[JEUNE ET CHAOS] PIERRE PAUZE

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Ils sont jeunes. Ils sont chaos. Le Chaos a rencontré celles et ceux qui feront le cinéma de demain. Découvrez Pierre Pauze.

INTERVIEW: SCRIBE / PHOTO: PHOTOMATON TAXIPHONE DE SAINT-OUEN 

[POURQUOI FILMEZ-VOUS?] Parce que je n’ai jamais réussi à devenir peintre.

[FILMS CULTES] Ça change toute les semaines selon mon humeur : Deux ou trois choses que je sais d’elle de Jean-Luc Godard, Les Onze Fioretti de François d’Assise de Roberto Rossellini (et dans l’absolu) Dune d’Alejandro Jodorowsky (laissons leur chances aux films jamais réalisés dans ce genre de listes!)

Mais je ne suis pas un grand cinéphile, je regarde beaucoup plus de clips de rap. J’aime bien ceux de PNL, pour les déclinaisons de leur titres en nappes sonores hypnotiques de trente minutes, comme dans Jusqu’au dernier gramme, avec des saynètes de fiction mal jouées par leurs potes de quartier. Entre la série Z et l’expérience audiovisuelle immersive.

Je m’en suis pas mal inspiré dans Mizumoto, notamment pour la co-présence de la musique à l’image. Ou alors des clips américains comme APESHIT de Beyoncé et JayZ, avec des propositions visuelles et des moyens de prod proche du blockbuster. 

[KALÉIDOSCRIBE] L’autre jour, un sélectionneur de festival m’envoie cette pépite, à mi-chemin entre un clip de PNL et un film de Yann Gonzalez, qu’est le court métrage Mizumoto (2018) de Pierre Pauze. Élève du prestigieux Fresnoy (Une de ses installations d’art, Sonic Fluid, sert d’ailleurs de décor au film), Pierre Pauze possède un sens aigu du concept et l’intelligence des formes. Son film, présenté comme  «un huis-clos queer rétro-futuriste», nous balade à travers une galerie de personnalités hors-normes et de réalités alternatives, toutes reliées par le pouvoir de l’eau et de sa science, l’aqua-métaphysique.

Au lieu d’un récit linéaire, le réalisateur livre un véritable trou de verre cinématographique, tissé de visages, d’humour corrosif, d’échanges informatifs à valeur relative, de boucles temporelles, de sémiotique, de fragments musicaux déphasés et de violence, pour mieux approcher le caractère nébuleux de notre rapport à l’autre. Bien que Mizumoto contemple l’avenir, c’est toute notre décennie qui semble flotter là dans un superbe voile de vapeurs polychromes : les théories du complot, le rêve transhumaniste, le Big Data, la mort du patriarcat, les cultures urbaines, l’ennui d’une jeunesse exsangue…

Pierre Pauze réenchante sa génération avec la liberté jouissive d’un sale gosse qui débarquerait dans la bibliothèque d’Alexandrie armé d’une torche. Mais avant tout, son court pose une question fondamentale à une société réputée fragmentée: comment faire corps ? Et présente, semble-t-il, deux possibles, en filant la métaphore de l’eau. Le premier est la migration vers le cloud de millions d’individualités conquises par la culture de masse et les data analysts. 

Le second décrit l’humanité comme une énergie irréductible qui circule entre les êtres et les enjoint à jouir à l’unisson de leur présence au monde. Une théorie du chaos trempée dans un verre de fluide corporel. Un pur trip mental.

Pierre Pauze est actuellement en post-production de son second court métrage.

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