Paix Ă  son âme.

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