Six mois après la sortie de l’anecdotique 11ème film de la franchise The Grudge réalisé par Nicolas Pesce, Ju On revient sous un format inédit – une série de 6 épisodes d’une durée de 30 minutes chacun – et sous la bannière de Netflix. Intitulée Ju On Origins, cette nouvelle œuvre entend bien entreprendre un retour aux sources salvateurs pour une saga enfermée dans d’insupportables gimmicks depuis qu’elle a quitté les mains de son génial et bordélique créateur, Takashi Shimizu.

Au départ, on craint le pire avec cette mauvaise nouvelle au générique: aucune trace de Shimizu dans l’équipe artistique ou de production. Le réalisateur semble avoir effectivement fait une croix sur la franchise depuis son rôle de producteur de The Grudge 3 en 2009. Il fallait lire entre les lignes du générique pour retrouver le sourire. En effet, Ju On Origins est scénarisé par Takashige Ichise (producteur des précédents opus) et Hiroshi Takahashi (auteur sur les Ringu). Des pointures de la J-horror qui laissaient présager d’un retour à la vision initiale de Shimizu.

Ju On Origins s’éloigne du train fantôme ambulant qu’est devenue l’horreur mainstream contemporaine, et à laquelle il a énormément contribué à l’époque de ses remakes américains, pour revenir à une forme de pureté horrifique salutaire. La série ne ressemble en rien aux productions actuelles, et encore moins aux Netflix Originals. Elle s’inscrit dans un réalisme désenchanté et froid qui évoque les classiques de la J-horror de la fin des années 1990: Ju On, bien sûr, Ring, Dark Water et Kaïro. Sa narration, éparpillée sur plusieurs personnages et époques, mais également plusieurs réalités, affiche une ambition artistique qui laissera plus d’un spectateur pantois, et la place sur le dessus du gratin sériel.

La série s’ouvre sur des images télévisées, avec un commentaire en off, rappelant que toute la saga est «inspirée de faits réels». Néanmoins, la voix désamorce le caractère mythique d’une telle assertion en déclarant que «la réalité est plus effrayante que la fiction». Une mise en abyme appuyée par la scène suivante, nous plongeant sur un plateau de télévision puis dans les coulisses, subtil écho à l’épouvante méta qui caractérisait les chefs d’œuvre de la J-horror de la génération du Ju On original. Comme ses illustres prédécesseurs, Ju On Origins rappelle que son unique sujet, derrière ses histoires de maison hanté et de fantômes, n’est rien d’autre que l’humain et la société.

Si la malédiction dont il est question dans toute la saga est auscultée dans la série, son origine importe finalement peu, et la résolution timide de l’intrigue en décevra plus d’un. Ju On Origins reste dans le fond une histoire classique de maison hantée. Les apparitions fantomatiques, bien qu’effrayantes et magistralement mises en scène, ne sont qu’un détour. Le véritable mal, bien qu’instigué par l’aura menaçante de la maison, toujours aussi terrifiante, réside dans ce que se font les personnages entre eux, et qui semble atteindre la société entière – chaque épisode est parsemé de flashs infos de catastrophes ou de meurtres horribles. Ju On Origins est en cela d’une violence inouïe, et cumule les scènes les plus brutales vues ces derniers temps dans un objet filmique ou sériel – la séquence qui conclut et ouvre les deux premiers épisodes devraient mettre rapidement le spectateur dans le bain.

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