Christine ressort chez Carlotta dans un rutilant coffret ultra-collector: l’un des films les plus bizarroïdes de la carrière de Big John, adapté d’un Stephen King alors en pleine bourre.

PAR GAUTIER ROOS

Arnie est un adolescent timide et complexé. Un jour, il fait la rencontre de Christine, une Plymouth Fury de 1958 en piteux état, et décide de l’acheter. Lorsque la voiture retrouve une seconde jeunesse, le comportement d’Arnie se met à changer. Désormais sûr de lui, en couple avec la plus belle fille du lycée, il reste néanmoins obsédé par Christine. Quiconque osera se mettre en travers de leur chemin devra en payer le prix fort…

Sans s’ingénier à jouer les petits malins naviguant à contre-courant (“c’est le MEILLEUR FILM de John Carpenter“), reconnaissons quand même que la réputation de Christine n’est pas à la hauteur. Les salles oublient de le programmer lorsqu’elles consacrent le cinéaste désormais unanimement adulé (y compris chez n’importe quel fémisard, c’est dire le chemin parcouru). Le film fait bien souvent partie des Carpenter qu’on découvre en dernier, relégué loin derrière les morceaux de bravoure horrifiques et les affres de Snake Plissken: l’auteur de ces lignes ne déroge pas à la règle, et se réjouit qu’un éditeur investisse tant d’énergie et d’efforts dans des films longtemps éclipsés par une filmographie trop scintillante.

Pas vraiment un film d’horreur, pas vraiment un teen movie, le film se situe à l’intersection des deux: littéralement un réservoir à pulsions qui ne demande qu’à s’exprimer. Le film flanque toute sa dimension libidinale sur ce bolide féminin, mal traité par la gent masculine (voyez sa réaction quand les hommes tentent de la pénétrer, ou qu’un un tractopelle tente – ALERTE SPOILER – de la… sodomiser). Christine n’hésitera pas non plus à “étrangler” celle qu’elle considère sa rivale: l’analogie avec la télékinésie vengeresse de Carrie (1976) est toute trouvée, mais le film de Carpenter est peut-être un peu plus retors encore, en cela qu’il respire les fesses à chaque plan sans jamais défroquer ses personnages ou guetter la traditionnelle scène d’inauguration nuptiale.

Mais si Christine rutile autant chez nous, c’est peut-être pour son incroyable prescience de ce que seront les années 80, cette résurrection sidérante et amnésique des années 50 (bagnole + famille + rock’n’roll). Le film se déroule fin 1978 mais biffe absolument toute référence aux seventies, et postule ainsi que la décennie tout juste écoulée n’existe pas: la vrai terreur du film, c’est cette piteuse Plymouth de 1958 capable de s’auto-réparer et d’imposer littéralement la restauration, bombant fièrement les jantes, à l’image d’une époque carburant artificiellement aux stéroïdes reaganiens. Jusque dans son ultime plan: God I hate rock’n’roll!

Comme toujours avec ses coffrets ultra collector, Carlotta a vu les choses en grand: nouvelle restauration 4K, le making-of bien fichu de Laurent Bouzereau, un commentaire audio signé Big John et son comédien principal Keith Gordon, une vingtaine de scènes coupées, et surtout ce gros bouquin de Lee Gambin qui décrypte scène par scène les moments clefs du film, recueillant à chaque fois l’éclairage de l’équipe du film (jusqu’aux figurants). Seule petite réserve sur le présent ouvrage: une traduction depuis l’australien pas toujours heureuse… Bonus pour les heureux propriétaires d’un lecteur blu-ray: la masterclass donnée lors de la réception du Carrosse d’or à la dernière Quinzaine, animée par Katell Quillévéré et un certain Yann Gonzalez <3.

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