Nous sommes dans les années 80. Sorti du Dernier Combat et de Subway, Luc Besson se trouve en tête de gondole d’une nouvelle «nouvelle vague» française avec Jean Jacques Beinex et Leos Carax. Et puisque tout était permis, il donna à son assistant réa sur Subway, Didier Grousset, l’opportunité de diriger un très bizarroïde Kamikaze. Niveau sujet, autant dire qu’on est à mille lieues de la romance souterraine avec Totof et Zaza, mais pour le costume, on est pas loin. Lettrages bleu glacé et tchictchac d’Eric Serra: pas de doute, on est chez tonton Besson, sans compter le défilé de gueules bien connues dont on oublie toujours les noms (Charles Gérard, Jean-Paul Muel, Eric Averlant, Laurent Spielvogel…). On frôle même le polar bureaucratique, où ça travellise sec dans les couloirs façon Cogip et à Conforama, entre les télés et les lave-linges: thriller couleur glaçon, goût menthe. Pour du made in France, le cocktail détonnait.

Sauf que voilà, ce qui distingue Kamikaze d’un Derrick réalisé par un clippeur, c’est bien son concept, comme un serial cruel à l’ancienne à base de savant fou qui aurait voisiné avec une suite gauloise de Videodrome. Entre deux comédies pouet-pouet, Michel Galabru cabotine en scientifique génial mais déglingué, qui pète définitivement une durite après son licenciement. Le bonhomme, si génial et si déglingué donc, fabrique une bécane improbable capable de dégommer les malchanceux passant en direct à la télévision. Puisque la société ne veut plus de lui, il décide de la neutraliser, cul sur le fauteuil, s’attaquant tout particulièrement aux speakerines, ces adorables présentatrices qui faisaient office de tapisseries décoratives au PAF jusqu’au début des années 90.

Imaginez un peu Papy Pernaut ou Sophie Davant explosant les tripes à l’air en plein prime-time! Le projet diabolique – et jouissif n’ayant pas peur des mots (on pourrait le passer à l’heure de diffusion de TPMP, non?) – permet de dessouder à distance sans balles ni projectiles, laissant fatalement la police sur les dents. Richard Bohringer (amenant sa fille Romane au passage) et Dominique Lavanant (moins méchante et sale que dans un Mort un dimanche de pluie tourné la même année), en mode glamour no more, mènent l’enquête mais n’auront même pas le temps d’esquisser une love story: 1h30 tout mouillé, le film file vite, s’offrant même un faux climax étonnement cruel, et une conclusion curieusement glaçante. «Curieusement» oui, car Kamikaze revêt tous les ingrédients du plaisir coupable, voire du nanar, et on ne s’attendait pas vraiment à ça. Tout n’est pas d’une adresse monumentale, bien sûr, mais on a vu tellement plus embarrassant dans les mêmes rangs. Le film porte impitoyablement le sceau de son époque, c’est sûr: sa gueule de polar grinçant de pubard traversé de fulgurances gores l’a dignement achevé en curiosité chaos.

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